‹ Au temps de JudasChapitre 20 sur 69 · GYP · texte numérisé non relu

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la situation. Ils l'eussent redressée tout à fait, sî Maurras avait été mis à la tête de la défensive nationale, qu'il eût complètement transformée, selon sa méthode, en contre-offensive victorieuse. Que de maux eussent été épargnés au pays !

Parmi les écrivains qui prirent en mains la cause de l'armée et de la France, il serait injuste de ne pas citer ici Mme la comtesse de Martel, qui signe Gyp, et a publié, sous ce nom, avec un succès variable un grand nombre de romans dialogués. Malheureusement le peu de consistance de ces petites machines, renouvelées de la comtesse de Ségur (moins le charme et la simplicité qu'y mettait celle-ci), l'imitation, arbitraire et fatigante, du jargon youddisch, la faiblesse des héros salonnards et héroïnes pseudo-mondaines proposés à notre sympathie admirative, allèrent plutôt contre le but poursuivi. J'ai connu bon nombre d'antidreyfusards authentiques, à commencer par moi, auxquels les marionnettes, monotones et stéréotypées, de l'auteur du Mariage de Chiffon, du Journal d'un casserole et du Grand coup donnèrent de véritables rages de dents et des crises de coliques néphrétiques. Les lecteurs de la Libre parole, où cette personne peu douée pour la satire, encore que très prolixe, écrivait hebdomadairement, se plaignirent avec tant de persistance et de vivacité qu'il fallut renoncer à sa collaboration. Ce fut, chez les abonnés, me dit-on, un soulagement général.

Chaque fois que j'entrais dans le cabinet de Drumont, qui aimait la blague et même y participait de bon cœur, je lui demandais s'il n'était point, par hasard, décidé à reprendre la série du Petit Bob et de la grosse baronne en « Storne » ou en « Leine », à laquelle la très authentique (et authen-toc) petite vicomtesse, au frais minois celtolatin, inflige de si piquantes leçons de maintien. Le vieux maître levait les bras en signe d'épouvante et me priait de ne pas plaisanter « avec ces choses-là ». La polémique n'est décidément pas un ouvrage de dame et les glorieuses exceptions qu'on y connaît, telle Mme Adam, ne font que confirmer la règle.

Par contre, il faut mettre hors de pair les caricatures épiques du journal le Pss'f, que publièrent, au moment le plus chaud de notre grande discorde civile, Forain et Caran d'Ache. Chacun de ces deux étonnants artistes y apporta sa manière et sa verve, qui se complétaient. Forain se chargeait de Reinach, qu'il avait simplifié jusqu'à l'idéogramme, des juges férus de Dreyfus, des politiciens à tête d'animaux et dont il sait rendre même l'odeur, des perspectives de deuil et d'alarme sur la frontière, la loi, l'armée, le drapeau et la nation. Caran d'Ache dessinait des Zola inouïs, satisfaits dans des cabinets qui notaient pas toujours de travail, et s 'essuyant les doigts aux murs. Il dessinait des Picquart corsetés et galants, des Monaco des deux sexes,

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