‹ Au sortir de l'école: les patronages: aree une lettre-préface de S. Ém le Cardinal LecotChapitre 129 sur 143 · Cf. le Patronage^ avril · texte numérisé non relu

Cf. le Patronage^ avril

qu'un dimanche après les vêpres, appelé probablement près d'un malade, ou commençant ma visite pastorale, je trouve dans les rues une bande de petits et grands garçons flânant, se poussant, ne sachant quoi faire d'eux-mêmes ni de leur temps.

« Eh bienl mes amis, leur dis-je, pourquoi ne jouez-vous « pasf » Tout surpris de m'entendre parler de jeu (pensez donc, un curé, il semble que ça ne porte que la tristesse et la mort dans les plis de sa soutane), le plus hardi me répond : « Mais nous ne savons pas à quoi jouer. »

« Cette réponse me dicta aussitôt ce que j'avais à faire. Quand des enfants ne s'amusent pas bruyamment, et restent livrés à eux-mêmes des heures entières, il me semble que le démon, aidé par quelques mauvais camarades, a beau jeu pour faire son œuvre de perdition.

« Suivez-moi au presbytère, dis-je à mes petits garçons ; « je vous apprendrai à jouer, moi. »

« Et nous arrivons au presbytère. Je demande alors à mes enfants quels sont leurs jeux. Le tout se réduisait à rien ou presque rien. Je leur propose alors une partie de barres, puis une partie à la pelote au chasseur, et enfin une récompense, pour terminer, à celui qui la gagnerait le plus tôt en courant à cloche-pied. Je me rappelais ces jeux pour les avoir exercés déjà au patronage de la ville que j'habitais jadis.

« Puis je termine la soirée en faisant réciter la prière et en disant à mes enfants : « Si vous vous êtes bien amu- « ses, je vous invite à revenir dimanche prochain. »

« Ce qui fut accepté avec enthousiasme.

« J'ai devant chez moi une cour magnifique qui me per-

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met d'organiser toutes sortes de jeux, et, en hiver, je fais entrer mon petit monde chez moi, à la cuisine età la salle à manger, et je fais du feu partout.

« Les plus grands (c'est-à-dire ceux qui ont fait leur première communion) ont le droit d'entrer à la salle à manger, et ils peuvent lire des choses intéressantes pendant que d'autres jouent à des jeux tranquilles.

« A la cuisine, ce sont les marmots, à qui le bruit est un peu nécessaire ; les lotos, les dominos, le jeu de l'oie avec une petite récompense pour le gagnant, sufiBsenl à les contenter, et, pendant que je suis avec les grands, ma sœur surveille les petits, et termine la soirée en leur apprenant quelque petite chansonnette qu'ils retiennent facilement.

« Gomme c'est le mal qui doit nous dicter le bien que nous avons à faire, je surpris d'abord quelques paroles grossières, un certain manque de savoir-vivre. Je songeai à leur faire un cours de civilité chrétienne, et chaque dimanche cela nous occupa dès lors vingt minutes.

« Aux plus grands je parlai de leurs devoirs religieux, et depuis, tous s'approchent des sacrements plusieurs fois Tannée.

« Le catéchisme était bien mal su... J'organisai un système de bons points pour ceux qui réciteraient désormais sans broncher. Moyennant ces bons points on aurait des récompenses. Les parents eux-mêmes s'y intéressèrent et remplacèrent l'instituteur pour faire réciter la lettre du catéchisme. Chaque année, il me faut alors une grande quantité d'objets de loul^s sortes, i^our faire une sorte de tombola où chaque eu^^jvV, tCLO^^\i\v^w\. %^^ \iwvs& ^\\^&

gagnés au catéchisme et aux réunions de chaque dimanche (car c'est ainsi que l'assistance des enfants à nos réunions est encouragée et récompensée), peut acheter ce qu'il veut, et naturellement le plus riche en bons points devient l'acquéreur le plus heureux, puisqu'il est libre de choisir.

« J'ouvre ici une parenthèse, pour dire que les petites filles à ma demande se réunissent également chez la Sœur de l'école communale que nous possédons encore, mais, hélas ! que l'âge de la retraite menace, et nous menace par là même d'une laïcisation sous peu, de sorte que les chances sont égales entre les petits garçons et les petites filles.

