UNE MONOGRAPHIE DE PATRONAGE
Après avoir résumé rhistorique des patronages qui réunissent les J6unes filles, après avoir essayé de montrer l'extrême nécessité des œuvres groupant les élèves et anciennes élèves des écoles neutres, il nous reste à indiquer l'organisation de ces associations et à en faire connaître la vie intérieure.
Nous choisirons, comme objet de cette monographie, le patronage Saint-Joseph de Plaisance, qui est un des plus importants de Paris, un de ceux où Ton peut constater Tapplication persévérante d'une méthode raisonnée et l'exécution progressive d'un plan arrêté *.
Le patronage Saint-Joseph de Plaisance reçoit les jeunes filles des écoles communales *. Elles sont réparties en trois
I. Noas avons été d'ailleurs grandement aidé dans cette étude par les notes très obligeamment communiquées par M. Pabbé Schœffer, qui depuis dix ans dirige avec un dévouement tout apostolique cette œuvre de jeunesse : le plus souvent nous avons reproduit textuellement les indications données par M. Taumônier de Saint-Joseph de Plaisance.
a. Le nombre des enfants sérieusement atteintes par l'œuvre est de 35o (i3o persévérantes et aao écoUères).
groupes principaux, suivant les divers catéchismes auxquels elles appartiennent : les enfants du petit catéchisme, admises dès l'âge de six ans, les enfants du catéchisme de première communion * et les persévérantes. Le patronage est ouvert le jeudi et le dimanche, le jeudi pour les enfants qui vont encore à Fécole, le dimanche pour toutes les jeunes filles sans distinction.
Inutile de dire que les moyens religieux sont les premiers des moyens d'action dont dispose le patronage, et parmi ceux-ci, avant tout, les catéchismes : « Depuis leur entrée au patronage, dès l'âge de six ans, jusqu'au jour où elles le quittent, c'est-à-dire jusqu'à la veille de leur mariage, les jeunes filles reçoivent tous les huit jours une heure d'instruction religieuse. »
Quant aux exercices de piété, « il importe qu'ils ne soient pas trop longs et qu'ils n'ennuient pas les enfants, qu'ils soient faits pour elles et avec elles. » La grande pierre d'achoppement pour les patronages dans les paroisses, c'est que les offices n'y sont pas faits pour eux. « On s'empare des enfants pour faire nombre • ; on les contraint d'assister aux vêpres, au sermon, au salut. Toute l'après-midi se passe à l'église. Et il s'agit de pauvres petites apprenties qui ont seulement ce jour pour se délasser, pour prendre
I. « Les curés, dit M. Fabbé Schœffer, devraient obliger toutes les enfants des écoles laïques qui se préparent à la première communion à fréquenter le patronage au moins pour tout ce qui regarde le catéchisme proprement dit. »
9. c L'impression que j'ai gardée de mon premier prône, me disait récemment un Ticaire de Paris, c'a été de parler devant un public d'enfants, flUettes et garçons, avec, devant la chaire, quelques bonnes vieilles dames... »
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Fair ! Résultat : elles s'empressent de déserter le patronage et ne conseryent des offices de l'église qu'un souvenir désagréable qui les en éloigne à jamais. »
Enfin, parmi les moyens d'action plus spéciaux aux œuvres de jeunes filles, il faut citer les retraites et les congrégations. A Saint-Joseph de Plaisance, on se sert de ces pieuses associations pour développer chez les patronnées l'esprit de dévouement et d'initiative. « Le titre d'enfant de Marie, si envié par les jeunes filles, ne doit pas être à nos yeux, dit M. l'abbé Schœfier*, une prime à l'ancienneté ou un moyen d'encouragement ; il est la consécration du dévouement de nos jeunes filles à leurs compagnes. C'est sur la congrégation du Bon-Conseil, nous pouvons le dire, que repose toute l'œuvre du patronage. Les dames qui veulent bien nous aider dans notre œuvre sont peu nombreuses et ne peuvent l'être davantage. Nos jeunes filles ont libre champ pour exercer leur zèle et leur initiative, dans tous les services du patronage : ce sont elles qui organisent leurs jeux, qui surveillent les plus jeunes, sans que jamais leur autorité soit contestée, parce qu'elle est fondée sur l'affection qu'elles inspirent. Quand une jeune fille s'est ainsi dépensée, dévouée pour son plus grand bonheur et pour son plus grand bien dans une œuvre chrétienne, elle peut afijronter les dangers du monde et les responsabilités de la famille ; nous avons confiance qu'elle restera ce qu'elle est devenue au patronage : une apôtre. » ^
A côté des diverses congrégations, il y a une petite conférence de Saint-Vincent'de-Paul.
