‹ Au sortir de l'école: les patronages: aree une lettre-préface de S. Ém le Cardinal LecotChapitre 28 sur 143 · NÉCESSITÉ DES PATRONAGES POUR LES ÉLÈVES DES ÉCOLES C0N6RÉ6ANISTES · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DES PATRONAGES POUR LES ÉLÈVES DES ÉCOLES C0N6RÉ6ANISTES

Nous venons d'étudier, dans leur histoire et dans les détails de leur organisation, les patronages religieux qui groupent les élèves et anciens élèves des écoles laïques.

Nous allons faire pareil examen pour les œuvres qui s'adressent aux enfants des écoles congréganîstes et particulièrement à ceux des Frères de la Doctrine chrétienne *. Mais, au préalable, il ne sera pas inutile de répondre à une objection souvent formulée par des catholiques en termes plus ou moins formels.

Ces catholiques admettent la nécessité des patronages chrétiens pour les jeunes gens qui sortent de l'école neutre, mais cette nécessité, ils la comprennent beaucoup moins pour la jeunesse élevée par les Ghers Frères. On est, en effet, généralement porté à penser, à première vue, que la simple fréquentation, durant trois, quatre ou cinq ans, d'un établissement congréganiste doit suffire, à elle seule, pour assurer la persévérance d'un adolescent : le patronage apparaît dès lors comme une superfluité.

I. Sur les écoles des Frères, on peut consulter Tétude de M. Pabbé Lesêtre, curé de Saint-Étienne du Mont (Reçue du Clergé français^ i5 mars 1897).

Or, des faits multiples, faciles à constater, nous paraissent démontrer Terreur de ceux qui regardent comme achevée dans une paroisse l'œuvre de Téducation populaire, lorsque Técole libre regorge d'élèves. L'œuvre est, cependant, tout juste ébauchée ; elle est, certes, en bonne voie, mais si elle n'est pas complétée par une association de persévérance, elle ne donnera que bien peu de fruits. À l'appui de cette assertion, qui paraîtra peut-être trop radicale à quelques-uns, nous invoquerons les paroles de Léon XIII au T. H. Frère Joseph « :

« L'œi^vre des patronages est capitale, a dit le Chef de l'Église au Supérieur général des Frères * ; en instruisant les enfants dans leurs écoles, les Frères n'ont fait que la première partie de leur besogne ; la seconde est aussi importante, plia importante encore, s'il est possible. Car, sans les œuvres de persévérance, le long et pénible travail de Vécole serait presque toujours compromis, parfois anéanti. Les enfants tomberaient, en sortant des mains des Frères, dans celles des sociétés secrètes ou publiques qui ont pour objet la destruction de la foi, pour résultat la ruine des mœurs, et ils seraient perdus en immense majorité pour l'Église et pour la société chrétienne. Les fils du bienheureux de La Salle doivent donc s'appliquer à devenir de

I. Nous empruntoDS le texte de ces paroles au rapport général de M. A. de Ségur sur VŒavre des patronages, lu à rassemblée solennelle tenue le a8 janvier i894> sous la présidence de M. CheS' nelong, sénateur. (Cf. Noces d'or des Œuvres de jeunesse, pp. 64 et 65.)

3. Sur le T. H. Frère Joseph, qui fUt un grand éducateur et qui s'occupa beaucoup des œuvres de jeunesse, on peut lire les études de M. Pabbé Bridier, aumônier de PInstitut des Frères, et de M. Pabbé PagueUe de Follenay (Quinzaine, i5 avrU et i*' mai 1897).

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plus en plus ce qu'ils sont déjà, de véritables religieux, tout dévoués au salut des âmes, et joignant au titre d'instituteurs des enfants celui de directeurs des œuvres de persévérance établies dans leurs maisons pour leurs anciens élèves. Car il fautj à moins dHmpossibilité absolue, que dans toute maison d'école existe comme corollaire indispensable un patronage déjeunes gens. »

Ainsi doûc, en des termes dont on remarquera l'énergie, Léon Xni signale rinsuflBsance de l'école primaire pour former complètement le jeune chrétien.

De ce fait on ne doit point s'étonner, encore moins se scandaliser : il est, en effet, inévitable, même avec les meilleurs maîtres.

Cette insuflBsance de l'école — de toute école — tient à plusieurs causes, mais principalement à ce que les élèves restent trop peu de temps sous la direction de leurs professeurs, trois ou quatre ans à peine, et surtout à ce qu'ils les quittent beaucoup trop jeunes, presque au lendemain de la première communion, pour entrer, soit dans un bureau, soit en apprentissage dans quelque atelier*. Or, à cet âge, l'adolescent ne peut avoir achevé son éducation morale et religieuse : il est donc, en général, lancé dans la vie insuffisamment préparé... Et c'est là, nous le notons incidemment, une des raisons, entre plusieurs autres, qui auraient dû amener les catholiques à réclamer avec insistance l'élévation de la limite d'âge pour le travail des enfants dans l'industrie.

I. c L'action de l'école s'arrête trop tôt », comme le remarquait très justement M. Edouard Petit dans le rapport que nous citons plus loin (cf. p. 14s et seq.)

Sans doute, de son passage à l'école catholique, le jeune homme emportera toujours au moins une certaine connaissance de la loi religieuse. Alors même que, durant toute sa vie, il eût été victime des pires erreurs, l'ancien élève des Frères, sur le point de mourir, repoussera rarement le prêtre... On en a eu de nombreux exemples, lors de la sanglante répression de la Commune. Beaucoup de fédérés avaient jadis reçu l'enseignement de l'Église; cet enseignement, ils l'avaient oublié, mais le souvenir libérateur leur en revint à l'heure suprême. Ce fut le bienfait de leur première éducation : ils lui durent de mourir réconciliés avec le Juge éternel ; mais cette éducation n'avait pu jadis pénétrer leur âme assez profondément pour la préserver de l'entraînement des passions ni tremper leur esprit assez fortement pour le mettre à l'abri des sophismes séducteurs.

Je le sais bien, c'est la famille qui devrait compléter, et, en quelque sorte, prolonger l'action moralisatrice, éducatrice de l'école. Malheureusement, dans notre état social anarchique, en particulier avec le régime de la grande industrie, la famille ouvrière est désorganisée ; les pères et les mères, retenus à l'usine et, par suite, absents de chez eux du matin au soir, trop souvent ne disposent même pas de leurs dimanches, et ne peuvent avoir une influence efficace sur leurs enfants. Il fallait donc qu'une œuvre, née de cette situation anormale, vint remplacer, au moins en partie et tant que durera cette situation anormale, la famille impuissante, parfois à peu près dissoute ^ Cette

I. La très courageuse brochure intitulée A reculonsy dont noud parlons plus haut (cf. page 45), signale le défaut capital de beaucoup

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œuvre, c'est le patronage, où, chaque semaine, apprentis et jeunes commis viennent reprendre des forces morales.

de nos œuvres contemporaines, qui est de coopérer — involontairement mais sûrement — à la dislocation de la famiUe. Assurément, c'est là un gnmd mal ; aussi, lorsqu'U y a possibilité, les patronages doivent-ils être organisés de façon à laisser renftint dans la famiUe autant que ceUe-ci consent à le garder; — et en second lieu, U faudrait, ce nous semble, préparer les jeunes gens à leur mission de pères et de eheti de famiUe.

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