Nattes grossières en paille
lui. J'accepte d'autant plus volontiers cette offre aimable qu'il est douteux que, même en deux jours, nous arrivions à consommer l'amoncellement de victuailles qu'il nous offre.
Je le prie d'accepter en souvenir de nous un joli couteau de chasse ainsi qu'une énorme embrasse de rideau en soie rouge destinée à servir de baudrier à cette arme. Je lui offre, de plus, 3 mètres de drap noir satiné d'une réelle valeur. Ce cadeau coupe le fil du discours du souverain noir. K.amori, si beau parleur et si amusant que le seul jeu de sa physionomie à la Gambrinus nous avait à tous trois donné un fou rire malgré la gravité voulue de ces sortes de cérémonies, ne trouve plus un seul mot à nous adresser et finit par nous avouer qu'il désire rentrer chez lui. Il a hâte de faire admirer à ses femmes le splendide sabre et la précieuse étoffe que nous venons de lui offrir. Mais il ne se retire toutefois que lorsque le chef de ses griots est allé montrer à toute la population amassée devant nos tentes ces deux objets devant lesquels tous restent bouche bée, remplis d'admiration.
En nous quittant, son contentement se manifeste par un léger pas de danse qu'il esquisse tout le long du chemin. Plat en a fait de mémoire un croquis très réussi.
Le soir je rends sa visite à Kamori. Le village est très grand et très riche. La demeure du roi nous semble une véritable fourmilière de femmes et d'enfants. Il me demande ma protection auprès de
l'almamy; je lui affirme qu'elle lui est acquise. Son accueil est aussi chaleureux que celui du matin.
Le lendemain, il vient lui-même de bonne heure s'enquérir 'de la façon dont nous avons passe la nuit; afin que notre réveil soit plus agréable, il s'c^l fait précéder d'un bœuf qu'il nous offre. Pendant cette réception toute familière, nos tentes sont l'objet de son admiration sincère; il les examine fort minutieusement, en vrai commissaire-priseur. Les adieux qu'il nous fait, dans la soirée, sont presque touchants ; pour un peu, le brave et gai bonhomme nous aimerait réellement. Il avait rencontré dans la journée Plat et le docteur qui so promenaient dans le village et il leur avait adressé mille compliments aimables.
Au départ, il nous confie son fils, Sakhoba- Keita, qui nous guidera jusqu'à Bissandougou ; malgré l'heure matinale et le froid, l'excellent homme nous attend à la sortie du village, pour nous serrer une dernière fois la main.
Nous descendons dioit au Sud et passons le Milo entre Sansando et Kéniéro. Celte rivière a environ 300 mètres de largeur à ce point et une profondeur moyenne de 80 centimètres, car nous sommes à l'époque des plus basses eaux; son cours est obstrué par de nombreux bancs de sable; ses rives, magnifiquement boisées, sont hautes de 4 à 5 mètres, et, pendant dix mois de l'année, elles suffisent à peine à contenir les eaux du Milo.
Au delà de la rivière, les cultures sont d'un
remarquable entretien et d'un fructueux rapport; elles appartiennent au village do Dialibakoro, que nous avons laissé sur notre droite.
Kéniéro, où nous campons, est un très joli village de deux cents cases environ. L'accueil que nous y recevons est très sympathique. Le chef de ce village et celui de Dalaba. situé non loin de là, ne se lassent pas de nous palper les mains, à demi inclinés, et de se frotter ensuite la figure et le front pour se mieux pénétrer du précieux fluide qui doit s'échapper de nos personnes.
Aussitôt après leur départ, les vivres qu'ils nous ont préparés nous parviennent; il y a une telle abondance de toutes choses que je renonce à tout distribuer. Les gens de Niagassola, mes anciens administrés, souffrent de la disette; j'obtiens de Kamori l'autorisation de leur faire adresser tout ce qui excède nos besoins. Trente porteurs, très chargés, suffisent à peine à enlever ce surcroît.
A Soïla, dans le Balimakana, où nous arrivons le 7 février, après avoir traversé de nombreux et riches villages, nous traversons de vastes plantations d'orangers. Les fruits en sont excellents et nombreux; ils n'ont presque aucune valeur sur le marché. A quelques kilomètres se trouve le village de Bakonkokouta, remarquable par sa mosquée.
Cette construction est de forme rectangulaire, fort élevée, flanquée de deux minarets hauts de
12 à 15 mètres. La façade de l'édifice, traversée par d'immenses gargouilles en bois, très rapprochées, lui donnent un aspect extrêmement rébarbatif. Deux portes basses et fermant à clef permettent l'accès dans l'intérieur. Le tout est élevé sur un socle en briques sèches, haut d'un mètre, interrompu seulement devant les portes; des œufs d'autruche couronnent les minarets, et le sommet des murs est garni de termitières qui forment une sorte de toit les abritant des infiltrations des eaux.
Niafadié, où nous campons le lendemain, est en quelque sorte la ville sainte du Man dingue musulman. On y voit encore les ruines d'une gigantesque mosquée construite il y a une cinquantaine d'années par le roi Kankan-Mahmadou, qui venait chaque année y faire ses dévotions pendant le rhâmadan. Elle avait été très soigneusement et très solidement édifiée à la mode arabe ; les matériaux se composaient de briques énormes et de bois. Elle a été incendiée, en 1873, par Nassikha-Mahdi, frère de Samory, pendant le siège qu'il fit de cette ville.
Les maisons, dans cette région, sont beaucoup plus confortables que dans le Haut-Sénégal et le Soudan français. Elles se composent, comme sur la rive gauche du Niger, d'une muraille circulaire en pisé couverte d'un chapeau en chaume conique ; mais elles sont beaucoup plus spacieuses. Nombre d'entre elles ont un étage séparé du rez-de-chaussée par un plancher en bambous très bien ajustés
et couvert d'argile durcie ; c'est habituellement le magasin de la maison. Les murailles ont de 4m,50 à 6 mètres de hauteur. L'ensemble est à peu près celui de nos pigeonniers. D'autres maisons sont moins hautes, mais de dimensions considérables ; beaucoup ont environ 10 mètres de diamètre. Leur toit est un véritable ouvrage d'art formé d'un cône de 30 à 40 mètres de circonférence à la base, qui dépasse la muraille en forme de véranda sur tout le pourtour extérieur. Un grand nombre de solides bambous, placés dans le sens des génératrices du cône, donnent à ce toit la rigidité nécessaire et sont reliés à son sommet par un ornement en forme de croissant.
A l'intérieur, une cloison à hauteur d'homme sépare la chambre en deux compartiments ; le maître de la maison couche dans le plus reculé, par conséquent le plus sombre, car c'est par la porte seule que pénètrent l'air et la lumière. Son lit est généralement fait d'un large socle en argile durcie, faisant corps avec le sol et renflé, en forme de traversin, à la partie supérieure ; on étend sur cette sorte d'estrade des nattes et des couvertures, et le lit est fait. De grandes urnes en terre et quelques coffres massifs couverts de naïves peintures, un fauteuil à bras aussi bas qu'un tabouret et un ou deux petits escabeaux complètent le mobilier. Au centre de la case, un bourrelet d'argile circulaire indique la place du foyer et retient les cendres et les charbons. Quelques armes et quelques grigris
pendus à la muraille en sont les seuls ornements. Cependant on rencontre parfois des maisons d'une construction plus soignée, dont les murs intérieurs sont ornés de dessins blancs ou noirs, ou même de quelques figures géométriques boiteuses aux couleurs variées.
Chaque chef de famille [lou-tiguï) possède un certain nombre de ces cases pour lui, chacune de ses femmes, chacun de ses enfants mâles et ses captifs. De plus, une ou deux autres servent de cuisine ; enfin d'autres encore, d'un très faible diamètre, mais plus hautes et élevées sur pilotis ou sur une assise de pierre, pour les préserver du contact du sol, servent de greniers; elles ont pour ouverture une petite fenêtre fermée par un volet à serrure en bois très ingénieuse; on y accède par une branche d'arbre fourchue taillée en forme d'échelle.
Beaucoup de ces magasins sont très habilement construits et divisés à l'intérieur en plusieurs compartiments par des cloisons allant du centre à la circonférence, séparant ainsi les diverses espèces de céréales. Quelques-uns sont carrés et couverts d'une argamasse d'argile battue au lieu d'un toit de chaume, ce qui les met à l'abri de l'incendie.
Les cases d'une même famille sont bâties sur le périmètre de l'enclos ; elles sont réunies l'une à l'autre par un mur en terre de 2 à 3 mètres do hauteur, qui met ainsi les habitants complètement cliez eux. Une case très haute et très spacieuse
ouverte de deux hautes portes donne accès dans la cour; elle ferme à clef; un captif y veille constamment. C'est dans cette sorte de vestibule, appelé boulou, que le maître de la maison reçoit les étrangers ou qu'il leur donne abri pour la nuit.
Les bestiaux et les moutons sont attachés la nuit à des piquets fichés au pourtour de la cour, on les lâche dans la plaine dès que le jour paraît et on ne les fait rentrer qu'au crépuscule. Les poules s'installent entre les pilotis ou les pierres qui supportent les magasins de céréales. Elles sont, comme tous les animaux domestiques dans ce pays, excessivement petites et pondent des œufs minuscules.
Lorsque le lou-tigui possède un cheval ou plusieurs chevaux, ce qui dénote un grand luxe, il les attache au milieu de la cour à un piquet planté au centre d'un terre-plein soigneusement battu et uni avec une pente très légère du centre à la circonférence. Ils sont abrités par un toit de case porté sur des pieux élevés de 2 mètres environ. Leur nourriture se compose d'un peu de mil et d'une sorte d'herbe grasse produite par les marais et dont ils paraissent très friands. Chaque matin, au lever du jour, ils sont menés à poil, à fond de train, à la rivière voisine, où, malgré le froid, leurs palefreniers les baignent complètement. Ce régime doit être bon, quoique nous ne le suivions pas, car les chevaux que nous rencontrons sont excessivement sains et très vigoureux. Ils sont presque tous
originaires du Bélédougou ou du Kaarta ; quelquesuns, mais alors de grande taille, viennent du Macina ; on fait peu d'élevage dans la région.
Les vaches donnent peu de lait : les meilleures laitières en produisent à peine deux litres par jour. Cela tient à la petitesse de leur taille, au veau qu'on fait téter très longtemps, et enfin à la grande sécheresse des pâturages.
Les Mandingues ont, comme nous, l'habitude de castrer les veaux; ils ne conservent que quelques taureaux de belle taille. Ils savent également faire les chapons, et j'en ai vu de très bien venus.
De Niafadié à Diangana, la route traverse un long plateau ferrugineux où poussent quelques bouquets d'arbres rabougris en tout semblables à ceux du Haut-Sénégal ; mais il est à noter que les terrains de cette nature, assez communs sur la rive gauche du Niger, sont l'exception dans l'empire de Samory.
Ce plateau s'élève sur une longueur de 5 ou 6 kilomètres et tombe ensuite brusquemment par une falaise haute de 30 mètres, sur une délicieuse vallée qui s'enfonce profondément vers l'Ouest, dessinant au milieu des hauteurs arides une charmante bande de fraîcheur et de frondaison. De son sommet on aperçoit toute la plaine du Milo, qui y serpente en nombreux méandres et vient briser son cours contre la base de la falaise qu'il a profondément entaillée.
Le lit du Milo est, sur tout son parcours, jusau'à
Kankan au moins, parfaitement établi; aux hautes eaux la navigation doit y être facile, car sa faible pente dénote en toute saison un courant très modéré. Actuellement il est embarrassé par des bancs de sable, et à peine navigable pour les pirogues. Ses berges ont une hauteur moyenne de 3 mètres ; elles sont bordées par une lisière de bois de haute futaie souvent épaisse de 100 à 200 mètres; sa largeur, entre Diangana et Kankan, est de 80 mètres.
