I. Cf. Journal officiel^ v) jumet 1898, p. 465o
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seurs de cours, la lassitude ne s'est point produite qui aurait amené piétinement sur place ou bien rétrogradation. » D'ailleurs les chiffres sont là qui confirment la remarque de l'enquêteur officiel : en 1894-1895, il y avait eu 8^88 cours, dont 966 de filles ; en 1897-1898, on atteint le total* de 30.368 cours, dont 7429 pour les filles. Ainsi donc, en qtiatre années, le chiffre des cours d'adultes a presque quadruplé.
Le nombre des auditeurs s'est accru en proportion du chiffre atteint par les cours. Un fait est signalé à peu près partout. La clientèle flottante et de hasard qu'au début l'ouverture de l'école du soir avait attirée par sa nouveauté, s'est retirée d'elle-même. Sa patience n'a pas survécu à la satisfaction donnée à sa curiosité. La clientèle sérieuse est demeurée attachée à son travail, à ses maîtres. Le total des présences, dûment constatées sur registre, établit combien les cours d'adultes sont aujourd'hui recherchés et appréciés : en 1895-1896, 400.000 étudiants populaires avaient sollicité leur inscription; 270.000 avaient régulièrement fréquenté les cours* ; en 1897-1898, les inscriptions s'élèvent à 850.000 et le chiffre des élèves assidus atteint 482.000. Il est inutile, ce nous semble, d'insister sur l'importance de ces résultats : les chiffres parlent d'eux-mêmes.
Laissant de côté les documents statistiques, essayons de
I. Et cucore, dans ce total, ne fait-on pas entrer les cinq mille cours environ prolessés dans les syndicats, bourses du travail, sociétés d'instruction populaire, etc.
a. Pour maintenir la fréquentation, on distribue des certificats d'assiduité et des c livrets d'adultes ». On a recours aussi à des distributions de prix.
pénétrer dans ces cours d'adultes pour nous rendre compte de ce que Ton y fait. M. Edouard Petit nous servira encore de guide*.
Les cours d'adultes sont de diverses sortes : il y a d'abord les « cours de réparation ». Là sont les illettrés. « Il faut avoir le courage de confesser que la clientèle : paysans, domestiques, ouvriers maçons, soldats, est encore trop nombreuse. La fréquentation scolaire a dû être ou intermittente ou nulle aux années d'enfance. Les tâcherons de la Creuse, du Limousin, qui tôt ont quitté le pays pour manier la truelle, viennent la blouse encore blanche de chaux dès que la lampe est allumée : ce sont clients empressés et fidèles. Non moins assidus, mais plus tardifs, arrivent les gens de maison, valets, cuisinières, servantes, qui sont plus tenus, qui ne peuvent se coucher sur l'alphabet qu'à une heure plus avancée... J'ai remarqué, en Bretagne, beaucoup d'ouvriers de ferme. Bien que le plus souvent ils n'aient pas été élevés par lui, ils viennent demander au maître d'école laïque de leur inculquer les éléments du français, car l'idiome du pays ne leur suffirait pas au régiment. »
A côté des cours de réparation, il y a, beaucoup plus nombreux, les cours de revision. Et le délégué du ministre , de l'instruction publique nous fournit d'intéressants détails qui pourront être mis à profit par tous les maîtres de l'enseignement post-scolaire : « La séance, étant d'une heure et demie environ, se divise d'ordinaire en trois parties. Une
I. Cf. Edouard Petit : c Autour de Pécole du soir » (Reçue pédagogique^ avrU 1898), et Rapport au Ministre de Pinstruction pubUque (Journal officiel, 37 juiUet i8g8).
