Ad Deum qui lœtificat juventutem meam
Jean de Capoue quitta Rome sur-le-champ avec une hâte extrême. Mais son retour dura trois mois. Il tremhlait de reparaître devant l'Empereur et de lui présenter le testament politique de Charlemagne.
En vain s'efforçait-il de se persuader qu'il avait été la dupe d'un mauvais rêve, le jouet d'un fantôme ou d'un démon. La voix tonnante de Fhomme en robe rouge éclatait toujours à ses oreilles. Ce léeriste, dont la vie s'était usée à plaider contre l'Ég-lise, s'arrêtait de longs jours aux grands monastères assis dans l'auguste solitude des montagnes ou des plaines. Au mont Cassin, il eut, dans la cellule d'un très jeune novice, neveu du comte d'Aquino, un entretien si pathétique, qu'il fut sur le point de se donner à la famille dominicaine. Enfin, un après-midi d'hiver, il découvrit au loin les sombres murs et les tours du château de Frédéric. Mais à la cime du donjon flottait une bannière noire. L'Empereur était mort.
Jean de Capoue monta en pleurant à la chambre funèbre. Frédéric était couché, au milieu d'une chapelle ardente, sur un lit d'anachorète, revêtu de la robe et de la cagoule
noires des cisterciens, les mains croisées sur un crucifix d'ivoire.
L'archevêque de Palerme, qui priait au chevet du lit, fit signe au nouveau venu de s'approcher.
« C'est le vœu de son agonie, dit-il; il a voulu rendre Tànie, enveloppé de cette relique, la robe du frère Joachim, le grand moine de la Calabre, qu'il avait vu dans son enfance. N'êtes-vous point surpris, mon ami, de cette dernière pensée de notre maître?
— Non », répondit simplement Jean de Capoue.
Et se penchant sur la couche impériale, le vieux serviteur effleura le front pâle de César d'un baiser d'adieu.