Les indigènes ont jeté sur le Bangalanko, — que nous avons à franchir avant d'atteindre Bangalan puis Diangana où nous camperons, — un pont qui est une véritable merveille dans son genre. A ce point la rivière, large de 50 mètres, coupe, à une profondeur de 5 mètres, dans des berges taillées à pic, le tuf ferrugineux du sous-sol. De grands arbres ont poussé au milieu de son lit, qui demeure presque à sec une partie de l'été; d'autres ont cramponné puissamment leurs racines dans les fissures des parois verticales des berges. C'est sur leurs maîtresses branches que les habitants de Bangalan ont installé leur pont.
A l'aide d'un enchevêtrement inextricable de bois de toutes longueurs et de toutes grosseurs, ils ont établi une sorte de tablier sur lequel un lit de fascines a été placé ; puis des menus branchages ; enfin sur le tout trois couches alternatives d'argile durcie et de paille.
Avec ces éléments rudimentaires ils sont parvenus
à faire un passage large d'un mètre, très branlant il est vrai, mais praticable, malgré l'émotion nalurelle que procure aux gens comme aux bêtes celle promenade sur la cime des arbres. Nos spabis l'ont cependant passé à cheval sans broncher. Nous avons jugé plus pfudent de mettre pied à terre. Le cheval du docteur et. un mulet se sont apeurés au beau milieu de ce pont, et c'est miracle si ce dernier, qui était chargé, n'est pas tombé, car il a eu pendant un moment un pied dans le vide. Neuf bourriquets passèrent ensuite sans appréhension. Quant au dixième, arrivé à la moitié du tablier du pont, il s'arrête, paraît mûrement réfléchir, examine les abords, les tàtc du pied, mais, voyant qu'il lui est impossible de se retourner faute de place, il se met à marcher gravement à reculons, assurant nié Ihodiquc ment ses pieds l'un après l'autre. Il revint ainsi à la berge d'où il était parti sans qu'il fût possible de le faire de nouveau s'approcher du pQnt, Nous avons dû le faire descendre dans la rivière et le hisser sur la rive opposée.
La légende suivante court ici sur ce passage : « Il y a longtemps, le diable, ennemi de Bangalan (le village est à portée de fusil), avait pris la forme d'un caïman et élu domicile dans la rivière. Tous les jours, pour rester en paix avec lui, les habitants devaient lui donner en présent un homme qu'il dévorait à belles dents. Lorsque parfois, habillé en homme et en prenant les traits, il se rendait au marché, si d'aventure il deman-
dait à quelqu'un une noix de kola et qu'elle lui fût refusée, le coupable était certain d'être mangé à peu de temps de là. Le nombre des habitants du village allait par suite diminuant chaque jour, et il allait être bientôt complètement dépeuplé. Mais Dieu les prit alors en pitié; il rendit le torrent tellement impétueux qu'il arracha les rochers et les arbres bordent ses rives, les transformant en un bélier gigantesque qui, poussé par les eaux, brisa le caïman en mille pièces et entraîna ses débris sanglants bien loin dans le Milo. — C'est l'impétuosité de ce choc qui creusa le lit à pic au milieu des rochers où la rivière coule paisiblement aujourd'hui. »
Depuis plusieurs jours, les villages que nous traversons possèdent une mosquée bâtie en pisé et sont entourés de très riches cultures. Dans plusieurs d'entre eux, les places publiques sont de véritables vergers où poussent en abondance les papayers, les dattiers, les orangers. Parfois l'enceinte est remplacée, comme à Diangana et à Kankan, par des haies de cactus gigantesques, absolument infranchissables et d'où émergent coquettement les toits de chaume des maisons et le minaret de la mosquée.
Le 10 février, nous arrivons sur le sommet du plateau, d'où l'ondécouvrela large plaine au milieu de laquelle la est construite ville de Kankan, sur les bords du Milo.
Karamoko nous a fait avertir qu'il était venu à notre rencontre jusque dans cette ville; aussi nous
faisons halte sur la hauteur après l'avoir envoyé prévenir que nous l'attendons, pour faire de concert notre entrée à Kankan.
Pendant que nous nous formons en belle ordonnance à droite du chemin pour le recevoir, de toute part à Médina et dans l'immense village qui s'étend devant nous, le tam-tam résonne et appelle les habitants auprès de leur chef pour recevoir ses ordres au sujet de notre réception.
Enfin, nous voyons dans le lointain accourir au milieu d'un tourbillon de poussière un escadron de cavaliers que de nombreux fantassins suivent de toute la vitesse de leurs jambes. En un clin d'œil Karamoko a franchi le mamelon sur lequel nous nous trouvons et met pied à terre pour venir à nous. L'entrevue est très cordial; je lui présente le docteur et Plat, puis, après avoir passé une sorte de revue de nos escortes, nous montons à cheval et nous nous dirigeons au pas sur Kankan, au milieu de la pétarade des coups de feu de réjouissance que tirent les hommes de « mon jeune frère noir ».
Tout le long de la route, des groupes d'habitants sont massés et font la haie jusqu'aux portes de Kankan. Nous nous arrêtons devant chacun de ces groupes et nous échangeons des salutations réciproques.
Dans les rues, une foule énorme s'écrase sur notre passage, et les sofas de Karamoko 1 ouvrent à grands coups de fouet. Après un nombre considérable de tours et de détours, à travers un labyrinthe
inextricable formé de maisons habitées ou en ruine, nous débouchons enfin sur la place de la Mosquée. Là, assis à l'ombre de deux énormes figuiers, entouré d'un grand nombre de vieillards vénérables coiffés de bonnets rouges, est assis le chef religieux et politique du pays, Batourbalabé. Une aire circulaire, en terre battue, d'une vingtaine de mètres de diamètre, lui sert d'estrade.
A l'arrivée, au lieu d'aller à lui et de le saluer, Karamoko, sans doute pour bien faire admirer la richesse des costumes de ses amis blancs et de leurs gens, nous fait faire avec lui une cavalcade circulaire autour de cette estrade, un bon quart d'heure durant. Telle est la mode du pays, mode désagréable certainement, car cette promenade d'une cohue de chevaux qui se pressent et sont effrayés par les cris de la foule et le bruit des tambours et des balaphons, n'est pas sans danger pour les piétons et les cavaliers.
Mon domestique Sakhobâ-Mahmadi est jeté à terre par une ruade de mon cheval, qui cherche ainsi à se dégager du peloton de sofas qui nous étouffent. La monture de Plat, échauffée par tout ce tintamarre, est splendide, et son cavalier en tire très bon parti. Tous deux font l'admiration des gens de Kankan.
Batourbalabé nous adresse de bonnes paroles, sur un ton paternel qui n'a plus rien de commun avec les discours humbles et soumis des chefs des villages précédemment traversés. La nuance est
:)4f. AU SOUDAN FRANÇAIS.
très sensible. Il nous dit, somme toute, qu'il est heureux de nous voir chez lui, parce qu'il nous y voit sous le patronage du fils de son maître. Tout à Kankan appartient à l'almamy, donc à ses enfants ; du moment où il me voit me tenant par la main avec un d'eux, tout ce qui s'y trouve m'y appartient conséquemment. Mais le torrent des louanges si familières aux noirs est à l'adresse du fils de son maître, qu'il regarde comme un des personnages les plus écoutés du royaume, surtout depuis son voyage en France.
Nous nous dirigeons ensuite, accompagné de la môme affluence de peuple vers le campement de l'almamy, installé au sud et à 400 mètres de la ville, sur l'emplacement des cases construites pour abriter Samory lorsqu'il honore Kankan de sa présence, à l'endroit même où il campa il y a dix ans, lorsqu'il assiégea et prit ce grand marché.
De même que dans tous ses autres campements, l'installation est très supportable grâce aux dimensions considérables de chacune des cases; nous préférons cependant placer nos tentes sous d'ex cellents gourbis bien aérés élevés à notre intention. Mal nous en prend, car pendant la nuit, il éclate, un orage épouvantable accompagné d'une pluie diluvienne qui inonde nos bagages.
Karamoko .et Batourbalabé prennent avec tout leur monde congé de nous, à notre extrême satisfaction, car nous commençons à avoir grand besoin de repos.
Pondant la journée, Je tous les villages voisins, et ils sont nombreux, il nous arrive des dons de tout genre qui dénotent la grande richesse du pays en céréales, en légumes diverses et en troupeaux.
Un des bœufs qui nous fut ainsi offert, magnifique taureau noir, vraie bète de sacrifice, était d'une nature tellement sauvage qu'il faillit mettre h mal plusieurs hommes de mon camp. Pour éviter quelque malheur, nous dûmes lui faire la chasse à coups de carabine. J'eus la bonne fortune de l'étendre raide mort d'une balle dans la tète : je le tirais à une distance de 100 mètres. Les indigènes, témoins de cet heureux coup de l'eu, n'en croyaient pas leurs yeux : leurs plus habiles chasseurs ne tirent jamais la grosse bête à plus de trente pas, avec quelque chance de succès. Ils allèrent tous, à la queue leu-leu, examiner la blessure et lorsqu'ils enrent constaté que l'animal avait la tète percée d'un seul trou à peine visible, leur étonnement s'accrut encore. Ils nous déclarèrent que les peuples africains qui se mesureraient avec des hommes armés de tels fusils et maniés aussi habilement seraient des peuples insensés.
Karamoko, piqué au vif par ces compliments, voulut montrer qu'il ne nous le cédait en rien en adresse. Saisissant la carabine de cavalerie que portait un de ses sofas, et qu'il avait achetée à Bordeaux, il ajusta une vache qui paissait tranquillement à cinquante pas du campement et lit feu. La
balle dut passer fort loin du but, car la douce bète ne fit pas le moindre mouvement d'effroi et continua paisiblement son repas.
Avant de quitter Kankan, je jouai devant Batourbalahé, devant Karamoko et devant tous les notables de la ville, la comédie suivante, destinée à donner aux gens du pays une haute opinion de la façon dont les Français tiennent leur parole. Et, à ce sujet, il n'est pas indifférent de noter que, dans tout le Soudan occidental, nous avons, à ce point de vue, une réputation détestable, qui ne le cède en rien à celle que nous attribuons à l'almamy Samory. Il est cependant à constater, au contraire, que ses plus mortels ennemis eux-mêmes sont unanimes à reconnaître qu'il n'a jamais violé la parole donnée.
En 1828, René Caillié, le premier Européen qui ait jusqu'alors traversé cette partie de l'Afrique, logea pendant un mois à Kankan dans la case de Lamfia ; parfaitement reçu au début, à la fin de son séjour il fut quelque peu pillé par lui ; il s'en plaignit au chef d'alors, Mahmadi-Sanouci, qui lui fit rendre tous les objets détournés et punit sévèrement Lamfia. René Caillié et Lamfia se quittèrent néanmoins très bons amis.
Un certain nombre de vieillards de Kankan se rappelaient qu'au temps de leur enfance, un blanc, se disant Arabe, avait séjourné quelque temps parmi eux ; mais aucun ne se remémorait un incident quelconque de son passage.
Je mis à profit cette ignorance pour forger l'histoire suivante, destinée à faire revenir les Mandingues sur la mauvaise opinion qu'ils ont de notre loyauté.
« En quittant Kankan, leur dis-je, Caillié aurait voulu offrir à son hôte un cadeau digne de lui pour le remercier de sa longue et bonne hospitalité; il demanda donc à Lamfia ce qu'il désirait. Celuici le pria de lui donner un peu d'ambre pour orner la coiffure de sa femme favorite. Caillié, malheureusement, n'en possédait plus dans sa pacotille ; il lui fut. donc impossible de satisfaire le désir de son hôte, mais il lui promit que dès son arrivée en France, il mentionnerait, dans la relation de son voyage, la dette qu'il contractait vis-à-vis de lui. De cette façon, elle ne tomberait jamais dans l'oubli, et, dès qu'un Européen, à quelque époque que ce fût, viendrait à Kankan, le gouvernement lui donnerait le moyen de l'acquitter. C'est ainsi, ajoutai-je, que moi, premier Européen traversant votre ville après Caillié, je suis chargé de remettre au petit-fils de Lamfia, l'ambre promis à son aïeul par mon compatriote. »
Et je tirai d'une caisse un magnifique collier d'une valeur considérable pour le pays, que je remis au descendant de Lamfia, à la stupéfaction générale de l'auditoire choisi qui m'entourait.