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demi-heure est consacrée soit à une causerie dialoguée, soit à une « conférence express », comme on l'appelle parfois, sur l'agriculture ou l'histoire, la géographie, le droit usuel, un fait d'actualité, etc. ; une demi-heure à des travaux pratiques : orthographe, rédaction, lettres d'affaires, actes d'un usage commun, calcul mental (très employé), lecture du cadastre, lecture de la feuille d'impositions, rapports, réclamations, mémoires, factures, évaluation des surfaces et des volumes, cours de la rente, mécanisme des caisses d'épargne, explication des valeurs mobilières, tachymétrie, dessins cotés, envois par la poste, cela varie à l'infini. La dernière demi-heure de quasi-repos, de distraction, est consacrée à la lecture commentée ou bien au chant. » Dans les cours d'adultes, la lecture obtient de plus en plus de succès ; l'exemple donné par M. Maurice Boucher et quelques amis a été imité. « Les séances de lectures populaires telles qu'on les a comprises à Paris, d'abord à la Société d'Aide fraternelle où elles ont pris naissance, puis à l'Association Philotechnique qui les a adoptées et patronnées, réunissent à Montmartre, à Vaugirard, des auditoires de douze cents personnes : petits bourgeois, commerçants, employés, ouvriers. Elles sont mêlées de chants. C'est une soirée littéraire et musicale. A la rue des Boulangers, par exemple, dans le préau de l'école primaire, où des élèves de l'École Normale supérieure collaborent à l'œuvre, on a lu des fables de La Fontaine, des scènes de Molière et de Regnard, des poésies de Victor Hugo, des contes de Daudet... La lecture, à Paris, se fait à plusieurs voix. Lit-on quelques fragments d'une comédie : de nombreux lecteurs, des lectrices, livre en main, tiennent les rôles. En général
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le principal lecteur présente auteur et pièce en une courte biographie, en un bref résumé, dont toute érudition est exclue. Il commente le texte, après chaque acte, en quelques mots. Il enchaîne les parties, il y met le fil quand les bienséances, le peu de temps dont on dispose, exigent qu'on saute des passages. Il tire enfin la moralité, la leçon qui se dégage de la lecture. »
Au village, il est rarement possible de faire la lecture à plusieurs voix, mais malgré cette infériorité, la chose n'a pas eu moins de succès : « On est toujours écouté avec émotion, écrit un directeur d'école supérieure dans le Var, quand on lit des pages traitant du devoir, de la patrie, à des âmes simples, à des cœurs pleins de franchise, comme le sont en général les jeunes gens qui nous écoutent. »
A côté de ces cours de « réparation » ou de « revision », il y a les cours « professionnels », qui se font surtout dans les syndicats, ouvriers ou patronaux, et dans les sociétés d'instruction populaire. « On ne peut se figurer à quel degré de spécialisation extrême descendent les cours techniques. Chaque corps de métier, pour remplacer l'apprentissage disparu, s'applique à patronner des cours fournissant des recrues préparées, façonnées à la profession. Les bourses de travail sont, le soir, dans les grandes villes, transformées en ateliers de perfectionnement où leçons et cours se succèdent, dans les salles retenues d'avance, selon un roulement établi pour toute l'année. Elles deviennent les universités de l'ouvrier. »
Cours et réunions de jeunes filles. — Les initiateurs du mouvement d'après l'école s'étaient tout d'abord occupés d'attirer la clientèle masculine : ils travaillent maintenant
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à gagner rélément féminin, et il faut noter les succès progressifs de leurs vigoureux et ingénieux efforts : ainsi en 1894-1895, il n'y avait que 966 cours de jeunes filles, et Tannée écoulée, il y en a eu 7429, groupant le chiffre énorme de 68.555 auditrices régulières. Ce sont là des chiffres qui ne doivent pas passer inaperçus, surtout lorsqu'on les rapproche des paroles significatives prononcées au congrès de la Ligue de TEnseigaernent de 1897, par M. Léon Bourgeois, Tun des meneurs les plus actifs de ce mouvement : « Nous pensons, disait-iP, que l'éducation de la femme est une des nécessités de l'organisation actuelle ; voilà pourquoi la Ligue a placé l'éducation morale et sociale de la femme en tête des vœux émis par ce congrès : je pourrais ajouter encore d'autres motifs. Vous savez très bien ce que sera le rôle de la femme au point de vue politique le jour où nos idées auront triomphé. Soyez tranquilles : si la femme en France est avec nous, si elle se sent affranchie, si elle prend conscience de ses devoirs, la République et la Démocratie seront inébranlables * ; mais nous considérons que tant qu'il y aura une différence d'opinion et môme d'orientation entre la femme et l'homme, il y aura péril. »
On voit, d'après cet extrait, l'inspiration que certains s'efforcent de donner à l'enseignement post-scolaire féminin et l'on devine dans quel sens ils voudraient voir les efforts
1. Bulletin de la Ligue de V Enseignement, sept. 1897, P* 38o.
2. A entendre les orateurs radicaux et maçons, il semble qu'ils possèdent le monopole de Pesprit républicain et démocratique. On ne saurait trop protester contre ces prétentions sectaires et tyranniques : ne laissons pas confisquer la République.
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dirigés... Mais il est heureusement encore des esprits indépendants et loyaux, pour lesquels la neutralité n'est pas le masque de Tantichristianisme sectaire.
