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LA PETITE RÉPUBLIQUE

amis de l'Allemagne, une haine vigoureuse et railleuse, d'un accent sobre et fort. De premier ordre dans l'invective, riche en trouvailles de mots et de surnoms, comme un Chamfort, il laissait glisser sur lui les injures et menaces avec une indifférence de grand style, qui ajoutait à la vaine rage de ses ennemis. Mais les démonstrations précises le fatiguaient et l'embêtaient, et, pas plus à l'Intransigeant qu'à la Libre Parolet le poste technique de réfutation assidue des fables dreyfusardes n'était tenu. C'était une faute, que les dreyfusards ont largement exploitée.

La presse socialiste, à l'époque, était presque uniquement représentée par la Petite République, que dirigeait Gérault Richard, et à laquelle collaborait Jaurès, lequel ne dut plus tard la direction de l'Humanité qu'à la libéralité de douze juifs richissimes, partisans de Dreyfus. La pseudo-réconciliation de Rochefort et de Jaurès, opérée sur le dos de Casimir Périer, dura peu. Gérault Richard, robuste garçon, jouisseur, bon tireur à l'épée, sans scrupules, se remit vite à insulter Rochefort, qui lui rendit la pareille avec usure et s'amusa à secouer la Petite République et ses collaborateurs d'une poigne solide de presque septuagénaire, dur à cuire et à enterrer. Cette série, vraiment aristophanesque, demeurera parmi ses meilleures, et aucun contemporain n oubliera les sagettes, prodigieusement et

comiquement empoisonnées, dont il cribla la Sociale au service de Waldeck et d'Israël, sans oublier Reinach, qualifié par lui de « boule de juif », et Zola. On a beau dire, l'esprit, mis au service du bon sens, c'est quelque chose, et l'adhésion complète d'Henri Rochefort fut un appoint sérieux pour le nationalisme.

Vers 1900, Alfred Edwards, fondateur du Matin, beau-frère de Waldeck, imagina, pour embêter celui-ci, de fonder un autre journal socialiste, intitulé le Petit Sou, qui dura peu, malgré l'adhésion de quelques purs. Alfred Edwards, levantin sinistre et coprophage, eut en effet l'imprudence d'exhiber, à cette occasion, sa propre et effrayante trogne sur une estrade dans un quartier populaire. En suite de quoi, une demi-douzaine de commères accouchèrent et les collaborateurs parlementaires d'Edwards furent priés, par leurs électeurs affolés, de démissionner illico. Qu'on vienne nier, après cela, l'influence du physique sur le moral! Cette authentique histoire de l'apparition, puis de la disparition du Petit Sou, démontre qu'il est un certain point d'horreur morale et faciale qu'un aventurier, même archimillionnaire, ne doit à aucun prix dépasser. J'ai rencontré, dans ma vie, bien des monstres; aucun aussi stupéfiant qu'Edwards, colosse rasé, aux joues flasques et tombées, aux cheveux teints et noirs, à la voix de rogomme stercoraire, à la bouche comme

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