Puis je complétai ce récit inventif de la façon suivante :
« Dans toutes les villes, même les plus policées,
il y a dos voleurs. A Kankan, Caillié fut victime d'un vol ; il est rare que l'étranger, perdu dans une contrée lointaine et ignorée des siens, trouve prompte et bonne justice d'un tort qui lui est fait. Cependant votre chef, il y a soixante ans, non seulement fit rendre à mon prédécesseur tous les objets qui lui avaient été volés, mais encore il punit sévèrement le coupable. Notre gouvernement, qui a lu ce trait d'honnêteté veut que le descendant de Mahmadi-Sanouci soit récompensé; et, ce faisant, il rend hommage à l'esprit de loyale hospitalité qui animait vos pères et que vous avez conservé. Les Français n'oublient rien ; et quiconque les sert ou les aide est tôt ou tard payé largement de ses peines. »
Là-dessus, je fis donner au fils de Mahmadi, vieillard de soixante-dix ans tombé dans un extrême dénuement, deux vaches bonnes laitières et des vêtements.
Tout ceci paraissait d'une honnêteté tellement surprenante aux notables du pays que tout d'abord ils ne comprenaient pas ; mais bientôt, lorsque le jour se fit dans leur esprit, ils se levèrent et vinrent s'incliner devant nous comme devant la personnification de la justice, avec des marques d'un profond respect. Puis ce fut un concert de louanges qui, le soir dans la ville, se traduisit par des réjouissances qui durèrent jusqu'au lendemain.
Nous apprîmes que, le jour même, un courrier avait été envoyé à l'almamy pour l'informer de cet
acte insolite dans les annales de la probité mandingne, et que d'autres courriers étaient partis dans toutes les directions pour le faire connaître également à tous les villages voisins.
Je suis persuadé que cette petite comédie morale a plus servi notre cause que la majeure partie des discours que je tins à l'almamy et à ses conseillers.
Le 12 février, nous traversâmes le Milo, qui sert de frontière entre le Bâté et le Toron. L'aspect du pays change complètement ; au lieu des grandes plaines du Bâté, du Balimakhama et du Diouma, la région est un chaos de collines ferrugineuses séparées les unes des autres par de petites rivières aux rives très boisées, à lit de gravier sur lequel coule une eau parfaitement limpide.
Le sol, quoique fortement mélangé de cailloutis et de scories ferrugineuses, est d'une grande fertilité ; l'humus y est en proportion considérable. Partout, à peu près, la campagne est soigneusement cultivée et son aspect rappelle vaguement celui de la Comté. Le climat change également ; à Kankan nous avons eu de fortes averses. L'air est saturé d'humidité; le ciel, même pendant les plus beaux jours, est semé de quelques nuages blancs et n'a plus cette sérénité presque éternelle, qui est son propre dans le Haut-Sénégal. La végétation se ressent de ces conditions atmosphériques favorables, et une certaine espèce de riz »e cultive jusque sur tes pentes des collines.
Entre Kankan et Tinti-Oulé, où nous allons camper, à peu près à mi-chemin de Kankan à Bissandougou, la route longe une sorte de monument historique fait d'une énorme trémie de cailloux nommée par les habitants « montagne de Diéri ».
Ce Diéri, roi bambarra très lié avec le diable, et dont je conterai plus loin l'histoire, était venu assiéger autrefois Kankan avec une armée formidable. L'intervention céleste sauva la ville, dit la légende; fort heureusement, car, sans cela, il est probable qu'elle eût été submergée sous le flot de l'invasion bambarra. Cette montagne de cailloux donne du reste une idée approximative du nombre des guerriers que Diéri traînait à sa suite.
Voulant faire le dénombrement de son armée, il ordonna que chaque chef de clan défilât devant lui et, au passage, déposât un caillou à ses pieds. Le massif est haut de 2 mètres; il a 4 mètres d'épaisseur et 10 mètres de longueur; il représente environ 80 mètres cubes de cailloux dont les plus gros ne dépassent pas le volume de la tète.
Tinti-Oulé se compose de trois forts villages, dont le plus important sert de résidence à l'ancien roi du Toron, Bitiké-Souané, sous les ordres duquel Samory servit autrefois comme chef d'armée. Bitiké a gardé l'autorité nominale du Toron et est entouré d'une cour fastueuse entretenue par les largesses de l'almamy. Ainsi tombe la légende qui court dans le Haut-Sénégal, d'après laquelle
Samory aurait assassiné son maître afin de s'emparer de son trône.
Nous sommes parfaitement reçus à Tinti-Qulé; tous les musiciens et les bayadères du Toron y ont été réunis pour nous divertir.
Le 13 février nous couchons à Sana; et enfin, le lendemain, à peine en marche, nous entrons dans les cultures particulières de l'almamy-émir. Elles s'étendent sans discontinuité jusqu'à 15 kilomètres au delà de Bissandougou, couvrant une superficie de 200 kilomètres carrés, entièrement cultivés. Une population de plusieurs dizaines de mille habitants est employée à ces cultures, et elle les entretient d'une façon vraiment remarquable. De distance en distance, à côté de bouquets de bois respectés à dessein, on a construit d'innombrables greniers. A l'ombre des arbres, des cases proprettes et de vastes gourbis sont aménagés pour abriter l'almamy lorsqu'il vient visiter ses propriétés.
A dix heures, nous arrivons dans un de ces refuges qui nous a été assigné comme dernier campement, avant de faire notre entrée solennelle à Bissandougou.
Les cases et les vérandas ont des proportions gigantesques et sont construites avec un soin extrême ; le sol est partout recouvert d'un fin cailloutis très doux sous le pied et qui le préserve de tout contact avec la terre. Ce campement est abrité du soleil par l'épais feuillage de hauts ficus, qui y entretiennent une fraîcheur délicieuse. Tout alen-
tour et à perte de vue s'étend un immense champ cultivé avec un soin presque inconnu en France, à l'exception de celui apporté communément au jardinage proprement dit. Pas un brin d'herbe ne pointe entre les pousses de riz, mil, maïs, patates, kous, oignons, niambis, diabrés, haricols, coton, indigo ou autres plantes ; chaque espèce particulière est séparée des autres par de larges chemins bien entretenus et, dans chaque carré, le terrain est préparé d'une façon différente, appropriée à l'espèce qui y est plantée.
A peine sommes-nous installés qu'une dizaine de cavaliers arrivent à fond de train sur nou«. Ils sont vêtus de rouge et précédés du chef des gi^iols de l'almamy, armé d'un splendide arc d'apparat orné de bandes d'argent ciselé et de peau de fauve. Il est coiffé d'un bonnet de fourrure en forme de mitre, terminé par derrière par une longue bavette qui descend jusqu'à sa ceinture ; son vêtement de cuir souple, curieusement ouvragé de mille mosaïques aux couleurs vives, son pantalon en drap pourpre rayé de bandes de peau de panthère lui font un costume aussi bizarre que lui seyant bien ; ses mains, ses bras et ses jambes sont littéralement couverts de bijoux qui bruissent avec un cliquetis argentin à chacun des gestes dont il scande ses paroles.
Ei* passant devant nous, il saute à terre sans arrêter son cheval, et, après s être prosterné, le front touchant le sol, il se relève et nous parle au
nom de son maître dont il est le héraut, tandis que ses cavaliers, qui ont arrêté net leurs chevaux dans leur galop furieux, gardent derrière lui une immobilité de statue.
L'almamy émir El-Mouménin nous souhaite la bienvenue; mais il a pensé que cette bienvenue devait nous être souhaitée par des personnages lui tenant de plus près qu'un héraut ; pour nous montrer tout le bonheur qu'il éprouve de notre heureuse arrivée, il a ordonné à ses frères et à ses fils, ainsi qu'à ses conseillers de se rendre eux-mêmes à notre campement pour être les interprètes de sa joie.
Le chef de ses griots termine en me demandant, pour la maison de l'almamy, l'autorisation de se présenter à nous.
Après avoir obtenu notre adhésion, lui et ses cavaliers disparaissent dans un tourbillon de poussière, et bientôt nous entendons les sons rauques des trompes d'ivoire qui nous annoncent l'arrivée des frères et des fils de l'almamy entourés d'une brillante escorte.
En tête marchent les trompettes et les fifres, puis un escadron de deux cents cavaliers, que suit une phalange épaisse de cinq cents fantassins. Derrière eux, sur un rang, les conseil lors de l'almamy, enfin ses fils et ses trois frères. Nous disparaissons au milieu de ce flot de personnages splendidement attifés, qui se pressent autour de nous pour nous saluer.
Au milieu du chatoyant coup d'œil offert par cette foule bariolée, la note la plus curieuse est donnée par le peloton de trente-quatre des fils légitimes de l'almamy, déjà en âge d'être juchés sur un cheval, mais non encore circoncis. Ils sont revêtus de longues robes de soie flottantes et montent des chevaux ardents qu'ils manient avec une audace inconcevable.
Pendant deux heures nous devons subir de longs et éloquents discours dont nous goûterions bien mieux le charme si nous étions moins accablés de faim et de fatigue. A une heure, cependant, la cérémonie est terminée et cette brillante ambassade se retire faisant place à une procession interminable de jolies captives chargées de luisants bassins de cuivre renfermant des victuailles de toute espèce. Pendant que tout notre monde fait fête aux porteuses et à leurs fardeaux, Plat, le docteur et moi, après avoir très sommairement déjeuné, nous pouvons enfin gagner nos lits de camp, gardant dans les yeux une vive impression de tableau d'opéra parfaitement monté.
Dans la soirée, chacun de nous sort de ses ballots ses plus riches vêtements. Spahis, tirailleurs, âniers même, ont à cœur de ne pas se laisser éblouir par le faste de la maison de l'almamy; aussi, demain, à notre tour, lorsque nous serons présentés au monarque noir, ne laisserons-nous pas que de frapper très favorablement l'esprit de ses conseillers par le luxe que nous déploierons.
Le lendemain matin, dès l'aube, nous montions à cheval; à sept heures nous franchissions le petit ruisseau d'eau vive qui limite une sorte de grand terrain de manœuvres prolongeant la place de la Mosquée.
La réception fut très brillante. La quantité de personnages importants qui y avaient été convoqués, les richesses et le grand apparat déployés en cette circonstance, indiquaient toute l'importance qu'y attachait l'almamy.
Nous fûmes nous-mêmes très frappés par l'habileté de la mise en scène dont le cadre original de la mosquée, du donjon, des hautes cases et des remparts du palais était bien fait pour en rehausser l'éclat. Nous nous avançons lentement, guidés par Karamoko, vers la large marquise qui abrite l'almamy et sa cour.
L'almamy est à demi couché sur un tara élevé où s'entassent des couvertures aux dessins éclatants. Il est fort simplement vêtu : des bottes mauresques, un turban noir, un cafetan de couleur foncée sous lequel se devine un boubou blanc. Sa coiffure, sorte de diadème en or finement ciselé et un collier de même métal délicieusement ouvragé sont les seuls insignes décelant son rang. Son entourage, au contraire, assis sur des fauteuils très bas, fait ressortir la sévérité de ce costume au moyen des vêtements aux couleurs voyantes dont sont revêtus les personnages de la suite : cette bigarrure de couleurs donne un ton chaud à tout ce
tableau. A sa gauche, accroupi par terre et contre son tara, Ansoumana, son griot familier, sans qui rien ne se décide : il est vêtu d'un boubou bleu, et d'un sarrau noir. Pais, du même côté, Kissi, le chef du trésor, dont la robe verte, constellée de grigris, jette la première note gaie.
Samory ne se lève pas lorsque nous descendons de cheval. Nous nous arrêtons devant lui après l'avoir salué et il nous tend la main d'une manière très affable. De toutes parts éclatent les rauques accents des trompes se mêlant en mesure au ronflement des tam-tams et aux grondements du tambour de guerre de l'almamy.
Celui-ci paraît avoir une quarantaine d'années. Sa figure est intelligente et fine, ses mouvements sont aisés et gracieux. Une barbe clairsemée et quelque peu allongée sous le menton donne à sa figure un ovale distingué qui, ajouté àl'étrangeté d'un enduit argenté formant cercle autour de ses yeux, fait de l'ensemble un visage frappant et qui se grave dès l'abord dans la mémoire.
