‹ Au sortir de l'école: les patronages: aree une lettre-préface de S. Ém le Cardinal LecotChapitre 61 sur 143 · I. L'Éducation de la démocratie, p. s · texte numérisé non relu

I. L'Éducation de la démocratie, p. s

a. Cf. les déclarations faites à ce sujet par M. Bourgeois (page i64i note i).

croyants, ont la liberté, en dehors des heures de classe, de grouper les enfants et jeunes gens qui vont à la laïque. L'instituteur ne doit point montrer de préférence pour tel groupement plutôt que pour tel autre : de choisir entre eux, c'est uniquement affaire aux familles.

Il faut que la lutte soit égale entre les membres de la Ligue et les confrères des patronages chrétiens : les uns et les autres ne déclarent-ils pas qu'ils se proposent avant tout pour but la moralisation et l'éducation sociale de la jeunesse plébéienne? Dès lors, comment l'État qui se proclame neutre pourrait-il accorder son appui aux unes et le refuser aux autres ? Il doit les encourager tous, ou n'en encourager aucun.

De soutenir que la Ligue de l'Enseignement est faible, qu'elle a particulièrement besoin des subventions et des concours officiels, ce serait aller contre les affirmations des plus marquants d'entre les ligueurs. M. Edouard Petit, dans le Radical*, nous a renseignés en effet, sur cette puissante société : « La Ligue de l'Enseignement, écrit-il, savez-vous qu'elle devient de jour en jour une fédération de plus en plus importante de sociétés d'enseignement? Sa force, son influence ne fait que grandir. Elle réunit en faisceau, à l'heure actuelle, plus de quatorze cents cercles, associations, groupements, bibliothèques, patronages, etc. Elle a près de 15.000.000 adhérents directs ou indirects.

« La campagne de 1896-97 vient de lui être particulièrement favorable. Elle a, malgré les envois faits en franchise par le Musée Pédagogique, prêté 58.711 vues à ses adhé-

I. Cf. Radical, i" juin 1897, ou, comme l'indique la manchette du journal, i3 prairial an io5.

méSS DIRSGTRIGBS BT ORQAIOSATION 165

rents pour faire des conférences populaires. Elle a fourni des appareils à projections par centaines. Elle a fait des conférences sur tous les points du pays.

« Et elle a fait des héritages. Oui, des héritages. Car il ne faudrait pas croire que les œuvres professionnelles * soient les seules en honneur parmi les gens riches, les seules qui bénéficient de libéralités. LaLigm de V Enseignement a hérité depuis deux ans déplus de 300.000 francs. Il y a décide là des usufruitiers. Mais le capital viendra à la Ligue peu à peu.

« H vient même du vivant de certains donateurs. L'un d'entre eux, qui ne veut pas que nous livrions son nom, a, il n'y ;a pas huit jours, versé 80.000 francs pour aider la Ligue à poursuivre son œuvre. C'est un joli denier, n'est-ce pas? »

Cette citation, tirée d'un journal non suspect, montre de quelle force dispose la Ligue de l'Enseignement. Or, nous avons vu, en ces quelques pages, que cette association s'était mise à la tête du mouvement é!après Vécole, qu'elle en avait à peu près accaparé la direction, et qu'elle s'était malheureusement appliquée à faire pénétrer dans les institutions post-scolaires, sous couleur de laïcisme et d'apparente neutralité, ses tendances antireligieuses. - Les libres-penseurs qui se disent respectueux des croyances sincères, et qui s'occuperaient de ces associations, devraient empêcher, ce nous semble, que, sous le fallacieux prétexte d'assurer la neutralité, on attaque indi-

I. Il y a sans doute là une faute d'impression : c'est sans doute confessionnelles et non professionnelles qu'a écrit M. Edouard Petit, mais le coirecteor du Radical n'a point fait disparaître l'erreur.

rectement, « en dessous », les doctrines religieuses. Les institutions qui s'affichent « neutres » doivent être et rester loyalement neutres. Quant aux adversaires déclarés du christianisme, qu'ils aient la franchise d'arborer leur antichristianisme tout comme les croyants proclament, dans leurs œuvres, leur foi catholique. Les pères de famille pourront alors se prononcer en toute liberté et connaissance de cause.

Ainsi donc, égalité de traitement de la part de l'État et de ses fonctionnaires à l'égard de toutes les institutions postscolaires; attitude nette et loyale de la part de ces institutions, en ce qui concerne leurs tendances religieuses ou antireligieuses, tel est le double vœu que nous exprimons en terminant. Qui pourrait y trouver à redire, sinon les partisans du despotisme ou les amateurs de situations louches? Ceux-là seraient vraiment indignes de collaborer, à un titre quelconque, à l'éducation de la démocratie française *.

I. M. Edouard Petit, qui suit ayec une ^ande attention ce qui se publie chez les catholiques au sujet des institutions post-scolaires^ a eu connaissance de ces pages. Il les résume en ces termes (Radical, 3 décembre 189;) : c L*auteur 7 soutient une théorie qui est à connaître. Il demande que tous ceux qui se proposent pour but l'éducation sociale de la c jeunesse plébéienne », instituteurs laïques ou directeurs de patronages chrétiens, soient traités sur le pied d'égalité, aient droit aux mêmes faveurs, aux mêmes encouragements.

< M. Max Turmann conclut ainsi son étude : « Égalité de traite- « ment de la part de l'Etat et de ses fonctionnaires à l'égard de c toutes les institutions post-scolaires.»

« J'indique la tendance.

« EUe était à signaler. »

Sans doute nous savons gré à M. Edouard Petit de « signaler une tendance » aux lecteurs du Radical, mais puisqu'il diffère d'avis avec nous, il n'eût pas été mauvais qu'U donnât ses raisons : signaler n'est pas réfuter.

• Les deux vœux que nous avons formulés sont inspirés par le souci de la justice et l'horreur de l'équivoque : nous attendons qu'on y réponde.

Et si l'on n'y répond pas, l'on sera bien forcé d'y faire droit.

Page 1