UNE
Excursion au bord de la mer
Hermon, 23 février.
C’est d’une expédition d’un genre un peu nouveau que je veux vous entretenir aujourd’hui ; c’est, du moins, la première fois qu’il en est fait une de cette sorte du pays des Bassoutos.
Il y avait longtemps que je me disais qu’un voyage au bord de la mer pourrait faire beaucoup de bien aux évangélistes et instituteurs d’Hermon, en leur donnant une leçon de choses qui leur serait des plus utiles. Mon récent voyage à la ville du Cap avait renouvelé en eux le désir de réaliser enfin le susdit projet.
Aussi, afin de profiter de l’importante réduction que la Compagnie des chemins de fer de la colonie
Au Sud de l’Afrique.
du Cap accorde, pendant les vacances, à ceux qui ont quelques attaches avec le monde scolaire, nous avons attelé le wagon à boeufs, un certain jeudi du mois de janvier, en plein été comme vous savez, et pris la direction d’East-London, le port de mer le plus voisin du Lessouto.
Les touristes, que je dois vous présenter, se composent de Phékou, Benoni, Ralabane et ses trois frères, Filipi, Wilhem et Mofana, puis A. Ntjélépa qui, depuis, est parti comme catéchiste pour la mission du Zambèze. En route, mes compagnons conduisent le wagon à tour de rôle avec un entrain tout à fait louable; mais Ntjélépa et Filipi sont spécialement chargés de faire le café trois fois par jour, en alternant avec du b us h tea — thé des bois — qui a un fort goût de tisane et provient d’un arbuste de la colonie. Phékou doit penser h. remplir d’eau le petit tonneau du wagon, tandis que Ralabane et moi nous allons « khapaneng », autrement dit, nous ramassons du combustible sur la route... Nous devons nous rendre d’abord à Aliwal, petite ville de la colonie du Cap et tête de ligne du chemin de fer; il s’agit de voyager sans lanterner afin d’arriver samedi soir.
LE PONT d’aLIWAL SUR LE FLEUVE D’ORANGE
I.e bon La Fontaine aurait pu renouveler sa plainte : « Ce serait une belle chose de voyager s’il ne fallait pas se lever si matin ! » car, comme on dit, nous ne mettons pas deux pieds dans un soulier, nous partons à 2 ou 3 heures du matin et faisons de longues étapes.
Le samedi, de bonne heure, nous atteignons Rouxville dans l’Etat libre d’Orange. Ce village doit son nom au premier pasteur hollandais de ces parages, un descendant de huguenots français, comme l’indique son nom. Ledit Rouxville, qui n’offre pas beaucoup de sujets intéressants, est situé dans une plaine interminable et manque presque totalement de verdure, à part quelques portes peintes en vert, en manière de consolation sans doute.
De là à Aliwal, il n’y a que trois heures à cheval, soit environ huit heures avec notre lourd véhicule ; mais, comme nous sommes pressés, plusieurs contretemps viennent à la traverse et ce n’est que le dimanche matin que nous avons enfin pu passer le pont d’Aliwal sur l’Orange, et nous le passons gratuitement, ce qui est nouveau; je me rappelle avoir eu à payer, il y a quelques années, la jolie
Excursion au bord de la mer.
somme de 18 fr. 10 c. pour le franchir avec mon wagon à bœufs !