Le vacarme épouvantable des instruments de toute sorte saluant notre arrivée empêche au début toute conversation, et couvre les paroles de bienvenue qu'il nous adresse sur un ton voilé ; aussi profitons-nous de ce répit pour admirer en toute sincérité le spectacle saisissant que nous avons sous les yeux.
Ce qui frappe à première vue, c'est la forme qu'il affecte en son ensemble : le croissant. De même
que l'entourage de Samory est disposé d'une façon qui peut paraître l'effet du hasard, mais qui, en réalité, est fort habilement calculée au point do vue d'une heureuse harmonie des couleurs et des formes, de même les escortes des différents chefs qui l'accompagnent, décrivent en avant de son estrade un demi-ovale parfait, qui laisse entre lui et elles un vaste emplacement couvert de sable blanc apporté du fleuve.
En arrière de l'almamy, deux hommes entièrement vêtus de rouge, un peu à la mode des bourreaux de l'ancien temps, se tiennent debout et immobiles. Ils portent la hache et la masse d'argent, insignes de la royauté. Leur visage est couvert d'un masque élevé, garni de poils de fauve, rouge également.
A droite et à gauche, les dix-neuf femmes préférées de Samory, littéralement affaissées sous le poids des ornements d'or massif qui leur chargent la tête, la poitrine et les bras, sont rangées dans différentes postures gracieuses. Quelques-unes sont belles d'une façon absolue; trois ou quatre ont un regard d'une intensité étrange, tantôt doux, tantôt cruel, comme celui des panthères.
En arrière encore, une rangée de servantes, les cheveux constellés de verroterie, de corail et d'ambre. Enfin, formant un vaste hémicycle, épais de 20 mètres, la garde du palais composée d'enfants de dix à quinze ans, accroupis à la turque,
les jambes croisées, le fusil dans les jambes; ils sont échelonnés fort symétriquement du plus petit au plus grand.
Après la lecture de la lettre du ministre de la marine et de celle du colonel Gallieni, qui m'accréditent auprès de lui, Falmamy-émir nous fait asseoir à ses côtés, sur son divan ; après quelques compliments gracieux, il donne ensuite le signal de la fantasia montée à notre intention.
D'abord les cavaliers entrent dans l'arène dans un galop vertigineux arrêté court par moments, par une vigoureuse saccade sur le terrible mors dont la bride arabe est munie. Les fusils sont jetés en l'air et retombent en main en faisant feu. Après' un chassé-croisé assez court, ils disparaissent en faisant place à Malinkamory, un des principaux chefs militaires et frère du roi. Il s'avance lentement, entouré de trois cents à quatre cents guerriers pressés autour de lui en une épaisse phalange. Dans cet ordre, qui est pour eux une formation de manœuvre ou de rassemblement pareille à notre colonne double, les fantassins exécutent différents mouvements de parade dans lesquels une mimique d'ensemble joue le plus grand rôle.
Après le frère de l'almamy, cinq ou six chefs de différentes régions font également évoluer leurs hommes. Puis nous assistons à un intermède de bouffons extrêmement curieux. Leurs chants et dialogues sont fort amusant et les femmes de Samory et lui-même daignen t en rire.
De tous les assistants, les deux masques costumés de rouge, qui m'avaient frappé à mon arrivée et que je prenais pour des bourreaux, sont. les plus réussis. L'extravagance de leur marche, une sorte de boiterie cadencée, leur façon de faire sonner les grelots qui les couvrent , les changements incroyables de physionomie pendant le débit de l'hymne de louanges qu'ils adressent à Samory, en font des Triboulets achevés.
La cérémonie, se termine par des discours d'apparat fort lau datifs pour tous les personnages principaux, Français et Malinkés. Le débit de ces discours est réglé de singulière façon. L'orateur chante ses paroles sur un rythme monotone régulièrement scandé; à ses côtés un griot répète, dans un hurlement puissant, les dernières phrases prononcées.
Il est onze heures : chacun, blanc ou Malinké, a hâte de regagner sa demeure. L'almamy se lève, et, après nous avoir souhaité un bon repos, rentre dans son palais où s'engouffrent avec lui une partie de sa garde, tandis que l'autre nous conduit au campement construit à notre intention.
C'est une grossière image des constructions de ce pays, telle qu'on peut la faire en quelques jours, car les travaux n'en ont été commencés que lors de notre passage du Niger. Elle est située à l'extrémité d'une croupe qui se détache du mouvement de terrain sur lequel Bissandougou est bâti. A portée de pistolet, elle s'affaisse sur un vallon ombreux
que traverse un ruisseau d'eau limpide coulant sur un lit de fin gravois.
Le plan général de notre campement est un ovale flanqué sur trois faces par des bastions qui renferment nos habitations particulières. Au milieu, une grande cour couverte par un toit de nattes, bordée sur tout son pourtour par les cases en pisé de nos tirailleurs, de l'interprète et des domestiques.
C'est dans cette cour que se tiendront nos réunions lorsque l'almamy ou un certain nombre de personnages de marque viendront nous rendre visite. Une enceinte en palissade garnie de scccos dérobe notre intérieur à la curiosité insatiable des Malinkés.
Enfin, à trente pas de notre demeure, s'élèvent les écuries, et à côté se trouve le parc qui ne renferme pas moins de cent bœufs et cinquante moutons. C'est le cadeau de bienvenue de Samory qui, sachant combien les Européens apprécient les poulets, les œufs et le lait, y a joint plus de deux cents poules ou coqs, plusieurs milliers d'œufs et d'innombrables calebasses de lait, sans compter le beurre, les bananes et les oranges dont nous ne savons que faire.
C'est trop, beaucoup trop pour les premiers jours, car le lait, le beurre, les œufs, les fruits, tout cela se gâtera vite, et nous devrons le distribuer en aumônes sans en jouir. Plus tard, lorsque ces mêmes denrées nous feront défaut, nous
ne saurons à qui nous adresser pour nous les procurer ; et il est de fait que, par la suite, je ne pus obtenir quoi que ce soit des choses nécessaires à notre subsistance, qu'en comblant de cadeaux Sarangué-Kégni (Sarah la blanche et la belle;, la sultane validé. Cette excellente femme, outre qu'elle contribua très largement à notre bien-être par les cadeaux envoyés de sa ferme, sut, à mon instigation, faire consentir son maître et seigneur à accepter de moi des rendez-vous secrets, la nuit, dans son palais, entrevues pendant lesquelles nous reprenions sans témoins toutes les questions discutées officiellement dans la journée. Par ce moyen j'arrivais à décider l'almamy à satisfaire à nos demandes, plus sûrement que par un séjour de plusieurs mois durant lequel je ne l'aurais vu qu'entouré de ses conseillers.
Il est donc indiscutable que la femme aimée, au moins dans le Ouassoulou, a une influence occulte des plus sérieuses ; le maître s'en défend ouvertement comme d'une honte, mais cette influence n'est pas moins très réelle. Aussi conseillerai-je volontiers à nos envoyés politiques dans le Soudan de ne pas s'en rapporter aux apparences et aux dires, mais de considérer, dans cette contrée, les femmes comme des influences presque indispensables à utiliser.
Situé par 11° 15' de longitude Ouest et 9° 48' de latitude Nord, à 410 mètres d'altitude, Bissandougou forme deux villes bien distinctes : la
résidence de l'almamy-émir et la vieille ville. Cette dernière ne mérite aucune mention spéciale; une muraille à demi ruinée que les maisons escaladent; quelques beaux arbres à l'intérieur frappent seuls à première vue.
A l'intérieur, rien ne la différencie des villes de la région, à l'exception, peut-être, d'une plus grande somme de soins apportés à la construction des maisons, de plus de propreté dans les rues et, conséquemment, d'un air de bien-être plus apparent. Elle est séparée de la résidence par une plaine basse, large de 500 à 600 mètres, dans laquelle sont tracées des avenues qui vont de la place de la grande mosquée de l'almamy-émir aux deux extrémités de ses murailles. Ces avenues sont bordées d'arbres récemment plantés et protégés par des cages de bambous.
Quant à la résidence de Samory, créée de toutes pièces il y a quelques années et assise sur une croupe gréso-ferrugineuse bordée d'eau courante, elle décèle, même en dehors du palais proprement dit, une grande recherche d'un confort relatif et une propreté exquise.
La demeure de l'almamy-émir en occupe le centre et est dégagée de toutes parts par de larges rues ou de belles places soigneusement sablées. Elle se compose d'une double ceinture de tours basses énormes; une muraille dentelée formant enceinte les réunit les unes aux autres en forme de crémaillère régulière. Au sud, au nord et au couchant,
deux corps de garde qui se commandent et où veillent quelques sofas donnent accès dans l'intérieur; du côté du levant, un donjon carré, crénelé, armé de quatre coulevrines, haut d'environ 46 mètres, large de 2o mètres, domine le palais et tous les alentours.
A l'intérieur, une première cour circulaire de grandes dimensions dont le sol est couvert d'un fin caiiloutis, donne accès dans le logement même de l'almamy-émir. Au centre de cette cour, une large marquise recouverte de nattes finement tressées l'abrite en partie des ardeurs du soleil soudanien. Tout au fond se dresse le bâtiment dans lequel se trouve la salle d'honneur.
C'est une tour gigantesque de forme circulaire, d'un diamètre de 33 mètres environ. La muraille, haute de 3 mètres et épaisse d'un mètre, est surmontée d'un toit de chaume conique lamelle à l'intérieur de branches de palmiers d'eau, jointives et passées au feu, ce qui leur donne l'aspect du vieil acajou. Ce toit déborde à l'extérieur de plusieurs mètres et est soutenu par deux rangées de piliers sculptés en forme de colonnes torses ; il dessine ainsi tout autour du bâtiment une large galerie circulaire dans laquelle s'ouvrent trois portes basses fermées par des battants en bois précieux ornés de curieuses ferrures.
Au dedans, le sol est fait d'argile battue et durcie au feu; tout à l'entour règne une large banquette de laquelle se détache une estrade couverte de
tapis, sur laquelle se tient l'almamy. Aucun ornement sur les murailles, couvertes d'une teinture uni forme gris perle, si ce n'est une moulure festonnée en forme de corniche.
Le sommet du cône aplati qui porte le plafond est à plus de 13 mètres au-dessus du sol.
En traversant cette salle, on arrive dans une deuxième cour également circulaire formée par les logements particuliers de l'almamy-émir. Elle est circonscrite par des tours basses juxtaposées et bordées d'une galerie qui permet d'aller extérieurement de l'une à l'autre sans s'exposer au soleil.
Enfin, au fond de cette dernière cour s'ouvre le donjon. La salle basse est soutenue par des piliers en briques surmontés d'un chapiteau carré, sur lequel repose le plancher de l'étage, plancher fait de madriers jointifs recouverts de briques. Un escalier coudé, muni d'une rampe, tiré d'un seul bloc d'argile durcie, conduit aux appartements supérieurs ornés d'étoffes, d'armes et d'objets d'art de fabrication européenne. A chaque angle, une coule vrine en batterie protège les abords du palais.
Au dehors, des rues très larges et bien entretenues séparent les demeures des femmes de l'almamy-émir et de leurs gens de celles des principaux personnages de la cour. Elles sont construites sur le plan de la demeure de Samory, mais toutes les proportions en sont fort réduites. Enfin, en dehors de la résidence, l'entourant d'un épais
fouillis de cases mal construites et mal entretenues, sont groupés les logements des sofas; la façon irrégulière dont elles sont réparties et leur malpropreté extérieure déparent fort les abords de la ville et lui font perdre en partie son cachet d'originalité,
L'idée qui a présidé à la construction de la résidence de Bissandougou a été de faire grand et confortable, tout en conservant les caractères particuliers des habitations mandingues.
Cette même idée se retrouve dans la grande mosquée.
