CAUSES DU DÉVELOPPEMENT DES PATRONAGES
dans lequel on le faisait pénétrer et auquel on essayait de l'agréger. Inutile d'insister sur les inconvénients de cette ignorance et les déconvenues qui en résultaient. f Mais cette ignorance avait des conséquences bien autrement déplorables : elle était cause de la perte de beaucoup d'âmes juvéniles. Au sortir du collège, en effet, enivrés par cette complète liberté, pour laquelle ils n'étaient pas toujours suffisamment préparés, sachant d'ailleurs peu de chose sur leurs devoirs d'homme — devoirs de chrétien et devoirs de citoyen, — nombre de jeunes gens se jetaient à corps perdu dans tous les plaisirs. On ne leur avait pas dit jusquelà qu'ils devaient être apôtres, ou plutôt on ne leur avait pas montré comment, dans la pratique, ils pourraient l'être. Et ce n'était pas à dix-huit ou vingt ans, alors que la vie facile s'ouvrait devant eux, alors que les passions venaient surexciter leurs sens, ce n'était pas à ce moment que, sans préparation, ils allaient se créer d'eux-mêmes un idéal élevé, mais exigeant, et entreprendre, par un instinct subit de sacrifice, le rude labeur des œuvres d'apostolat. Il était trop tard.
Sans doute, il y avait des exceptions, mais des exceptions qui attristent par leur petit nombre si l'on met en regard, d'un côté, le chiffre des jeunes gens qui, chaque année, d'une façon ou d'une autre, se dévouaient pour le bien de leurs frères, et, d'autre part, celui des adolescents qui sortaient des maisons religieuses d'enseignement.
La comparaison entre ces deux chiffres était navrante : elle ouvrit les yeux de ceux qui avaient charge d'àmes. Et l'on résolut d'initier la jeunesse des collèges catholiques à la vie zélée, de lui donner^ si je puis m'expri mer ainsi, une éducation apostolique.
C'était là un progrès immense dont les résultats ne sont pas encore complètement appréciables et n'auront toute leur portée que dans quelques années. Mais, dès aujourd'hui cependant, on peut constater dans les œuvres, surtout dans les patronages, un réel et large développement qui est dû, en très grande partie, à ce que nous avons appelé l'éducation apostolique.
Désormais, dans beaucoup de maisons dont le nombre augmente de plus en plus*, les élèves de rhétorique, de philosophie ou de sciences n'ont pas uniquement en vue le « bachot », ils ne se préoccupent plus exclusivement du choix d'une carrière agréable et productive, ils songent parfois qu'en leur qualité de chrétiens et de futurs « dirigeants », ils auront des obligations sociales vis-à-vis des malheureux, qu'ils auront le devoir de faire connaître et aimer autour d'eux la doctrine du Christ, qu'ils devront être en quelque sorte les collaborateurs de l'Église. Tout cela, au collège, ils le discutent, ils le débattent, entre camarades, chaudement parfois, dans des réunions périodiques qui tantôt portent le nom d* « académie », tantôt celui de « petite conférence » ou de « conférence d'œuvres*».
I. Parmi ces étabUssements, nous pouvons citer tout particulièrement l'école Saint-Martial à Limoges et plusieurs collèges, dirigés par les Pères Jésuites, notamment ceux de Poitiers et d'Évreux. Nous publions plus loin (livre YI : Le patronage au collège) des détails sur Tœuvre de Poitiers, et Ton trouvera dans le Bulletin de la Commission des Patronages de novembre 1891 un rapport du P. Cléret de Langavent sur celle d'Evreux. Le Bulletin de la Commission des Patronages de mars 1893 indique l'institution diocésaine de Pons (Charente-Inférieure) et l'école Notre-Dame-des-Aydes, à Blois, comme ayant organisé des œuvres de collège florissantes.
3. Cf. une étude de M. Huit dans VBnseignement chrétien, intitulée De quelques réformes.