L'auteur de cet ouvrage
à peine lui-même assez de têtes de bétail pour faire face à l'hivernage.
Or, sait-on, sans l'avoir éprouvé soi-même, combien est pénible pour des hommes nourris depuis huit mois de biscuit, de café et de viande (si détestable que soit celle de ce pays) sous un ciel de feu horriblement débilitant, la privation de l'une ou l'autre de ces denrées, alors que de vagues souvenirs seuls vous rappellent le pain, le vin et toutes les douceurs relatives d'une vie moins misérable? Manquer encore de quelqu'un de ces aliments douteux, et être en même temps privé de cet atroce tafia qui seul rend buvable l'eau bourbeuse du bivouac, est une torture endurée sans plaintes par celui-là seul qui a d'avance fait hommage à la patrie des plus grandes souffrances et même de sa vie.
Cependant tout a une fin. L'horizon devenait gros de menaces du côté du Dialiba * ; on parlait d'une armée ennemie considérable prête à le franchir; les vivres manquaient, il fallait songer au retour.
Le 19 mai, le capitaine Louvel, jugeant sa mission terminée devant l'impossibilité absolue de vivre plus longtemps sur le pays, rallia la garnison du poste de Niafadié et fit route surNiagassola.
Mais, en même temps que le commandant Combes était informé de ce départ, il apprenait par ses espions qu'une des colonnes de Samory ve-