‹ Au sortir de l'école: les patronages: aree une lettre-préface de S. Ém le Cardinal LecotChapitre 43 sur 143 · I. Cf. Le Vicomte de Melan, par M^^ Bacnard, p. 584 et sq · texte numérisé non relu

I. Cf. Le Vicomte de Melan, par M^^ Bacnard, p. 584 et sq

Là CBISB T» i87(K;1871 121

modaient le linge et les vêtements des petites orphelines, préparaient les aliments des fourneaux économiques, ou travaillaient pour les soldats blessés ; les plus âgées s'offraient, pendant que les Sœurs étaient aux ambulances, à visiter les vieillards^ les malades et à faire la classe pour elles. Lorsque le bois, le pain, la viande, étaient si chers, les jeunes filles allaient chaque semaine porter un peu de bouillon, quelques tranches de pain et une petite bûche à de vieilles femmes indigentes, pour les empêcher de mourir de faim et de froid.

Mais c'est assurément sous la Commune que le dévouement de ces jeunes filles s'affirma le plus audacieusement.

Le gouvernement révolutionnaire avait décidé d'expulser les Sœurs des classes, des hôpitaux et des maisons de secours. « Aussitôt les jeunes filles des patronages accourent auprès des religieuses, pénètrent dans leurs maisons malgré les gens armés qui en défendent l'entrée, reçoivent en pleurant leurs dernières instructions et leurs adieux. Pendant que les unes accompagnent leurs anciennes maîtresses jusqu'à la gare, les autres cherchent à sauver tout ce qui peut devenir la proie des envahisseurs ; elles font des paquets de ce qui appartenait aux Sœurs, de ce qui ornait la classe et la petite chapelle où elles avaient si souvent prié, et, chargées de ce précieux fardeau, elles traversent les lignes des gardes nationaux désarmés par la dignité de leur maintien et la fermeté de leur attitude. A Tune des écoles du V® arrondissement, on refuse de les laisser passer; deux d'entre elles, une de quinze et l'autre de dix-sept ans, courent à la municipalité, réclament le droit d'emporter ce qu'elles appellent leur trésor, arrachent

l'autorisation nécessaire, et, cette pièce à la main, enlèvent les crucifix, les pieuses images, tous les ornements, tous les meubles de la chapelle, jusqu'aux confessionaux. Ceux-ci étaient trop lourds pour leurs bras : les gardes nationaux, entraînés par leurs instances, consentent à les porter euxmêmes à l'endroit où ils seront en sûreté. »

Dans plusieurs de leurs maisons, les Sœurs laissaient des orphelines. Les jeunes filles du patronage se partagent ces enfants; chacune en emmène une dans sa petite chambre, partage avec elle son modeste repas, l'habille de ses économies. Une de ces petites était arrivée au dernier degré de la maladie de poitrine, les ouvrières la recueillirent dans une pièce où tout était préparé pour la soigner; elles vinrent à tour de rôle la veiller la nuit et le jour; et lorsqu'elle fut morte, les jeunes filles, revêtues de leurs rubans et de leurs médailles, en témoignage public de leur foi, l'accompagnèrent jusqu'à sa dernière demeure.

L'éloignement des Sœurs n'interrompit pas les réunions du dimanche. Dans un grand nombre de paroisses, la présidente ou la plus ancienne des enfants de Marie rassemblait ses compagnes à l'église ; et là où les églises étaient fermées, dans sa demeure, devant un autel improvisé. Chaque semaine, une enfant du patronage s'échappait de Paris pour aller porter des nouvelles de leurs élèves aux Sœurs réfugiées dans la banlieue ; elle en rapportait une lettre qui, lue à la réunion du dimanche, ranimait les courages.

M. de Meluncite plusieurs traits particulièrement beaux. En voici quelques-uns : « Dans le XI^ arrondissement, où, dès le mois d'octobre 1870, les maîtresses des écoles com-

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munales avaient reçu la défense de mener les enfants à l'église^ une des jeunes filles appartenant à un patronage conduit et surveille, pendant sept mois, les enfants au catéchisme de première communion. Une des plus anciennes de ce patronage, pourvue d'un brevet d'institutrice, avait été chargée d'une école sous la Commune : malgré les défenses et les menaces, elle ne cessa jamais de faire faire la prière à ses élèves au commencement de chaque classe» les conduisit elle-même le dimanche à la messe, et se plaça au milieu d'elles à l'église. »

Une autre de ces jeunes filles, passant sur la place . Saint-Sulpice, aux plus mauvais jours de la Commune, voit la foule qui se précipite dans l'église et apprend qu'un club révolutionnaire y est installé. « Elle y entre, et, sans se laisser détourner par les cris, le tumulte et les blasphèmes, elle va droit à la chapelle de la sainte Vierge, s'y agenouille, y récite son chapelet, et les yeux baissés, mais la démarche ferme, reprend tranquillement son chemin à travers cette émeute sacrilège, qui la laisse passer; deux personnes avaient prié à c^té d'elle : un petit enfant et un vieillard. Comme à l'aurore du christianisme, Dieu avait eu dans son temple profané, pour protester contre l'impiété et la violence, l'intrépidité des plus faibles en ce monde. »

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