‹ Au sud de l'AfriqueChapitre 61 sur 77 · LETTRE D’UN LÉPREUX · texte numérisé non relu

LETTRE D’UN LÉPREUX

Au Sud de l’Afrique.

Robben-Island, 8 décembre.

« Là-bas Patise (nom sessouto de la station « d’Hermon) a M. Fred. Christol, salut serviteur « de Dieu !

« Reçois ma lettre; par elle je viens à toi pour « te dire que Samuel Mokhémé est mort; il n’est « plus ici, il est parti pour le ciel. Il est mort le «25 novembre et s’en est allé en paix... en grande « paix... Je m’arrête ici.

« C’est moi :

« M. S. Mokuena. »

Puis en post-scriptum :

« Que Dieu t’aide et garde ton âme et la mienne « au dernier jour ! Je m’exhorte par la parole qui « dit : N’aie pas peur... aussi la mort c’est mon « amie !

« La terre passera, mais ses paroles ne passeront « point.

« Aide-moi de tes prières, je me sens faible et je « suis un pécheur; prie pour moi afin que moi « aussi je sois un disciple de Christ. »

Ce Samuel Mokhémé, dont la mort m’est an-

Visite aux lépreux de Vile de Robben. 241

noncée, était un de ceux que j’avais vus et auxquels j’écrivais de temps à autre. Quant à mon correspondant, S. Mokuéna, il m’écrit pour la première fois, mais sa lettre le fait vite connaître et aimer tout à la fois.

Dans cette « fin de siècle », où tant de gens veulent quelque chose de mieux que l’Évangile et ne trouvent qu’un accroissement de vices et de misères, un pauvre lépreux, d’un coin perdu du Sud de l’Afrique, exprime comme le seul vœu de son cœur et la seule aspiration de son âme : « Que je sois un disciple de Christ ! » Ce lépreux nègre est certainement plus clairvoyant que les savants auxquels la science suffit et plus sage que les intelligents qui arrangent la vie à leur gré, car il a compris ce que dit si bien un de nos poètes dans un livre récent1 :

Le monde passera, car il faut que tout meure,

La terre sous nos pieds, le ciel sur notre front;

Mais par delà la mort ta Parole demeure...

i, Jésus, par Jean Aicard.

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