Il eût été cependant facile à l'almamy-émir d'élever un bâtiment d'une architecture semblable à celle des mosquées du Bâté, qui sont de mauvaises copies de l'architecture arabe, introduite dans le pays, il y a une cinquantaine d'années, par Mahmadou, roi de Kankan. Il avait vu et avait dû admirer, alors qu'il n'était qu'un guerrier heureux, le palais du roi Mamby de Kangaba, qui passait pour une merveille et qui, chose à noter, rappelle dans son ensemble les grandes lignes de l'art égyptien. Mais, avec cette finesse de jugement qui lui est propre, il a pensé faire mieux en donnant à ses ouvriers la tâche de se perfectionner en ce qu'ils savaient faire plutôt qu'en exigeant d'eux un travail qui révélerait leur inexpérience, en édifiant un bâtiment bâtard et sans proportions dont riraient les chérifs maures du Macina qui viendraient à sa cour.
C'est ainsi que la mosquée fut construite, comme son palais, à la mode du pays, mais dans des proportions telles que nulle part elle n'a son égale.
Elle occupe une superficie de 1600 mètres carrés enceinis par une muraille artistement ornée de moulures de formes géométriques. Une galerie, soutenue par des piliers ouvragés, l'enveloppe sur ses quatre faces. A l'intérieur, deux rangées de colonnes la partagent en trois nefs raccordées à l'est par un vaste hémicycle où se tient le marabout. Le toit, en forme de pyramide quadrangulaire, couvre le tout ; il est soutenu par un inextricable fouillis de poutres énormes qui prennent appui sur la muraille et les piliers. Une forêt entière a dû être employée à la construction de cette charpente, haute de 20 mètres. A l'extérieur, les angles dièdres du toit sont ornés d'une série d'arêtes allant de la base au sommet ; le couronnement est formé d'un large croissant.
Une grande place carrée, plantée d'arbres régulièrement alignés, la dégage de toute part, tandis que trois vérandas solidement construites permettent aux fidèles et aux désœuvrés de converser commodément à l'ombre en attendant l'heure du salam.
C'est sur cette place que, tous les vendredis, en sortant de la mosquée, l'almamy-émir vient entendre les réclamations ou les doléances de ses sujets venus quelquefois des parties les plus éloignées de son empire, pendant que ses fils, à che-
val, en grand équipage et suivis de leur gens, font la fantasia et apprennent à faire manœuvrer leurs troupes.
Bissandougou, ville et palais, est entoure de tous côtés par une ceinture de collines dont les flancs sont couverts de riches cultures. Les maisonnettes des captifs qui les entretiennent émergent çà et là des bouquets de bois qui les couronnent. Entre cette verdoyante ceinture et les pentes douces qui descendent de la ville, coulent deux ruisseaux qui cachent, sous une épaisse frondaison, des eaux vives et limpides.
En un mot, vu à quelque distance, Bissandougou a plutôt l'aspect frais et riant du chef-lieu d'une vaste colonie agricole que de la résidence du chef redouté d'un vaste empire
BISSANDOUGOU
Séjour à Bissandougou et signature du traité. — Aperçu géographique et historique succinct de l'empire du Ouassoulou. — Organisation politique et militaire de l'empire. — Là place de Grève à Bissandougou. — Mort tragique de deux pria royales.
Il n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage de faire l'historique des négociations pénibles qui s'ouvrirent à Bissandougou, dès le lendemain de notre arrivée, pour arriver enfin à la conclusion d'un traité de protectorat plaçant l'empire de Samory sous notre influence directe. J'ai longuement expliqué plus haut les causes exigeant impérieusement l'ohtention de cet acte et les résultats qu'il exercerait sur l'avenir du Soudan français.
Pendant un long mois Samory fut partagé cuire la crainte d'avoir à lutter de nouveau contre nous, et celle de porter atteinte à sOii prestige et à ses richesses en se reconnaissant officiellement notre vassal, et surtout en nous abandonnant la rive gauche du Niger. Cette région lui rapportait en
effet, bon an, mal an, quelques centaines de mille francs rien que par le prélèvement de la dîme sur l'exploitation des mines d'or. Aucun des déboires qui attendent habituellement les négociateurs européens en pays soudanien ne nous fut épargné, et, pendant quelques jours, les négociations furent rompues. Je dus alors, à tout hasard, transformer notre campement en un véritable fort, où nous aurions au besoin chèrement vtndu nos vies.
Si cependant j'ai réussi, j'attribue ce succès à l'attitude très nette que nous avons prise dès l'ouverture des négociations.
Malgré la puissance de Samory et la grande étendue de son empire, nous avons toujours traité avec lui en affirmant hautement notre supériorité et la condescendance du gouvernement français qui daignait offrir sa protection à un chef noir dont la puissance, somme toute, était à peu près nulle en comparaison de la nôtre. Certes, nous avons dû observer, ce faisant, tous les ménagements que comportaient la situation du monarque noir et le prestige dont il était entouré ; mais nous n'avons jamais admis que les bases d'une entente entre nous fussent établies sur un traitement d'égalité
Nous livrons cette ligne de conduite à l'appréciation de ceux qui auront à négocier par la suite avec d'autres souverains soudaniens, en les priant de noter son plein succès enregard des résultats parfois dérisoires obtenus par des explorateurs qui avaient pensé réussir en flattant leur extrême vanité.
Le 25 mars 1887, l'almamy Samory, émir El- Mouménin, signait en présence de toute sa cour et des gouverneurs de ses provinces, le traité que je lui soumettais. Par cet acte, les limites du Soudan français sontreportées jusqu'au Niger, de Déguella à Tiguibiri, et au Bafing-Tankisso jusqu'à sts sources; l'almamy Samory place ses États sous notre protectorat, ce qui étend notre influence directe au delà de Tengréla dans l'Est, et aux portes de Sierra-Leone à l'Ouest ; enfin, un traitement de faveur est assuré à notre commerce.
Outre ce magnifique résultat, nous avons obtenu que les gouverneurs des régions riveraines du Niger, investis par l'almamy de leur administration, devront aider à l'approvisionnement de ceux de nos forts situés sur le grand fleuve. Us ont reçu ordre de favoriser les opérations de nos agents sur les marchés de bestiaux et de grains de leurs provinces; l'almamy lui-même nous a promis de faire, dans nos escales, tous les achats nécessaires à son armée et à sa cour.
Enfin, pendant notre séjour à Bissandougou, nous avons réussi, chacun de notre côté, à mener à bien les travaux divers qui nous incombaient.
Le docteur Fras a mis à profit ses loisirs pour prendre journellement de nombreuses observations météorologiques, des mensurations anthropologiques, des photographies et des échantillons de toute sorte qui aideront puissamment à la connaissance de cette intéressante région. Le lieute-
nant Plat a mis au net ses travaux topographiques de Niagassola à Bissandougou, levé le plan à grande échelle de la capitale et de ses environs et a dessiné avec un véritable talent un grand nombre de sites et de types : le croquis de l'almamy, qu'il fit de mémoire après un long palabre auquel il assistait, a toute la valeur d'un portrait et est parfaitement ressemblant.
Moi-même, grâce à la connaissance de la langue mandingue, je pus tirer des divers personnages avec qui j'étais en relation les renseignements suffisants pour l'établissement d'une carte des Etals de l'almamy, écrire leur histoire, leur organisation actuelle et leurs mœurs.
Aussi, le 26 mars, lorsque nous prîmes congé de l'almamy-émir El-Mouménin, nous pouvions considérer notre tâche comme terminée, bien que nombre de nos documents fussent incomplets. Mais la fatigue du voyage et le climat de Bissandougou nous avaient fortement éprouvés ; de plus, Samory, qui réunissait une armée pour marcher contre un de ses voisins de l'Est, le roi bambarra Thiéba, avait hâte de nous voir quitter ses États. Il nous fallut donc, malgré le vif désir que nous aurions eu à pousser nos recherches plus avant, prendre le chemin du retour ; nous le choisîmes du reste à travers des régions non encore explorées, de façon à contribuer, autant qu'il était en notre pouvoir, à la connaissance aussi complète que possible de notre vaste domaine soudanien.
L'empire du Ouassoulou, créé de toutes pièces en ces dernières années par l'almamy-émir Samory, a été souvent désigné sous le nom que je lui donne ici. Quoique cette dénomination soit impropre, puisque le Ouassoulou n'en est qu'une province, nous l'avons cependant adoptée en raison de la superficie de cette province et de la densité de sa population, bien supérieure à celle des autres régions de l'empire; au reste, nous avons suivi en cela la coutume adoptée par les Mandingucs de la rive gauche du Niger et par tous les diulhas (colporteurs) en relation avec lui.
Ses limites englobent les Etats frontières dont l'énumération suit :
En partant de l'Ouest, près de Sierra-Leone et de Benty, sur la côte de l'océan Atlantique : le Tamiani, le Lokko, le Tambaka, le Talla, le Tamisso, le Houbou, le Baïlo, le Morébélédougou, le Baleya, le Kolakonta, le Diouma, le Kéniéra ;
Au Nord : le Manding, le Bana, le Baninko ;
A l'Est : le Kabadougou, le Ouorodougou, le Kentilédougou;
Au Sud : le Bouley, le Mousardougou et les frontières de la république de Libéria-Monrovia.
Il embrasse ainsi environ six degrés en longitude et cinq en latitude ; soit, en longitude, du degré 8° 20' Ouest au degré 15° 0', et en latitude, du degré 8° 10' Nord au degré 12° 30' Nord; sa superficie probable est de 360 000 kilomètres
carrés, et sa population d'un million cinq cent mille habitants.
Sauf à l'Ouest et au Nord-Ouest, où le Bafmg- Tankisso et le Niger établissent, depuis le traité de Bissandougou, une ligne de démarcation absolue entre cet empire et les pays voisins, partout ailleurs sa frontière est indiquée par une vaste bande de terrain, large parfois d'une cinquantaine de kilomètres, entièrement dépeuplée et dévastée, où se donnent rendez-vous les pillards desrégi ons limitrophes.
Les races qui la peuplent sont des Mandingues et des Bambarras, mélangés presque partout, et quelques Peulhs, établis dans des villages, épars çà et là, qui indiquent, par la ligne qu'ils déterminent, la route du grand exode fellah qui s'est épanoui aux xme et xivc siècles sur toute l'Afrique occidentale. La langue parlée est le malinké ou langue mandingue; la langue écrite, l'arabe légèrement altéré.
La géographie physique de l'empire est presque entièrement celle du Niger supérieur, dont il embrasse les sources et les principaux affluents, tels que le Bafing-Tankisso, le Milo, le Yandon, lo Bagué, le Ba-Oulé, le Bafin, tous navigables aux canonnières.
Au point de vue orographique, il est formé de deux grands plans inclinés, l'un au sud-ouest, l'autre au nord-est, et dont la ligne d'intersection porte sur les cartes l'appellation de monts Loma.
Nous n'étudierons pas le premier de ces plans, que nous n'avons pas parcouru, mais qu'une mission dirigée par mon excellent ami le capitaine Oberdorf1, de l'infanterie de marine, doit reconnaître dans le cours de cette campagne. Quant au second, il va en s'épanouissant sur une large superficie, limitant ses derniers grands ressauts à une ligne longue de 400 kilomètres environ, orientée nord-ouest sud-est, passant par Sakhoya, Balatokoro, Soïla, Zoïla, Diakoura, Kinitoumanibara, Segala, Ouguiné. Il est formé par une succession de plateaux inclinés au nord-est, terminés brusquement par des gradins dont la hauteur va s'accroissant progressivement en approchant des monts Loma. Des grès durs, des quartz et des minerais de fer très durs entrent en partie dans sa structure. La désagrégation rapide de ces roches accentue de plus en plus l'escarpement des gradins.
Les eaux pluviales, relativement abondantes, dont l'écoulement est favorisé par une pente rapide, s'y sont frayé de profondes et abruptes vallées et ont édifié par leurs apports alluviaux une série régulière de cônes de déjection qui vont s'étalant sans interruption, entre chaque rivière, sur toute la ligne Sakhoya-Ouguiné.
1. Le capitaine Oberdorf est mort au cours de cette mission. Le lieutenant Plat, qui était son second et lui a succédé, a heureusement dirigé cette mission jusqu'à Benty, notre poste avancé prés de Sierra-Leone, après avoir fait signer à l'almamy du Fouta-Djallon un traité de protectorat qui place ce pays sous notre autorité (février 1888).
