UNE JOURNÉE DE DIMANCHE
Les portes de la salle s'ouvrent, un flot d'enfants et de jeunes gens en sort. Ils viennent sous la surveillance d'un grand dignitaire de faire la prière du matin suivie d'une courle méditation. On reste environ cinq minutes dans la cour; on va saluer le directeur, qui a toujours un mot aimable pour chaque patronné ; on vient serrer la main des confrères, on dit bonjour aux camarades, aux anciens de la maison déjà patrons, pères de famille, ou bien à ces chers soldats qui, de temps à autre, viennent en permission retrouver le patronage, où ils ont vécu petits écoliers, jeunes apprentis, et où ils rentrent maintenant avec le pantalon rouge, des galons souvent sur les manches, aussi fiers de leur costume que jadis sous leur équipement de zouaves à la fête patronale, il y a dix ans de cela I
On rentre à la chapelle pour la messe, qui est à huit heures trois quarts. Je ne connais rien de beau comme cette messe de patronage.
Combien on se sent porté vers Dieu au milieu de ces enfants et de ces jeunes gens venant aux pieds de l'autel oublier les maux de la semaine, prier ensemble Jésus pauvre apprenti de Nazareth, reprendre des forces pour de nouveaux combats qu'il faudra soutenir demain à l'atelier î II y en a là trois cents unis sous l'œil de Dieu. Un grand nombre s'approchent chaque dimanche de la sainte table.
Vers neuf heures et demie, l'office (messe et courte instruction) est terminé. On sort de la chapelle et chacun, muni de sa « présence de messe », va recevoir un petit pain bien frais avec un morceau de chocolat ou une saucisse toute chaude, toute dorée, que l'on mange sur le pouce sans souci des taches de graisse. Déjà les jeux com-
raencent. Dans la grande cour s'organise une partie de barres militaires, non loin de là les amateurs d'échasses se donnent carrière en jouant à la bataille à la boule. Ces jeux, du reste, ne réunissent qu'une partie des patronnés. En effet, dans le patronage dont nous étudions l'organisation, la matinée est consacrée en partie à des réunions sérieuses. Tous les dimanches à dix heures a lieu le conseil des dignitaires. On sait les prérogatives et le rôle de ces jeunes gens. Aussi on comprend aisément qu'il est indispensable de les réunir au commencement de la journée, de repasser devant eux l'ordre du jour, de rappeler ce qui a laissé à désirer le dimanche précédent, de prévoir avec eux les détails qui changent tous les jours. Le conseil est pour le directeur une grande ressource. Son importance se résume en deux mots : unité de direction dans la diversité des fonctions.
Le deuxième dimanche du mois, après le conseil des dignitaires, ont lieu les réunions des corporations. Ce sont des groupements d'apprentis, d'ouvriers, de patrons membres du patronage et appartenant à des métiers analogues. Ces corporations sont au nombre de quatre :
Saint-Éloi pour les ouvriers et apprentis qui travaillent sur les métaux, « les petits vert-de-gris », comme on dit;
Saint-Jean et saint-Luc pour les professions tenant aux beaux-arts et à l'imprimerie ;
Sainte-Anne pour ceux qui travaillent le bois ;
Saint-Denis pour les industries diverses et articles de Paris, pour les commis-libraires, employés, etc.
Je ne puis m'étendre longuement sur ces réunions. Mentionnons seulement l'ordre du jour de leurs séances : Ex-