IDÉES DIREGTBIGBS ET ORGANISATION
à l'enfant, je ne veux pas (je ne le pourrais peut-être pas), ajoutait-il, donner de définition étroite et spéciale : cela peut être des conférences, des jeux, une fanfare, un orphéon, une société de gymnastique, peu importe, n'importe quoi ; c'est tout ce qui retiendra l'enfant, tout ce qui l'habituera à se solidariser, à mettre en pratique les grands principes de mutualité et de fraternité, tout cela s'appellera le patronage et sera bon !... En un mot, tout ce qui peut être bon pour l'esprit de l'enfant, tout ce qui est utile pour sa conscience et de nature à développer son corps et son intelligence, tout ce qui peut venir à son aide, tant au point de vue moral qu'au point de vue physique et financier, tout cela s'appelle le patronage... L'enfant doit trouver aide et protection au milieu de ceux qui habitent la même^ commune que lui, parce que tous ont intérêt à ce que l'école de laquelle il est sorti soit un foyer de paix publique. Il doit trouver un appui moral suffisant pour le soustraire aux entraînements malsains : c'est cela le patronage* !... »
fassions pour l'école de la République ce que les autres ont fait pour leurs écoles. U est bien juste que nous groupions autour de nos écoles laïques tous ceux à qui nous avons donné Finstruction primaire. U faut que nous donnions à notre enfant les mêmes avantages que possède celui qui sort des mains de nos adversaires... » Depuis quand les écoles publiques, payées par tous les contribuables, appartiennent-eUes à un groupe restreint de ces citoyens ? Depuis quand Pécole officielle, déclarée neutre^ est-elle la propriété exclusive d'une association maçonnique, c'est-à-dire anticatholique (partant plus neutre), au point que le président de cette société ose dire, en parlant des écoles publiques, nos écoles? L'ancien ministre radical serait bien empêché de citer un seul texte législatif qui autorise ses prétentions d'accaparement : l'école laïque appartient à tout le monde.
I. Si l'on prend à la lettre les déclarations un peu vagues de M. Bourgeois, eUes pourraient s'appliquer aux patronages catholiques.
Cette définition de M. Bourgeois manque de précision ; mais un autre membre de la Ligue, M. P. Beurdeley, maire du VHP arrondissement de Paris, va nous exposer en détail comment les promoteurs du mouvement d'après Vécole ont compris leurs œuvres et comment ils rêvent de les organiser *.
« Tout d'abord, dit-il, les patronages ou cercles scolaires devront être attrayants. En sortant de l'école, l'enfant n'a perdu ni l'amour du jeu, ni le goût de la camaraderie ; il reviendra donc à l'école s'il y retrouve ses plaisirs favoris.
« Il y reviendra surtout s'il en a pris l'habitude dès l'époque de la fréquentation scolaire.
« C'est pourquoi les initiateurs des cercles scolaires sont d'accord sur ce point, qu'il faut rouvrir l'école après les heures de classe et les jours de congé aux enfants dès l'âge de onze ans. Nous dirons, pour substituer à une limite d'âge un peu arbitraire une limite de développement intellectuel, dès le cours supérieur de l'école primaire.
« Les jeux et distractions qui conviennent aux centres scolaires sont ceux qui leur apportent un profit intellectuel ou physique, jeu de ballon, gymnastique, escrime, boxe française, tir, dames, échecs, billard, courses à pied, excursions, etc.
« Avant tout, il convient de laisser à l'enfant la liberté de choisir, il faut avoir confiance en son initiative naissante. Que rien ne lui rappelle la réglementation scolaire.
I. Cf. Reçue pédagogique , mars et avrU i8g6 : Les patronages scolaires : rapport Jait à la 4* section du Haçre, par M. P. Beurdeley.
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« Il en est de même des cours et conférences qui viennent s'ajouter aux distractions et dont on fera naître le désir chez l'enfant.
« Si, par une réglementation étroite, on rappelle l'école, on compromet le cercle scolaire ; l'éveil des vocations ne peut plus se faire. L'enseignement devra donc être attrayant et en quelque sorte déguisé ; il porte sur des matières nouvelles et intéressantes. Nous recommandons les matières qui excitent une curiosité légitime : la géographie et les voyages, qui ouvrent un monde d'idées nouvelles à la jeunesse ; la physique et la chimie appliquées avec des expériences ; l'histoire présentée sous son aspect vivant, avec les mœurs, les idées, les anecdotes, les costumes des temps passés; la littérature, enfin, qui exerce une influence si salutaire, quand on sait faire un choix, et qui prend un intérêt nouveau si l'on y joint des exercices de diction...
(c Pour les jeunes gens, l'enseignement manuel, établi dans le centre scolaire auquel on joindrait le dessin, serait d'autant plus désirable qu'il fournirait l'éclosion des vocations. Pour les jeunes filles, nous insisterons en faveur de l'établissement des cours de coupe et d'assemblage. Il serait bon de leur donner aussi les plus utiles notions d'hygiène et même de médecine pratique. Les familles ne tarderaient pas à apprécier les résultats de ces leçons de choses. Enfin, des indications relatives à la cuisine, les plats confectionnés et dégustés en commun. Quel succès et quelle joie pour les cuisinières improvisées ?
« En toutes ces circonstances, il conviendra de joindre aux connaissances générales des notions techniques immédiatement réalisables, sans tomber cependant dans une
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spécialisation prématurée. Bien entendu, il faudra tenir compte des besoins de la jeunesse selon les diverses régions. Les cours et les conférences doivent être adaptés aux milieux. Les enfants ne tarderont pas à envisager leurs intérêts et à songer à la carrière où ils doivent entrer. C'est aux maîtres à tenir compte de ces circonstances et à mettre à profit tout ce qui peut fournir le développement et assurer Tavenir des enfants dont le soin leur sera confié... »
Ajoutez à cela quelques considérations sur les projections lumineuses, Futilité des caisses d'épargne et des bibliothèques bien montées, les services que Ton peut rendre aux jeunes gens pour leur placement en apprentissage, et vous aurez à peu près tout ce qui fait le fond du rapport, d'ailleurs fort intéressant, de M. Beurdeley. Mais, nous le répétons, il n'y a là rien qui diffère profondément de ce que l'on trouve dans les patronages catholiques. Rien... sauf ce qui a trait à l'enseignement de la morale.
Assurément, M. Beurdeley ne dédaigne pas cet enseignement : « Le développement du sentiment, dit-il en effet*, ne suffirait pas sans la morale. On sait ce qu'est la morale civique de l'école primaire. Il s'agit de la mettre en pratique dès l'école et, après l'école, de persévérer dans l'habitude prise.
« La morale du bonhomme Franklin, continue M. Beurdeley, semble étroite et manquer d'envergure : on peut la relever et l'élargir par des considérations générales*. Au
ï. Cf. Reçue pédagogique, i«' mars 1896, p. 199 et seq. a. M. Beurdeley oublie d'indiquer sur quels fondements devraient s'appuyer ces « considérations générales ».