Telle est l'origine 4u dépôt ferrugi no-gréseux très épais au sommet du cône qui va en diminuant de puissance aux approches de la ligne Kéniéra- Bougoula Tengréla, pour faire place, au delà, aux sables et aux argiles du Baninko, du Kéniédougou (pays du sable), du Canadougou et du Kamiadougou.
La conformation physique de la région et sa composition géologique expliquent facilement le régime des cours d'eau qui l'arrosent.
Au contraire des affluents du Bafing, la presque totalité de ceux du Haut-Niger se forment par ruissellement. Les eaux de mille ravines, à l'époque des grandes pluies, descendent des hauts plateaux, en torrents impétueux, dans de profondes entailles qu'elles ont creusées en régularisant la pente de leur cours. Bientôt elles atteignent la zone d'atterrissement Là, leur lit s'étale, s'élargit au détriment de la profondeur, en remaniant sans cesse les masses graveleuses et sableuses arrachées au massif des monts Loma.
Enfin, arrivées dans les grandes plaines du centre et du nord-est, elles s'encaissent profondément, creusant leur lit à chaque hivernage dans les sables, d'abord, puis dans les argiles du soussol découpées en terrasses, en berges et en barrages croulants pendant la saison des basses eaux.
L'empire du Ouassoulou est ainsi physiquement partagé en trois régions distinctes : la région des hauts plateaux, des moyens plateaux
flanqués de cônes de déjections, et celle des plaines.
Les deux premières, plus près de l'équateur et mieux arrosées, grâce à leur altitude, sont sillonnées d'innombrables ruisseaux et participent, dans une plus large part, du climat et des productions tropicales. Le riz, le manioc, lacassave, les niambis, les diabrés, les tarots, les ignames, les oranges, les bananes, les papayers y sont abondants, tandis que la culture du maïs et du mil y est à l'état d'exception.
Dans la dernière, au contraire, toutes les cultures du Soudan français se retrouvent, mais avec une richesse de production bien supérieure. Le riz, dans le lit supérieur des rivières, le maïs, le mil dans toutes ses variétés, le fonio, les arachides, lekarité, en sont les principaux produits agricoles.
Les lianes à caoutchouc et à gutta-percha (go'ùigué et saba) et le doundaké ou quinquina africain leur sont communs ; il en est de même pour l'indigo, le coton, ainsi qu'une grande variété de plantes ou d'arbustes tinctoriaux ou médicinaux.
Le règne animal, en revanche, se ressent peu de cette différence qui n'est sensible sur les plateaux que par une diminution de la taille des animaux domestiques. On y rencontre communément toutes les variétés d'antilopes et de biches, le buffle, le sanglier, le lièvre, l'éléphant, la girafe, l'hippopotame, la panthère, la hyène, le chacal, le chat-tigre, le jaguar, le lynx; toutes les variétés d'échassiers; l'aigle, le milan, l'épervier, l'ou-
tarde, le canard sauvage armé, le faisan, la poule de Pharaon, la poule de rochers, la pintade, la perdrix et une infinité d'oiseaux au plumage cha toyant, depuis le perroquet, le cardinal jusqu'au colibri et àFoiseau-mouche. Les animaux domestiques y sont le cheval, l'autruche, le bœuf, le mouton, les poules de très petite taille, etc., etc.
Quant aux races humaines qui peuplent ces trois régions, elles sont tellement mélangées par le régime séculaire de la captivité, que seule une étude approfondie et des mensurations nombreuses permettront de reconnaître les caractères distinctifs des peuples aborigènes. D'une façon générale, on peut dire que l'habitant de l'empire du Ouassoulou est au physique de très haute taille, très vigoureux des extrémités supérieures et des reins, le front haut, l'œil intelligent et bien ouvert, le nez moins épaté que celui du noir des côtes, l'angle facial peu prononcé, les extrémités très fines et la peau couleur de chocolat.
Au moral, il est intelligent, laborieux, fort industrieux, mais léger de caractère et trop enclin à considérer la guerre comme un moyen rationnel de s'enrichir.
L'hydrographie de l'empire est celle de tout le bassin supérieur du Niger ; la mission du Ouassoulou en a fait l'objet d'une étude spéciale, en raison de l'importance que doit avoir pour notre commerce la navigabilité des rivières et des il cuves qui l'arrosent. Le cadre de cet aperçu sur cette
intéressante région n'en comporte pas un examen môme succinct ; qu'il nous soit seulement permis de dire, pour indiquer tout le parti que nous pouvons tirer d'une alliance commerciale avec cet empire, que plus de 1800 kilomètres de navigation fluviale y sont ouverts aux bâtiments d'un tirant d'eau moyen de 0m,60 aux basses eaux et de lm,50 aux hautes eaux, c'est-à-dire pendant six mois de l'année. Nous ajouterons que sur les rives du Niger ou de ses grands affluents se trouvent les grands centres ou marchés de l'empire, dont quelques-uns, comme Sansando, Kankan, Kankaré, Kona, Bougoula, ont une population de 5000 à 6000 habitants.
L'empire de l'almamy-émir Samory, ou empire du Ouassoulou, est un assemblage de petits États, autrefois indépendants. Continuellement armés les uns contre les autres par l'irrésistible passion de s'enlever réciproquement quelques captifs ; tantôt vaincus et décimés, tantôt vainqueurs, mais affaiblis par les combats, ils étaient menacés d'un dépeuplement complet, lorsque la main vigoureuse de l'almamy, les groupant en un seul royaume et leur donnant la communauté des intérêts, a arrêté le cours de ces guerres perpétuelles et a ouvert, aux habitants de ces régions, une ère de prospérité relativement grande.
Leur histoire est à peu près inconnue ; la tradition seule pouvait nous la transmettre. Mais, devant le nombre considérable d'événements nouveaux
qui se produisaient chaque année, disloquant une confédération pour en créer une nouvelle, déplaçant parfois la population entière, elle a fini par se perdre presque complètement. Quelques épisodes seuls, plus ou moins typiques, ont surnagé, mais ils sont bien insuffisants pour éclairer les ténèbres sanglantes dans lesquelles ces malheureux peuples ont vécu de longs siècles.
Cependant, en nous aidant de quelques chants de guerre et de récits plus ou moins tronqués qui nous ont été faits, nous avons pu, au moins pour la partie occidentale de l'empire, retracer à grands traits, de non l'histoire la région dans ces derniers temps, mais plutôt la biographie des divers chefs qui l'ont tour à tour dévastée.
Lorsque El-Hadj-Omar, le grand prophète noir, revint de La Mecque, il fit connaissance à Kankan d'un jeune homme nommé Mahmadou (Mahmadi, Mohammadi, Mohammed, Mahomet en français), célèbre déjà par sa piété et sa valeur. Il se l'attacha et il devint bientôt un de ses conseillers favoris. Mais au siège de Dinguiray, dernier refuge de la puissance dialonkaise (race aborigène), quelque dissentiment s'étant élevé entre eux, Mahmadou le quitta et rentra dans sa ville natale. Sa renommée l'y avait précédé, et, d'un commun accord, ses compatriotes le prirent pour chef.
Kankan est à la fois un centre commercial très actif et une cité religieuse fanatique. Aussi fut-il facile à son nouveau chef de lever, sous le couvert
de la religion, mie puissante armée avec laquelle il jeta '.'('pouvante et la ruine jusqu'au fond du Ouassoulou.
La rive droite du Niger s'était donnée à lui ; mais, des bords du Bagué, le Bambarra Diéri, jaloux des succès de Mahmadou, vint à sa rencontre à la tète de forces innombrables. La lutte entre le cafri (païen) et le serviteur de Dieu dura plusieurs années avec des chances diverses, et chaque adversaire était, comme il est de coutume, plus occupé à enlever d'inoffensifs villages et à faire des captifs, qu'à risquer sa vie dans une lutte sans profits.
Cependant le vide se faisait autour des deux armées, et celle de Diéri, affamée, se décida à prendre pour objectif la riche ville de Kankan, en passant par le Toron, que la guerre avait respecté jusqu'à ce jour et qui regorgeait de vivres.
On montre encore à mi-chemin de Tinti-Oulé et de Kankan un énorme tas de pierres en forme de trémie, résultat du dénombrement que fit de son armée le chef bambarra avant l'attaque de la ville. Nous en avons donné la description dans le chapitre précédent. Si la légende est vraie, Mahmadou avait été prudent en ne résistant pas en rase campagne à pareille invasion et en s'enfermant dans sa capitale.
Le siège dura quatre mois et la ville fut prise et dévastée ; mais le château du chef, qui servait de réduit à la place, tenait toujours, et Diéri ayant
été tué en lui donnant l'assaut, son armée se dispersa, poursuivie par les gens de Kankan et du Toron, qui en tuèrent et en prirent un grand nombre.
Les récits fabuleux qui courent sur Diéri sont, pour quelques-uns, intéressants à rapporter à cause de leur similitude avec certains faits merveilleux des contes arabes.
Il nous a été conté par plusieurs personnes, et avec la plus parfaite conviction, que ce roi avait passé un pacte avec le diable. Celui-ci, en échange de son âme, lui avait fait don d'un tapis qui relevait et le soutenait dans les airs lorsque Diéri voulait se reposer à l'abri de toute surprise ou examiner l'ennemi. Ce tapis magique fut cause de sa perte. A l'assaut du tata central (enceinte fortifiée) de Kankan, il eut la funeste idée de l'étendre dans la cour de la mosquée pour planer au dessus des assiégés. Mais lorsqu'il fut à une grande hauteur, Dieu, pour le punir de la violation de sa demeure, déchira le véhicule diabolique, et Diéri, précipité dans le vide, vint s'abattre en tournoyant sur la muraille ennemie, où il se brisa.
Cette victoire inattendue fut la dernière de Kankan-Mahmadou, car elle lui donna une autorité sans conteste sur tous les pays voisins. Pendant les dix années qu'il vécut encore, il s'occupa d'œuvres pies et construisit les mosquées actuellement en ruine de Kankan et de Niafadié, dont il avait fait une sorte de ville sainte.
Il mourut vers 1850. Son fils aîné, Dianabou- Farima-Mori, lui succéda, et avec lui allait disparaître la prédominance momentanée de Kankan.
Les Mandingues sont, sous une apparence abrutie qu'ils savent prendre devant un chef puissant, de fins observateurs. Ils avaient depuis longtemps jugé celui qui, à la mort de Malimadou, devait les commander ; ils le savaient, indulgent et bon, hésitant de caractère et sans énergie. Aussi, le jour où, prenant le pouvoir en main, Mori ordonna aux chefs qui obéissaient à son père de venir à Kankan lui rendre hommage, très peu répondirent à son appel.
Il chargea son frère cadet Moriba, dont il avait fait son généralissime, de les ramener en l'obéissance. Mais celui-ci, plus occupé de plaisirs que désireux de gloire, mena si négligemment les opérations, que, battu en plusieurs rencontres, il vit son armée réduite presqu'à néant par la désertion ou la trahison et bientôt complètement battue à Kanguela par les Ouassouloukés.
Dans ce pays, la fidélité au chef et le patriotisme d'où naissent les dévouements héroïques, qui souvent changent le sort des armes dans les situations les plus critiques, sont choses inconnues. Le guerrier reste à l'armée tant qu'il y trouve, avec peu de danger, de bonnes occasions de pilleries ; mais dès que la fortune adverse se présente avec son cortège de privations et de fatigues, il remplit secrètement sa peau de bouc au magasin à riz
de son chef et retourne prudemment se cacher chez lui, attendant la tournure que prendront les événements.
C'est ainsi que Moriba, défait de nouveau à Fokhotera malgré les renforts que lui envoyait son frère, dut, pour continuer la lutte, implorer l'aide du roi Koulaba-Maihby, de Niagassola, dont les guerriers étaient alors fort en renom. Celui-ci répondit à son appel, et bientôt tous les villages situés entre le Fié et le Bagué étaient enflammes et de longues caravanes de captifs prenaient la route du Manding. Puis, lorsque son armée ne trouva plus rien à prendre dans ce malheureux pays, Mamby repassa le Niger non sans avoir, auparavant, chèrement fait payer à Moriba, par un présent d'or fin, l'aide qu'il venait de lui prêter.
