DEPUIS VINGT-CINQ ANS : PATRONAGES RURAUX
charmantes écrites par M. le curé pour ces réunions... Ces pièces ne sont pas toujours assaisonnées de sel attique, et le bon goût y brille quelquefois par son absence ; mais comme elles sont bien à leur adresse ! Et de plus elles sont écrftes, pour la plupart, dans ce patois naïf qui ajoute tant de grâce à la diction î... Quelque soit le mérite de ces amusettes, elles produisirent leur effet : resserrer l'amitié entre le bon curé et la jeunesse, éloigner celle-ci des cabarets, rinstruire de ses devoirs. Longtemps après la mort de Jean Bardoux, on remarquait encore chez les jeunes gens de Rilly une tenue qu'on ne trouvait pas toujours ailleurs. »
L'exemple de l'aimable et très apostolique curé de Rilly ne rencontra malheureusement en France que de bien rares imitateurs ; on pourra voir quelques traces de leurs efforts dans la collection du Jeune Ouvrier et dans les comptes rendus des divers congrès catholiques, mais c'est seulement depuis quinze à vingt ans à peine* que l'œuvre des patronages et cercles ruraux, au lieu d'être envisagée comme une œuvre de détail, commence à être regardée « comme un des facteurs du grand problème religieux et social contemporain ».
L'histoire des patronages de campagne n'est donc pas de longue étendue ■. Pour l'écrire, nous n'aurons qu'à suivre
I. En 1881, au Mans, au congrès de TUnion des Associations ouvrières, M. l'abbé Le Conte constatait douloureusement que Toeu- Yre des patronages était encore peu répandue dans les campagnes. (Cf. Compte rendu de ce congrès, p. 3o6.)
Cf. également le rapport de M. Le Conte présenté lors des Noces d'or de la Société de Saint- Vincent-de- Paul (i833-i883); Paris, secrétariat de la Société, 6, rue Furstenberg.
a. Dans le Jeune Ouçrier (avnl 1860), on trouve des détails intéressants sur une œuvre de jeunesse établie à la campagne, à Bréauté
l'étude publiée il y a quelques années, et depuis plusieurs fois rééditée, par M. Fabbé Le Conte, vicaire général honoraire du diocèse de Ghâlons. M. Tabbé Le Conte est un maître en la matière : dans son remarquable Petit Mamiel\ il a examiné en détail toutes les questions et réfuté toutes les objections que soulèvent ces œuvres rurales; et, par une pratique de plus de vingt ans, il a montré que ces créations étaient réellement possibles et fécondes.
« Dans le diocèse de Châlons, dit-il*, les patronages et cercles ruraux sont toujours en honneur; s'ils n'ont point augmenté en nombre, ils ont du moins gagné en solidité. Le dernier rapport du 24 juillet 1892 en signalait cinquantecinq ; plusieurs, sans doute, semblent fonctionner d'une manière irrégulière et intermittente ; mais une quarantaine sont établis sur des bases sérieuses et ont déjà subi l'épreuve du temps. La plupart ont pour siège les presbytères hospitaliers des curés de campagne ; beaucoup cependant ont éprouvé le besoin d'avoir une installation indépendante, non des curés, bien entendu, mais des presbytères. C'est ainsi que quatorze se réunissent dans des maisons ou dans des salles exclusivement affectées à l'œuvre ; six autres ont pour local une dépendance du presbytère, grange, remise ou préau, transformée, moyennant 200 ou 300 francs, en salle de réunion parfaitement close et con-
(diocèse de Rouen). Mais à cette époque les patronages ruraux étaient rares.
I. Petit Manuel pour la fondation et la direction des patronages et cercles ruraaxj par M. rabl>é Lb Gontb, chanoine, vicaire général honoraire de Ghâlons, 3* édition, revue et augmentée, 189a ; Martin frères, éditeurs, Ghâlons-sur-Mame.