‹ Au son des clochesChapitre 4 sur 11 · L'ABBAYE DE LA « CLOCHE-FELEE · texte numérisé non relu

L'ABBAYE DE LA « CLOCHE-FELEE

Je crois que bien peu de voyageurs connaissent l'abbaye bénédictine de Rotla-Gainpana, en vieille terre ecclésiastique, sur les âpres montagnes d'Anagni. De l'église, du cloître et du monastère, il ne reste plus que des ruines incertaines, revêtues de ronces et parées de chardons; de l'histoire même de ces ruines, qu'un vague souvenir. Les chroniqueurs de la région, es Guides à l'usage des touristes ne disent rien du passé de ce couvent féodal et la tristesse du paysage n'y appelle point les artistes. Cependant le nom bizarre qui n'a pas disparu, la Cloche-Félée, garde la trace d'une étrange aventure monastique, légende de bonne femme,

assurément, qui me fut contée, un soir d'automne, sur les degrés de la sombre cathédrale où Boniface VIII eut avec Nogaret, le légiste de Philippe le Bel, une si formidable entrevue. C'était au temps de la guerre sans miséricorde que ce pape fit aux Golonna de Palestrine. Boniface avait grand besoin d'hommes et d'argent et l'abbé de Rotta-Gampana, Fulgentius, donna alors à l'Église, sans compter, ses gens d'armes et ses florins. Quand Palestrine eut été rasée jusqu'à sa dernière maison et que les Golonna, la corde au cou, se furent jetés aux pieds du pontife, celui-ci voulut faire un beau présent à sa fidèle abbaye. Et comme le campanile en avait été dépouillé de sa cloche à l'époque de l'invasion angevine, le pape envoya de Rome aux pieux bénédictins une cloche magnifique baptisée par ses mains sanglantes. On eût dit une cloche d'argent pur. Elle était toute brodée de fleurs, de capricieux feuillages et de mystiques inscriptions; d'un côté paraissait, en relief, fécusson des Gaëtani, avec l'ourson des Orsini, surmonté des clefs entrecroisées et de la tiare papale; de l'autre, la figure de Boniface, superbe, altière et chagrine.

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