Cette guerre finit en 1860; elle avait duré dix ans : Kankan-Mori n'était pas mieux obéi qu'à son avènement; mais, en revanche, tout n'était plus que ruines autour de sa capitale, appauvrie ellemême par cette longue lutte.
Le sort malheureux de ses armes dans le Ouassoulou n'avait pas permis à Moriba de songer à réduire les régions qui se trouvent au sud, h l'ouest et au nord de Kankan.
Toutes s'étaient déclarées indépendantes.
Dans le Toron, Bitiké-Souané régnait tranquillement à Tinti-Oulé, à 20 kilomètres de Kankan, et paraissait môme ignorer la présence d'un almamy dans cette ville.
Son -Ibrahima, marabout renommé, avait réuni sous son autorité le Konia, les pays de Sissi, de Gankouna, de Torokoto et du Kabadougou.
Le Diouma, sous le commandement d'un cousin du mamby de Niagassola, Namakhan, fort de son alliance avec la capitale redoutée des montagnards de la rive gauche, allait jusqu'à fermer la route aux gens du Bouré venant à Kankan traiter de leur or.
Le Balimakana pillait les villages du Bâté voisins de ses frontières.
Le Sankaran, le Baleya, le Kolakonta, l'Aman a, unis en confédération, barraient aux commerçants de Kankan les routes de Dinguiray et de Sierra- Leone.
Enfin le Manding de la rive droite, commandé par Minaba-Mamby, frère cadet du roi de Niagassola, avait arrondi son territoire aux dépens de Mori, qui s'était tenu coi, craignant d'attirer à Kankan les montagnards de la rive gauche.
En 4865, une incursion des -Ouassouloukés dans le Bâté le détermina cependant à chercher de nouveau à réduire ce pays; son frère partit à la tête d'une armée composée en partie de coulibalys du Kéniéradougou, sous le commandement de Fali-Moussa, chef de Koundian, et de guerriers du Bâté. Une sorte de dualité dans le commandement rendit vaine la valeur reconnue des gens de Reniera. Les troupes alliées furent battues à Kobisona (Ouassoulou), et, pendant que Fali-
Moussa s'enfuyait à Koundian, Moriba rentrait à Kankan presque seul (4866).
Pendant que ces derniers événements se passaient, un nouveau personnage entrait en scène et allait, avec une habileté rare, mettre à profit les dissensions de tous ces peuples pour relever l'empire de Mahmadou et l'accroître même jusqu'aux limites les plus reculées du Soudan occidental.
Nous relatons ici la légende qui court dans l'empire du Ouassoulou sur les origines de ce chef remarquable : outre l'intérêt que peut avoir l'histoire de Samory, qui est en quelque sorte le Bonaparte soudanien, sa vie, telle qu'elle nous a été maintes fois contée, a un côté touchant dans l'amour profond qu'il avait voué à sa mère et d'où sont nées son ambition et sa fortune.
Il y a vingt-sept ans environ végétait à Sanankoro, dans le Konia, un diulah très besogneux nommé Lakhanfîa-Touré, marié à une Camara du nom de Sokhona; leurfilsaîné âgé de dix-huit ans, Samory, faisait vivre ses parents du colportage de marchandises de traite sur les marchés du Ouassoulou. Un jour, au retour d'une tournée de plusieurs mois, il ne trouva plus sa mère au foyer paternel ; pendant qu'elle travaillait aux champs, elle avait été enlevée par des pillards ennemis. Samory l'adorait et sa douleur fut immense ; mais ce petit colporteur était déjà un homme énergique et d'une volonté de fer. Au lieu de s'abandonner au désespoir, il jura de
retrouver sa mère et de la délivrer; et jetant sur son épaule son fusil et sa peau de bouc, il se mit en campagne pour apprendre où elle avait été conduite. Bientôt il sut que la razzia dont elle avait été victime était l'œuvre d'un parti de guerriers de Sori-Ibrahima, marabout fort en renom et roi du pays de Gankouna et de Torokoto, suzerain de sa ville natale. Sept jours démarche séparent Médina, résidence d'Ibrahima, de Sanankoro; le septième jour au matin le futur émir se présentait amaigri, mourant de faim, vêtu de loques, devant le puissant chef qui retenait sa mère captive.
Il lui dit pourquoi il était venu, et le supplia de rendre la liberté à Sokhona-Camara, en l'acceptant en échange comme captif. Fatigué, émacié, les genoux tremblants encore de la fatigue de la marche, fluet comme les jeunes gens en pleine croissance, ce n'était qu'un captif de peu de valeur, en comparaison de Sokhona, alors dans toute la force de l'âge, vigoureuse, vaillante et encore capable d'avoir de beaux enfants. Aussi le chef noir n'avait garde d'accepter pareil échange, et Samory eut beau se rouler à ses pieds, il demeura inflexible ; cependant il lui dit en plaisantant : « Beau fils, si tu veux racheter ta mère, reste chez moi. Tu travailleras, et lorsque je jugerai suffisants les services que tu m'auras rendus, tu pourras retourner avec elle à Sanankoro; mais je crains bien que tu ne meures à la tâche, et peut-être ferais-tu bien de rentrer seul dès maintenant chez ton père. »
Le pieux jeune homme se cramponna à oet espoir si vague et si plein de réticences menaçantes. Que lui importait la vie sans sa mère ! Il accepta donc cette offre avec reconnaissance et demanda à servir à la guerre.
Le lendemain même, Ibrahima ordonnait qu'il ferait partie d'une expédition projetée à l'égard d'une ville extrêmement forte et vaillamment défendue, contre laquelle plusieurs fois déjà ses troupes avaient échoué.
Arrivé devant le rempart avec toute l'armée, pendant que ses chefs se consultaient sur les moyens d'attaque, Samory, fatigué de leur lenteur, se précipita sur la muraille, brandissant son fusil, et, s'aidant d'une branche fourchue, il l'escalada au milieu d'une grêle de balles. Les guerriers du marabout, électrisés par son exemple, se jetèrent sur ses traces et le délivrèrent en s'emparant de l'enceinte au moment où, accablé sous le nombre, il allait succomber.
D'après les lois du pays, un tiers du butin eût dû lui appartenir et suffisait bien au delà à racheter sa mère. Ibrahima lui fit observer, tout en le complimentant, qu'il ne pouvait en être ainsi; car, d'après leur convention, il devait rester seul juge de la valeur des services rendus et seul maître du butin qu'il pourrait lui procurer. Samory ne se découragea pas, et pendant sept ans, sept mois et sept jours, il rendit son nom fameux en combattant pour sa mère.
Enfin Ibrahima ne s'opposa plus à ce qu'elle retournât libre à Sanankoro; mais il aurait voulu garder en même temps un guerrier aussi redoutable et d'aussi grand renom que Samory. Il lui offrit de nombreuses richesses pour le décider à rester auprès de lui en qualité de généralissime; mais celui-ci refusa, et, laissant à Médina tous les présents qui lui avaient été faits en récompense de sa valeur, il reprit son méchant fusil et les loques avec lesquelles, sept ans auparavant, il s'était présenté à Ibrahima; puis s'estimant payé au delà de ses souhaits par la liberté qu'il avait rendue à sa mère, dégagé de toute reconnaissance, il regagna la pauvre demeure de son père.
La même année Bitiké-Souané, roi du Toron, lui fit offrir le commandement suprême de ses troupes, qu'il accepta. C'est à la cour de ce dernier, pendant qu'il était son généralissime, et à l'occasion d'une discussion où Bitiké l'accusait bien à raison de chercher à le supplanter, qu'il reçut de la main de Bitiké un vigoureux coup de bâton au front, dont il porte encore la marque.
En effet, ses succès et sa générosité avaient déjà faits de lui l'idole des guerriers du Toron, auxquels s'étaient joints un grand nombre de ses compatriotes du Konia. Bientôt Bitiké fut réduit au rôle de roi fainéant, et Samory, tout en lui laissant son autorité nominale, disposa en maître de l'arraée. C'est alors que, sur de la fidélité que ne manquerait pas de lui conserver son ancien maître,
Samory entreprit de se créer un vaste empire et de reconstituer à son profit l'immense commandement de Kankan-Mahmadou.
Le Kounadougou tomba d'abord sous ses coups, et Famodou, roi de ce pays, fut tué à Bissandougou dans la bataille décisive qui se livra sous les murs de cette ville en 1866, le jour même où l'armée de Kankan était battue devant Kobisona. Cette victoire eut un grand retentissement dans le Konia, qui se souleva contre Sori-Ibrahima et appela Samory en libérateur. Sanankoro, habité en partie par des Peulhs, fut la seule localité qui lui ferma ses portes. Après un siège de six mois, le nouveau conquérant s'en empara, puis, en ayant relevé les murs, il en fit sa résidence.
Désormais les rois voisins devaient compter avec lui, car déjà son autorité s'étendait sur les riches et populeux pays du Kounadougou, du Toron et du Konia ; de plus, sa renommée allant croissant, son armée se grossissait chaque jour des meilleurs sofas (captifs guerriers) des princes ses voisins. Aussi Sori-Ibrahima, qui luttait à ce moment contre le Kabadougou révolté, ne put-il pas songer à le chasser de la province qu'il venait de lui arracher. Au reste, il avait vu éclore son génie et craignait de se mesurer directement avec lui.
Depuis leur victoire contre Kankan-Mori, les Etals ouassouloukés avaient rompu l'alliance qui les avait unis dans leur guerre d'indépendance, et étaient retombés dans une anarchie profonde;
grâce à elle, en s'unissant aux uns, puis aux autres, Samory put s'emparer, presque sans tirer un coup de feu, de tout le pays jusqu'au Ba-Oulé (Fleuve Rouge). Déjà le pays de Sissi, le Sananfoula, le Diago, le Lenguesoro et le Ganan lui appartenaient, lorsqu'une étroite alliance avec le mamby de Kangaba en fit le roi le plus puissant ie la rive droite.
A Niagassola, Koulaba-Mamby, en devenant vieux, avait perdu son activité guerrière et, par conséquent, son autorité; de plus, la place forte de Mourgoula était devenue citadelle toucouleure, et l'almamy qu'El-Hadj-Omar y avait placé le tenait dans une étroite vassalité. Vers 1863, comme je l'ai dit dans l'histoire de Niagassola, Alpha- Oumar, le général toucouleur, l'avait mis dans l'obligation de lever une colonne pour se joindre à son armée qui allait attaquer Kangaba, résidence de son frère cadet. Mamby, obligé de marcher à la tète de ses troupes, avait égaré Alpha dans les montagnes du Sobra, ce qui avait rendu impossible la surprise qu'il méditait de la riche ville de Kangaba; mais les Toucouleurs ne voulaient pas rentrer les mains vides, et il avait dû les conduire à Ouoronina, en face de Figuiera, appartenant également à son frère. Le village avait été enlevé et détruit de fond en comble.
De ce jour les rapports entre les ueux frères devinrent difficiles, et lorsque le roi de Niagassola obtint, deux ans après, de l'almamy de Mourgoula
l'autorisation de faire une incursion dans le Ouassoulou, arrivé à Banko, devant le Niger, il trouva le village désert et toutes les pirogues enlevées par ordre du mamby de Kangaba. Pour punir son frère cadet de cet acte d'hostilité, il brûla Banko; le mamby de Kangaba répondit en détruisant Balan-Mansaïa, près de Balankoumakana.
La guerre était déclarée, et pour Kangaba l'alliance de Niagassola et de Mourgoula devenait une dangereuse éventualité. Pour parer à ce danger, Minaba-Mamby s'allia étroitement avec Samory. Il pensait diriger ce parvenu à son gré et disposer en maître de son armée.
Les deux chefs se rencontrèrent à Kamaro. Là ils jurèrent sur le Coran amitié et alliance indissolubles (1870).
Pendant que ces événements se passaient, Kankan-Mori, après avoir inutilement essayé par les voies pacifiques de rouvrir la route du Niger supérieur au commerce de sa capitale, s'était vu dans l'obligation, sous peine de la voir tomber en ruines, de déclarer la guerre au Sankaran.
