CAUSES DU DÉVELOPPEMENT DES PATRONAGES GS
Mais, comme rien ne vaut les affirmations documentées, nous citerons assez largement une étude publiée dans le Bulletin de VUnion des Associations ouvrières catholiques ' : elle est consacrée à la conférence des œuvres de l'école Fénelon à La Rochelle et nous fournira un exemple, entre plusieurs autres, de ce qui se fait très heureusement dans nombre de maisons catholiques.
La conférence d'études sociales établie dans l'école Fénelon est destinée à initier les élèves les plus âgés à leur mission sociale, telle qu'ils doivent la comprendre.
« Elle a été fondée en 1889. On s'y propose d'y compléter l'éducation chrétienne de notre jeunesse, de lui faire entrevoir de bonne heure les réalités de la vie. Les œuvres diverses et les questions qu'on y étudie sont destinées à montrer les misères de la classe laborieuse et les devoirs du patron, les responsabilités de la classe supérieure et les moyens de les bien porter. Cette étude peut être encore un aliment pour l'ardeur et l'enthousiasme de ces cœurs passionnés, un dérivatif salutaire aux préoccupations classiques qui souvent enflent ou dessèchent, un contrepoids efficace aux entraînements du plaisir ou de la mondanité qui ont déjà fait tant de victimes. »
Après avoir ainsi exposé le but de la conférence des œuvres sociales, le très distingué directeur de l'école Fénelon parle de l'organisation et du fonctionnement de cette réunion d'études : il y a là des détails pratiques intéressants à noter.
« Cette conférence, dit-il, forme un groupement spécial
I. Cf. Bulletin de VUnion des Associations ouvrières catholiques, no 145, novembre 1896 ; 3a, rue de Verneuil.
et indépendant, et se distingue de la congrégation, œuvre de piété, en môme temps que de la conférence de Saint-Vincent-de-Paul, œuvre de charité, et de l'académie, société purement littéraire. Par là, elle se recrute plus aisément, ne faisant appel qu'à la bonne volonté et au dévouement, non à la distinction de vertu ou de talent, ni à la bourse de ses membres. Elle trouve ses recrues exclusivement dans la division des grands.
« A la tête est un bureau composé de quatre ou cinq membres; sa mission est d'entretenir la vie, le zèle, l'initiative dans l'œuvre, et de résoudre les questions d'intérêt général. C'est aux membres du bureau que revient la direction de la confrérie, la présidence effective des réunions, la correspondance, enfin la rédaction des rapports ou le choix des questions traitées. Le contrôle d'un maître directeur s'exerce sur tous ces objets, pour diriger et modérer l'activité parfois exubérante des jeunes gens.
« Les séances ont lieu deux fois par mois. Elles se composent de trois parties distinctes : d'abord on lit le compte rendu die la séance précédente; ensuite le sujet annoncé d'avance est traité par le maître directeur, sous forme d'entretien familier ou de lecture commentée, suivant le cas. Après cette exposition vient une causerie courtoise et amicale où l'on complète, par des réponses aux questions ou objections que tous ont le droit de poser, l'éclaircissement du sujet. La conférence a établi entre ses membres, comme principal lien de piété, la messe du premier vendredi de chaque mois, célébrée pour l'œuvre et à ses frais. Elle est sous le patronage de Notre-Dame du Travail et de saint Joseph. »
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Voilà pour le mécanisme et la marche de la réunion. Reste maintenant à indiquer les résultats déjà obtenus.
« Le programme des questions à traiter, poursuit M. l'abbé Rousseau, est assez rempli et varié; on n'y inscrit pas seulement des sujets abstraits et théoriques d'éi!onomie sociale, mais on cherche aussi à faire connaître le fonctionnement et l'organisation des œuvres qui existent déjà, à en donner l'amour aux jeunes gens, pour qu'ils soient prêts à les servir quand le jour sera venu. C'est ainsi qu'on est parvenu à établir dans la ville de La Rochelle, depuis le 7 mars 1895, un petit patronage de persévérance pour les enfants des écoles laïques. Le comité, composé de huit membres, compte cinq anciens élèves de l'école Fénelon. Ce patronage, qui est à son début, réunit tous les dimanches plus de vingt enfants qui assistent régulièrement aux oflSces, jouent ensemble et honnêtement... En dehors de ce patronage local, conclut le directeur de l'école Fénelon, nous avons la consolation de constater que nos élèves, en nous quittant pour faire leurs études de droit, de médecine^ ou entrer dans une autre carrière, cherchent à faire acte de catholiques militants, en prenant quelque part aux œuvres de la ville où ils se trouvent. Il y a là encore, ce semble, un fruit donné par la semence qu'avait jetée la petite conférence d'études sociales. »
Ce que nous venons de dire pour le collège catholique de La Rochelle, nous pourrions le répéter, avec quelques variantes seulement, pour plusieurs autres maisons religieuses *. Mais, obligé de nous borner, nous préférons indi-
I. Cf. Compte rendu du Congrès de V Association catholique de la Jeunesse française, 1891.
quer une tentative particulièrement originale. Non contents d'initier théoriquement leurs élèves aux œuvres d*apostolat, les Pères Jésuites de Poitiers eurent Tidée d'organiser un patronage du dimanche dans leur établissement et d'inviter quelques-uns de leurs élèves à se dévouer au service de leurs frères moins fortunés et moins âgés. Le patronage prospéra tant et si bien qu'on dut, il y a quelque temps, lui assurer un local spécial et le confier désormais aux Frères de Saint-Vincent-de-Paul : la petite œuvre, bénie de Dieu, avait grandi et fini par exiger un personnel particulier, établi à demeure et constamment préoccupé de son développement.