L'impartialité nous oblige à reconnaître que les cours de jeunes filles sont d'ordinaire intelligemment organisés : a Ils ont bien leur physionomie à eux, dit M. Edouard Petit. Il ne faudrait pas croire qu'ils ressemblent aux cours d'adolescents. Les travaux sont compris de façon à correspondre aux exigences de la clientèle féminine. Sans doute, il y a des leçons pour les illettrées qui, elles aussi, sont fort nombreuses. Il y a des séances de révision. Mais, en général, dans les cours on professe l'hygiène, l'économie domestique, la comptabilité ménagère, la couture, la coupe et l'assemblage, les nettoyages divers. La musique, le chant, ont leurs adeptes. »
Dans beaucoup de localités, aux cours se sont ajoutées ou quelquefois substituées des « réunions » qui ont lieu dans la journée du dimanche : les choses se passent ainsi dans seize cents écoles laïques. « Les assemblées de jeunes lilles participent du cours par l'enseignement et de l'association d'anciennes élèves par la familiarité des rapports entre maîtresses et disciples de la veille. On s'y instruit et l'on s'y récrée. »
Conférences populaires. — Gomme les cours d'adultes, les conférences populaires sont en progrès très réel : ainsi en 1894-1895, il y en avait eu 10.379, et l'on en aurait donné cette année 117.752 dont 50.052 avec projections. Nous citons ces chiffres d'après le rapport officiel, mais il est bon de remarquer que cette statistique doit être incomplète.
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Il ne sera pas sans intérêt de noter les sujets qui ont été le plus souvent traités.
L'histoire locale a fourni de très nombreux sujets d'études ; il en a été de même des questions agricoles. « Les conférences ont fait beaucoup pour arracher le paysan à la routine, aux procédés en vieillis d'ensemencement, de culture, d'engraissement des terres, qu'il s'obstine à conserver. Elles ont contribué à sceller l'alliance des professeurs d'agriculture et des instituteurs unis dans le même désir de détruire les mêmes préjugés. Elles ont préconisé les méthodes économiques, rapides, usitées ailleurs. Elles ont servi à décrire le matériel agricole utilisé en commun aux Etats-Unis, en Angleterre. Elles ont répandu l'idée de s'associer entre cultivateurs pour créer des syndicats agricoles... » On s'est également appliqué à faire connaître aux auditoires populaires les ressources et les besoins de nos colonies. Enfin on a mené rude et bonne guerre à l'alcoolisme. Telles sont quelques-unes des matières les plus fréquemment exposées, et avec le plus de succès.
Œuvres complémentaires de l'école
Cours d'adultes et conférences sont, à proprement parler, des œuvres d'enseignement populaire : les institutions qu'il nous reste à étudier — mutualités scolaires, patronages, associations d'anciens élèves — seront plus exactement désignées sous le nom d'œuvres complémentaires de l'école. Les unes et les autres, il ne faut pas l'oublier cependant, sont intimement unies et forment bloc. C'est même, soit dit en passant, ce qui rassure un peu les chefs du
mouvement sur l'avenir de leur organisation : « Grâce à la cohésion d'éléments hier encore isolés, déclare le délégué du ministre de Tinstruction publique^ les chances de durée augmentent pour l'œuvre. »
Nous allons donc rechercher maintenant, toujours d'après les documents officiels, les progrès accomplis en 1897-1898 par les diverses institutions complémentaires de l'école.
MuTUALrrÉs scolaires. — Nous avons fait connaître * le système ingénieux qui, moyennant un versement hebdomadaire de 10 centimes, permet à chaque enfant des écoles laïques de se constituer un livret personnel de retraite, et d'autre part assure 25 à 50 centimes p^r jour à la famille des sociétaires tombés malades. La mutualité attache pour longtemps l'enfant à ses maîtres : la nécessité de verser ses 10 centimes hebdomadaires obligera l'écolier devenu jeune homme à ne pas oublier le chemin de l'école; de plus, « l'instituteur, grâce à la feuille de maladie dont il dispose, a le moyen d'exercer une part d'équitable et généreuse influence dans les quartiers pauvres ».
Durant l'année écoulée, les sociétés de secours mutuels et d'assistance entre enfants n'ont cessé de croître en nombre d'adhérents et en fortune épargnée. La loi du 1er avril 1898 S qui leur accorde de nouvelles faveurs et supprime nombre de lenteurs administratives, va encore activer ce