« Mais voici le mardi gras, avec ses récréations plus ou moins grossières dans nos campagnes, des déguisements parfois très répréhensibles, à l'abri desquels se commettent souvent bien des iniquités. C'est alors que je songeai à convertir un peu ces récréations en les concentrant chez moi. Ne pourriez-vous pas, dis-je à mes grands garçons, jouer quelque petite comédie pour vous amuser en carnaval ? Je vous donnerai tout ce qui est nécessaire : d'abord les pièces à jouer, les répétitions se feraient à la cure, et même la séance aurait lieu dans mon grenier, qui est assez vaste pour donner une place à chacun de vos parents. Ce fut entendu. On se mit à l'œuvre. Mais quelle besogne ! D'abord pour le choix des pièces, il fallut corriger, inventer même pour mettre le tout à la portée des acteurs aussi bien que des auditeurs. Et les répétitions furent parfois bien pénibles. Ce n'était pas non plus sans une certaine appréhension que je voyais arriver le jour de la représentation.

« Le dimanche gras, j'invitai du haut de la chaire les parents à la séance^ où aurait lieu en même temps la distribution des récompenses de catéchisme à leurs enfants et une séance récréative offerte par ces mêmes enfants. Le succès dépassa mes espérances. Mon grenier transformé en salle de spectacle fut trop étroit pour contenir tout le monde, accouru en foule. Les parents étaient heureux de voir leurs enfants si bien jouer sur la scène. Il ne fut pas question le moins du monde de déguisement, et chacun déclara que Ton ne s'était jamais mieux amusé.

« Si nous, prêtres, avons à regretter les divertissements criminels du carnaval, nous ne redoutons pas moins la fête patronale, à cause de ses nombreuses occasions de péché, et en première ligne, je mets le bal.

« Pourquoi ne pas faire ce qui avait eu lieu au mardi gras précédent ? C'était plus difficile cependant, car mes grands garçons devaient apprendre leur rôle après des journées fatigantes de travail à la campagne, la fête patronale ayant lieu fin septembre, il fallait se préparer tout l'été.

« Mais ces efforts furent récompensés par un succès tout aussi grand que le premier. D'abord il n'y eut pas de bal, puisqu'on savait qu'il y avait séance récréative à la cure, et non seulement les parents, mais les étrangers venus pour la fête patronale saluèrent de leurs plus vifs applaudissements mes jeunes gens, qui avaient bien mérité cette flatteuse récompense.

« Depuis je renouvelle ces séances deux fois par an autant que je le puis. C'est d'abord un moyen d'intéresser les plus grands, à c\u\ \e \^\x ^^ \q\û, ^«^ ^Q\sv\\iQ,%, wfc «sj^s^

plus, et chaque dimanche tous les enfants de la paroisse viennent chez moi depuis midi jusqu'au soir. La seule condition que je pose, c'est d'être convenable; mais on peut s'amuser tant qu'on veut, et le silence n'est exigé qu'au moment où je donne mes avis. Personne ne manque à mes réunions, et quand je ne suis pas satisfait d'un enfant, une exclusion de deux dimanches le ramène bien vite à de meilleurs sentiments. Que ferait-il seul, sans aucun camarade pour s'amuser ?

« La chère Sœur a les mêmes réunions à l'école communale pour les petites filles tous les dimanches. J'y fais quelquefois une apparition pour dire un mot, donner un avis.

«... Des renseignements que je vous donne vous pourrez faire l'usage que vous voudrez; je ne demande qu'une chose, c'est que, si vous voulez en parler publiquement, vous ne mettriez pas de noms propres. D'ailleurs tous ces détails ne sont, à mon avis, que le côté matériel d'une œuvre que les circonstances particuhères indiquent à chacun et qui varient indéfiniment. Ce qu'il faut avant tout, c'est une grande aflection pour les enfants, un dévouement à toute épreuve, malgré les insuccès apparents, et un courage que rien n'abat.

« En union de prières avec vous, Monsieur, daignez agréer, etc.

« A. M..., curé de /... »

LA

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