L'exemple de Poitiers, pour original qu'il soit, n'est cependant pas unique, et l'on nous signale à Évreux une tentative analogue — et également couronnée de succès. En cherchant bien, peut-être pourrait-on en découvrir quelques autres.
Au sortir du collège, les jeunes gens trouvent dans les associations et cercles catholiques d'étudiants un nouveau stimulant pour la vie d'apostolat*. Pour notre part, nous nous souviendrons toujours que c'est dans un de ces cercles — au cercle du Luxembourg à Paris — que nous avons appris à connaître et à aimer les œuvres de jeunesse, et que, d'autre part, c'est également dans une association de « jeunes » — à la Société Ozanam de Bordeaux — que
I. Cf. rapport sur V Action sociale du Cercle du Luxembourg présenté au Congrès des œuçres de jeunesse tenu à Bordeaux en août i8g5 ; pp. aa et seq. du Compte rendu ; Bordeaux, imprimerie administrative Ragot.
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nous avons jadis rencontré nos premiers et ïms plos dévoués collaborateurs pour une modeste foDdatîon.
Parmi les œuvres très nombreuses et très dîTers«>s «pii sollicitent le zèle des jeunes catholiques, les patronages occupent certainement le premier rang. « Pourquoi ot mouvement, cette sorte de prédilection dans les réunions de jeunes gens? » se demandait jadis un des plus ardenU « meneurs » de cette action*. Et il répondait : « Parre que le jeune homme de dix-huit ans a besoin de dépenser son activité, et qu'il trouve dans ces œuvres à lui donner une large carrière. Il sort du collège, où il était habitué à prendre part à de joyeux ébats dans la cour de récréation, et le voilà maintenant étudiant, n'ayant pour tout exercice qu'à faire deux fois par jour le chemin de la Faculté... Ce jeune homme, un certain dimanche, est amené par un camarade dans une grande cour pleine d'enfants et de jeunes gens, avec des agrès de gymnastique, de grands portiques, des jeux, un entrain, une vie remplie de gaieté et d'attraits : combien n'en avons-nous pas vus ôter leurs gants bien frais, poser leur canne, quitter leur chapeau et leur veste, et courir prendre part à quelque partie de barres ou d'échasses, comme l'an passé, dans la cour du collège ! Il n'y manquait que les vénérables surveillants. Mais le jeune homme ne les a pas cherchés longtemps : il a compris que c'était à lui maintenant qu'il appartenait d'accomplir un devoir social et de s'occuper à son tour des autres, comme on s'était occupé de lui jusqu'alors.
I. Cf. Rôle des jeanes gens dans les œuvres de jeunesse, principalement dans les patronages, rapport présenté par la Ckjmmission des Patronages à l'Assemblée des catholiques de Paris, le a mai
« Les patronages ont la prédilection des jeunes gens, ajoutait notre orateur, parce que ceux-ci trouvent une large part d'initiative à y déployer : dans les récréations extérieures si multiples, fêtes de gymnastique, fêtes militaires, pièces, jeux de toute sorte; dans l'organisation des bibliothèques, des cours du soir; dans la présidence des petites conférences de Saint- Vincent-de-Paul, dans la direction de la maîtrise à la chapelle, il y a largement de quoi donner un libre cours à une initiative personnelle et à cette liberté même relative qui est toujours si chère à un jeune homme
^ de vingt ans.
« Les patronages ont encore la prédilection de nos jeunes gens parce qu'ils s'y sentent bien vite aimés. Connaissezvous rien qui attire plus que l'affection d'un enfant ? Vous le comprendriez surtout si vous voyiez les plus jeunes de nos patronnés se précipiter en foule au-devant d'un confrère quand il entre au patronage, lui témoignant de mille façons leur simple et candide affection... »
De cette rencontre dominicale d'un certain nombre d'étu-
' diants dans les mêmes œuvres devait sortir, tôt ou tard, un groupement nouveau, une association de jeunes « con- frères » : cette association, ce fut la Commission des Patronages. Elle prit naissance, durant l'été de 1889, dans la chambre d'un carabin parisien. Le petit groupe eut vite fait de recruter au quartier Latin une douzaine d'adhérents; il s'affilia dès lors à l'Association catholique de la Jeunesse française, qui lui offrit l'hospitalité au fameux entresol
- du 262, boulevard Saint-Germain, et mit à sa disposition trois ou quatre pages de son organe officiel. Quelques mois plus tard, la jeune commission se sentit assez forte pour