ORIGINES ET RÉSULTATS
Dès le principe, à ces entreprises il y avait nécessité de donner un nom : on les a intitulées institutions d'après Vécole ou post-scolaires. On avait besoin aussi d'une formule qui pût servir de mot d'ordre dans la propagande. M. Buisson, alors directeur de renseignement primaire et membre zélé de la Ligue, indiqua cette formule : « Il faut créer, déclara-t-il, une œuvre qui prendra pour centre et point de départ l'école ; elle doit grouper autour de l'école, de sa population présente et passée, sous l'ensemble d'un patronage scolaire, toutes les ressources que peut créer l'esprit de solidarité sociale *. »
La campagne fut menée avec succès, la parole de M. Buisson entendue, le mot d'ordre compris et répété : c'est M. Bourgeois lui-même*, empruntant ses chiffres au premier rapport officiel de M. Edouard Petit*, qui va nous faire connaître « toute cette floraison d'œuvres nouvelles, de cours, d'associations, de conférences, de groupements, de sociétés d'instruction et d'éducation », qui ont surgi de toutes parts comme par enchantement.
« D'abord, dit-il, les cours d'adolescents. Nous disons plus volontiers cours d'adolescents que cours d'adultes, — le mot de cours d'adultes éveille l'idée d'un cours suivi par des hommes qui reviennent, après la vingt-cinquième ou la trentième année, reprendre dans les cours du soir quelques notions élémentaires, quelques bribes de l'ins-
I. Discours de M. Buisson au congrès de la Ligue de l'Enseignement à Nantes. (Cf. Bulletin de la Ligue^ déc. 1894.)
a. Uédacation de la démocratie^ pp. 188 et 189.
3. Journal officiel^ n août 1896. Nous rectifierons ces chiffres à l'aide du second rapport de M. Edouard Petit, publié à VO^iel du 90 juillet 1897.
tructioD primaire qu'ils ont eue et oubliée, qu'ils n'ont peut-être jamais eue ; ces cours d'adultes deviendront non pas inutiles, mais supérieurs, du jour où nous aurons réalisé notre idée. — Ce que nous désirons, ce à quoi nous tenons par-dessus tout, ce sont les cours d'adolescents, c'est-à-dire les cours destinés à ceux qui viennent de quitter l'école et n'ont pas encore pénétré dans la caserne... C'est vers la création de ces cours que nous nous préoccupons de diriger tous ceux qui ont à cœur le relèvement et la grandeur de notre pays.
« Voici les chiffres que je vous annonçais tout à l'heure : en 1894-1895, il y avait en France 7322 cours d'adolescents pour garçons. A la fin de l'année scolaire 1895-1896, ce nombre est passé à 13.950 cours, c'est-à-dire qu'il a presque doublé. Ainsi donc, il y a eu, au commencement de l'hiver dernier, dans le grand mouvement d'enthousiasme qui a suivi les congrès du Havre et de Bordeaux, 400.000 jeunes gens — vous entendez bien, 400.000 jeunes gens — qui sont venus sans autre poussée, sans autre pression que le bon conseil des bons citoyens qui les entouraient ^ Oh ! je sais bien que 400.000 inscrits, cela ne veut pas dire 400.000 présents; il est certain que ce mouvement d'enthousiasme a été suivi d'un mouvement de recul. Mais il résulte des réponses envoyées par tous les directeurs de
X. De ces résultats, on peut rapprocher ce qui se fait à Pétranger, notamment en Allemagne, où les cours du soir sont obligatoires ; en Angleterre, où TÉtat a organisé plus de 4000 cours du soir qui ont réuni en 1896-1897 près de Soo.ooo élèves (indépendamment de renseignement donné par les diverses associations) ; et aux États- Unis, où plus de Soo.ooo personnes ont adhéré aux cercles et sociétés de lecture.
ORIGINBS ET RÉSULTATS 151
cours d'adultes à M. Edouard Petit qu'un peu plus de la moitié a persévéré, et qu'on a pu compter 270.500 adolescents et adultes qui ont, en réalité, durant le trimestre d'hiver, suivi régulièrement, trois fois par semaine en général, les cours d'histoire fondés en octobre*.
« Les cours de jeunes filles, continue M. Bourgeois, qui étaient de 966 en 1894, se sont élevés à 1800 en 1895... Gomme pour les garçons, la proportion a doublé, bien que le point de départ fût beaucoup plus modeste. A quoi cela tient-il ? A beaucoup de causes sans doute, et peut-être tout d'abord à ce fait que les cours d'adultes et d'adolescents ne peuvent avoir lieu que le soir, ce qui n'est guère facile pour les jeunes filles. Mais il faudra que nous venions à parer à toutes les éventualités ; il faudra trouver le moyen de mettre à la portée de la jeune femme cette éducation complémentaire que nous donnons au jeune homme. Nous ne devons pas désespérer, puisque dès la première année nous avons réussi à doubler les résultats. »
A côté des cours d'adultes ou d'adolescents qui (il faut le noter pour dissiper une équivoque voulue par M. Bourgeois) n'ont pas tous été créés par la Ligue, à côté de pet enseignement régulier se placent les conférences, causeries et séances de lecture : en 1894-1895, la Ligue ou les socié-
I. En i8c)6-97, d'après le second rapport de M. Edouard Petite les cours auraient presque doublé. 11 y a eu, en effet, a4.528 cours dont 30.099 pour les jeunes gens et 44^ pour les jeunes filles.
Le chiffre des auditeurs a subi une progression analogue : c En 1896-1897, il y a eu plus de 700.000 inscriptions. 340.926 adolescents se sont assis sur les bancs et 68.555 jeunes fiUes^ soit 4i7-48i élèves vraiment assidus. » (Cf. Journal Officiel, 29 juiUet 1897, PP* Wo et
tés adhérentes avaient organisé 10.379 de ces réunions ; durant Tannée suivante, ce chiffre est monté à 61.476*.
« Il est, en dehors des cours et conférences, déclare encore M. Bourgeois*, d'autres œuvres dont s'occupe la Ligue, et qu'elle se propose de développer : ce sont les institutions d'éducation sociale. Les conférences et les cours contribuent certainement à l'éducation, mais ce sont surtout des organes d'instruction. C'est pourquoi^ autour d'eux, il faut qu'il y ait un ensemble d'associations qui se proposent moins directement l'instruction populaire que l'éducation sociale. Un grand nombre de ces associations se sont déjà développées, je ne dis pas toutes, avec le concours de la Ligue, mais la plupart sur son initiative et à son appel. »
Parmi ces institutions, l'ancien ministre radical en cite trois principales : les mutualités scolaires, les « amicales » et les patronages.
Les mutualités scolaires sont, en quelque sorte, des sociétés de secours mutuels en miniature, spécialement créées pour les écoliers. Le mécanisme en est curieux : l'enfant verse 10 centimes par semaine ; 5 centimes sont prélevés pour constituer un livret personnel de retraite qui profite des libéralités de l'État; 5 centimes sont versés à la masse, à un fonds commun, destiné à donner un secours de 25 à 50 centimes par jour à la famille des sociétaires
I. Cf. Éducation de la démocratie, p. ig5 et seq. (discours au congrès de la Ligue à Rouen).
a. Plus de i4.ooo^de ces conférences ont été faites arec des projections. « En 1896-1897, on monte à 9:7.3i3 conférences, dont 49.860 sans projections, 47*453 avec projections. L'augmentation en une seule année est donc de plus de trente-cinq mille.