MADAME ADAM
Mme Adam, à qui la Nouvelle Revue, poursuivie pendant tant d'années, imposait des charges excessives, n'avait plus à sa disposition, vers 1900, que sa petite Parole française à l'Etranger , à l'aide de laquelle elle faisait, il est vrai, des merveilles. De l'autre, Déroulède manquait de jugement et de direction politiques et ne voulait pas s'astreindre à cette critique serrée et imperturbable des textes, que préconisait vainement Maurras. En le voyant éloquent, généreux et brave, mais écervelé, sous son paletot à pèlerine, dans les réunions publiques, ou en habit et assis à table, parmi le bruit de la discussion, je me répétais le mot de Chamfort : « On ne joue pas aux échecs avec un bon cœur. » Or, il s'agissait à ce moment-là, d'une redoutable partie d'échecs, où le sort de toute une jeune génération était engagé.
En effet, veuillez considérer seulement le petit tableau ci-dessous; ça pourrait s'appeler vingt ans après.
1894. Arrestation d'Alfred Dreyfus. Première condamnation.
1899. Deuxième condamnation à Rennes. Dreyfus gracié. 1899. Suppression, par Waldeck-Rousseau, du Bureau des Renseignements.
1904. Ministère André, Affaire des fiches Vadecard- Schimmelpfeng.
1905. Alerte de Tanger.
1906. La cour de Cassation réhabilite Dreyfus en truquant la loi (Art. 445).
1909. Alerte dite de Bosnie-Herzégovine.
1911. Aierte d'Agadir. Le coup de Caillaux. 1914. L'Allemagne déclare la guerre à la France.
Et nunc erudimini...