1, Cf. Courrier de Notre-Dame du Rosaire^ mai 1897.
C'est là, dans un patronage de jeunes filles, une innovation qui mérite de nous arrêter quelques instants.
La conférence de charité est établie sur le modèle des petites conférences de Saint- Vincent-de-Paul qui existent aujourd'hui dans presque toutes les œuvres de jeunes gens. « Toutes les semaines, après une longue journée de travail, nos jeunes ouvrières qui ont le bonheur de faire partie de la « petite conférence » se réunissent chez leur directrice. Là, elles s'entretiennent de leurs pauvres, proposent ou discutent des secours extraordinaires, et travaillent à enrichir le vestiaire qu'elles ont organisé pour eux. Les secours ordinaires qu'elles leur portent sont très modestes : un bon de pain et un bon de lait. Mais il faut qu'elles y ajoutent beaucoup de leur cœur, puisqu'elles nous reviennent toujours ravies de ces visites, on ne sait , qui a été le plus heureux, de leurs chers protégés ou d'ellesmêmes. »
Mais au patronage le temps ne se passe pas uniquement en exercices de piété ou en réunions de charité : la nature humaine réclame son droit à la distraction, aussi les jeux sont-ils en très grand honneur à Saint-Joseph de Plaisance ; deux ou trois fois par an a lieu une promenade qui, longtemps à l'avance, est l'objet de toutes les conversations : les petites Parisiennes aiment tant la campagne !
Ajoutons enfin que la direction de l'œuvre laisse pleine et entière liberté aux jeunes filles qui déclarent vouloir passer la journée du dimanche avec leur famille : « Le patronage est une œuvre qui ne devrait pas exister si la société était vraiment chrétienne et si la famille était ce qu'elle doit être. Le patronage n'est qu'un pis aller, hélas !
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trop nécessaire... On doit donc s'attacher à contrarier le moins possible la vie de la famille et à en favoriser au contraire les besoins légitimes... Aussi, déclare M. Tabbé SchœfTer, nous n'exigeons jamais des enfants la présence au patronage toutes les fois qu'elles veulentsortir avec leurs parents. Nous contraignons même celles d'entre elles qui préfèrent le patronage à la société de leurs parents à ne pas rendre l'œuvre odieuse par une assiduité exagérée... Nous insistons beaucoup auprès de nos jeunes filles sur les devoirs de la vie de famille. La directrice se tient en relations avec les parents pour bien leur montrer que nous voulons être simplement leurs associés et leurs fondés de pouvoir dans l'éducation de leurs enfants. » Grâce à ces pratiques, le patronage n'est pas insupportable pour les parents, même pour les moins chrétiens, et il ne gène pas la vie de famille.
Telles sont les principales idées qui ont présidé à la fondation du patronage Saint-Joseph de Plaisance, telle est aussi l'organisation de cette œuvre aujourd'hui très prospère : idées et organisation nous ont paru mériter d'être exposées avec quelques détails. On peut d'ailleurs les retrouver, avec quelques variantes, dans plusieurs autres associations déjeunes filles de Paris ou de la province S mais l'œuvre de la rue de Vanves nous a semblé constituer un véritable type. C'est à ce titre que nous en avons fait une brève monographie : nous ne pouvions trouver une plus pratique conclusion à ces études qui nous ont successivement
I. Cf. notamment Compte rendu du Congrès ecclésiastique de Reims, p. ai3.
montré l'idée des patronages de jeunes filles prenant naissance dans le salon de M^"^ de La Bouillerie, puis se réalisant, grâce à l'éloquence persuasive de M. de Melun et au dévouement de l'illustre Sœur Rosalie, ensuite arrivant vite à un très beau développement, et formant d'admirables chrétiennes dont la Commune a permis d'apprécier l'héroïsme^ enfîn se transformant avec les laïcisations scolaires et devenant non plus seulement une association de persévérance pour les anciennes élèves des Sœurs, mais aussi un indispensable contrepoids à l'enseignement sans Dieu.