Malgré la mauvaise réussite des opérations qu'avait précédemment dirigées son frère Moriba, il lui confia encore le soin de réduire ce pays. Celui-ci mena tout d'abord vigoureusement les opérations et s'empara de Bagué, après avoir battu, chemin faisant, plusieurs détachements ennemis. La colonne de Moriba était relativement faible ; aussi son frère, instruit par des diulkas (colpor
teurs) qu'une armée nombreuse se réunissait pour Ja repousser, lui donna ordre de rejoindre les frontières du Bâté, où il le renforcerait de façon à le mettre en état de continuer la lutte. Mais Moriba, qui avait trouvé dans Bagué de riches approvisionnements, refusa d'exécuter ce mouvement et s'établit au contraire solidement dans l'enceinte du village, où les guerriers réunis du Sankaran, du Kolakanta, du Baleya et de l'Amana le surprenaient et le tuaient quelques jours après.
A cette nouvelle, Kankan-Mori envoya 2000 gros d'or (le gros d'or vaut environ 15 francs) à Samory afin d'acheter son alliance. Celui-ci accepta, mais à la condition que l'aide qu'il lui donnerait les lierait par une alliance offensive et défensive qui ne cesserait que lorsque tour à tour chacun des alliés serait arrivé à ses fins.
Kankan-Mori voulait venger son frère et rouvrir les routes commerciales du Bouré, de Dinguiray et du Fouta-Djallon; là se bornait son ambition, son but était connu.
. Samory, au contraire, s'était bien gardé de dire à quel moment et comment il se déclarerait satisfait.
L'expédition eut lieu, Barou-Fahmadou, chef de l'armée ennemie, fut tué, et le Sankaran dévasté. Au retour, le Diouma et le Balimakana tombèrent également sous le joug des alliés. Lorsqu'il fallut faire le partage des pays conquis, Samory s'adjugea la part du lion; il s'annexa toutes ces nouvelles provinces, ne laissant à Mori que le Balimakana,
à la condition qu'une partie de la population serait réduite en captivité et servirait à ses achats de chevaux.
Sori-Ibrahima, cependant, n'avait pas perdu l'espoir de reprendre les provinces que Samory lui avait enlevées. Il avait profité de son éloignement pour porter une armée entre cette région et le Sankaran, la coupant ainsi de toute communication avec son ancien captif; elle était commandée par ses deux fils, Amara et Mori-Laé. Lorsque Samory en reçut la nouvelle, il était occupé à la conquête du Diouma ; hâtant la marche de ses opérations, il se rabattit immédiatement sur Kankan et somma Mori de lui confier une partie de ses troupes pour repousser i'invasion ennemie. Mori, prenant prétexte de la grande réputation religieuse de Sori, lui refusa tout contingent. Samory n'insista pas et lança contre Amara et Mori-Laé ses deux frères Malinkamory et Kémé-Ibrahima. Les fils de Sori furent battus, faits prisonniers, amenés à Bissandougou, et mis à mort quelque temps après.
A l'annonce de cette victoire, Samory avait sommé Mori de comparaître devant lui, à Bissandougou, pour lui demander pardon d'avoir violé la foi jurée. Celui-ci, effrayé des conséquences que pouvait avoir pour lui la haine de ce puissant chef, se disposait à partir, lorsqu'il fut retenu par ses guerriers, qui lui déclarèrent qu'ils préféraient mourir en combattant que de le voir se livrer à son terrible allié.
Samory n'attendait que le refus de se rendre à son invitation pour commencer les hostilités. Pendant qu'un de ses lieutenants, Modi-Dianfm, tenait tète au sud, près de Modioulendougou, à Sori- Ibrahima, Kémé-Ibrahima et Malinkamory se portaient sur Kankan et construisaient deux camps retranchés au sud de cette place, entre les rivières Kémourou et Bohékoura : au nord des possessions de Mori, Nassikha-Mahdi, troisième frère de Samory, menaçait le Bâté par une démonstration sur la route de Niafadié. Lui-même, gardant sous la main un corps d'élite, se tenait en réserve, à l'insu de tous, à Tinti-Oulé.
Les gens de Kankan ne comprirent pas le piège qui leur était tendu. Ils envoyèrent d'abord sur Niafadié une partie de leurs troupes pour masquer Nassikha-Mahdi; puis, prenant pour de la pusillanimité la construction des camps retranchés, ils allèrent leur donner l'assaut avec le reste de leurs guerriers. Reçus très chaudement, ils étaient hésitants, lorsque Samory, prévenu à temps, fondit sur leurs derrières, pendant que ses deux frères, sortis de leurs retranchements, les assaillaient de toutes parts. Un millier d'hommes restèrent sur le champ de bataille, et le lendemain même Kankan était investi.
Le siège dura dix mois, il se termina par la prise de la ville (1873) et la captivité de son chef, qui est encore actuellement retenu prisonnier à Salilindougou, dans le Konia.
Pendant ce temps, Nassikha-Malidi avait enlevé les uns après les autres tous les villages du Bâté ut tué Sankariba-Karomoko, le plus jeune frère de Mori, chef de l'armée qui lui avait été opposée.
Si de ce côté Samory était pleinement vainqueur, en revanche une partie des troupes chargées de contenir Sori-Ibrahima venaient d'être enlevées par ce chef et presque entièrement massacrées à Ouorokoro, dans le Sabadougou, sur la frontière est du Toron. Cet échec détermina Samory à en finir avec son ancien maître. Se portant à marches forcées sur Ouorokoro, où Sori se reposait de sa victoire, il le battit et le fit prisonnier après une lutte épique de trois jours, où de part et d'autre des prodiges de valeur furent accomplis (1874).
Sori-Ibrahima fut interné à Garangua, où il est mort il y a peu d'années.
Ce fut à partir de ce jour que Samory prit le titre d'almamy laissé vacant par la disparition de Sori et de Mori, qui en étaient tous deux investis.
Depuis, il se mit rarement à la tète de ses armées, n'ayant plus occasion de les réunir pour combattre un adversaire digne de lui. Il les divisa en sept corps, puis en dix, à la tête desquels il plaça ses frères et ses guerriers les plus dévoués et les plus habiles. Une troupe d'élite toujours prête à se porter au secours d'une de ses armées menacées, ou à châtier quelque province révoltée, restait continuellement à ses côtés, à Bissandougou ou à Sanankoro. Les frontières furent en même temps
divisées en huit secteurs : à chacun d'eux un corps d'armée était al taché, avec mission d'opérer toujours en avant. C'est grâce à ce système qu'il étendit ses frontières de proche en proche, d'année en année, jusqu'au jour où il se trouva en contact avec nos colonnes sur le Niger, avec Ahmadou-Cheïkou, sultan de Ségou au nord, le roi bambarrâ Thicba à l'est, Libéria-Monrovia au sud-est, la colonie anglaise de Sierra-Leone, le Fouta-Djallon et Dinguiray à l'ouest.
On sait comment la révolte de Koundian, capitale du Sakhadougou, amena les gens de Reniera, restés indépendants jusqu'alors, à entrer en lutte avec l'almamy Samory ; de quelle façon nous fûmes engagés dans cette guerre (1882-1 886) qui se termina en 1887, et pendant laquelle Samory s'était emparé du pays du Bouré, des Bidigas, du Siéké et du Manding de Kangaba. Le traité conclu par nous à Bissandougou cette année a rendu ces régions à la France.
Au nord, du côté d'Ahmadou, après une série d'engagements de plusieurs années, Kémé-Ibrahin ta infligea, à Sanankoro (Bana), une défaite aux fils d'Ahmadou ; ce succès amena l'évacuation de Tadiana par les tâlibés (cavaliers nobles de Ségou) et l'occupation du Bana et du Baninko par Samory (1884).
A l'est, la résistance seule de Thiéba, en lutte depuis 1884, empêcha l'empire de l'almany de s'étendre jusqu'aux portes de Kong. Teugréla,
tombé en 1878, est entièrement soumis, ainsi que les pays voisins, malgré deux révoltes successives.
Au sud, des plateaux élevés et des montagnes difficiles ont mis un terme à la marche envahissante des armées ouassouloukaises.
Enfin à l'ouest, leur pénétration dans la direction de Sierra-Leone n'a trouvé aucune résistance sérieuse jusqu'aux frontières de cette colonie, tandis qu'elle s'arrêtait au pied du Fouta-Djallon et, après quelques engagements avec les troupes de Dinguiray, sur les rives du Bafing-Tankisso.
Au point de vue politique, l'empire du Ouassoulou est divisé en cent soixante-deux cantons1 repré-
Cantons ou États formant l'empire de Samory.
Aniaua,
Badougoula,
Balakala,
Baliniakaua,
Bamadou,
Bamananou,
Bana,
Banadougou,
Banankalan,
Bananko,
Banco,
Baninko,
Bansana,
Bari,
Bâté,
Baya,
Bêla,
Beléya,
Beni-Monete,
Beredoula,
Bilamana,
Biri,
Biritibila,
Bolon,
Boua,
Bonindougou,
Boue,
Boum,
Bouniaua,
Bou-no,
Dalaoua,
Danou,
Dantoumaua,
Dernbela,
Diago,
Dialonfouladougou,
Diaruéné,
Diaradou,
Diéné,
Diétoulou,
Diouuia,
Diouuaa-Euian,
Diouuia-Rauala,
DiourouLadougou,
Douama,
Douluna,
Falauko,
Famoriba,
Faraya,
Firia,
Folou,
Forina,
Forondougouba,
Fouala,
Foulala,
Foulouua,
Gauau,
Gaukouna,
Gauiokba,
Guesaukélé (Tourna),
sentant les anciennes agglomérations de villages qui, avant la fondation de l'empire, obéissaient à un même chef. Leurs dimensions varient entre elles comme un canton de France diffère d'un arrondissement; rarement elles contiennent plus de vingt
Cantons ou États formant l'empire de Samoky. {Suite.)
Guidila,
Guitourniou,
Kabadougou,
Kabassarana,
Kabolo,
Kaïa,
Kalagoula,
Kamiudou,
Kanadougou,
Karafila,
Kartala,
Keleyadougou,
Kéniédougou,
Kéaiéradougou,
Kiadougou,
Kiriba,
Kissi,
Koadougou,
Kokono,
Kolakonta,
Konadou,
Konéma,
Konia,
Koninko,
Konkoéfoula,
Kouloukalan,
Kouuadougou,
Kouuingouno,
Kounonkoro,
Kounoukoro,
Koura,
Kourouba,
Kouroulaïmini,
Kouroulamiui,
Kourounina,
Lani,
Leman-Nou,
Linguesoro,
Linko,
Lokko,
Mafolé,
Makhana,
Mana,
Maudingou,
Manirnana,
Manimansi,
Mankaoualédougou,
Man-nou,
Mansafindou,
Mao,
Marako,
Maramadougou,
Mousardou,
Naya,
Nernissana,
Nianiandou,
Niana,
Niéinéuénou,
Niénen,
Ouassamana,
Ouassoulou,
Ouladala,
Oularo,
Ouledé,
Oulete,
Ourominani,
Ouoro-noïi,
Papéré,
Sabadou,
Safé,
Sakhadougou,
S&ngadougou,
Sankaran,
Sananfoula,
Saragouïa,
Senefo,
Seuondougou,
Seribadougou,
Sesouinana,
Siamanou,
Sigueko,
Silamansi,
Siuiguidela,
Sirainan-nou,
Sissi,
Solimana,
Sono,
Soulou,
Talikoro,
Talla,
Tarniso,
Temala,
Téné,
Teugrela,
TeDgrena,
Tentou,
Timani,
ïorokoto,
Toron,
Toun-Oulé,
Toui'na.
AU SOUBAN FRANÇAIS.
villages. Celles de ces provinces qui, par leurs richesses et par le nombre de leurs habitants, auraient pu, en cas de révolte, être un danger pour la sécurité de l'empire, ont été divisées en tractions indépendantes les unes des autres. C'est ainsi que, dans rémunération qui nous en a été donnée par le premier ministre de Samory lui-même, beaucoup de noms d'Etats portés sur diverses « cartes par renseignements » ont disparu, de même que nos anciennes provinces ne figurent plus sur les cartes de France.
Les marchés les plus importants de l'empire sont :
Cambaya. . .