‹ Au temps de JudasChapitre 32 sur 69 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Quelques silhouettes de juifs : un juif non assimilé, Naquet, un juif assimilé, Catulle Mendès; un juif érudit, Marcel Schwob; un juif messianique, Bernard Lazare; un juif anticlérical, Eugène Mayer; un juif conservateur, Arthur Meyer: un juif collectionneur, Gustave Dreyfus; un juif poète, Eugène Manuel; un juif d'épouvante : Ernest La Jeunesse. — La Revue

Blanche ET LA TRIBU DES NâTANSON. — LÉON BLUM OU LA

Révolution en gants gris perle. — L'attraction de

LA FINANCE JUIVE POUR L* ALLEMAGNE. — Le CLÉRICAL JUIF DANS L'ANTICLÉRICALISME CATHOLIQUE. — La VISION ETHNIQUE ET LA VISION POLITIQUE.

Plébiscitaire ou parlementaire, la démocratie — dont l'essence est, par définition, ploutocratique — est foncièrement le régime de l'étranger. L'Allemagne a exploité chez nous, grâce à ce régime, le ferment de discorde civile qui était dans l'Affaire Dreyfus. Cette discorde civile s'est divisée en deux branches : l'une nationale, l'autre religieuse. Trop de juifs, mus par la passion ethnique, s'y sont délibérément engagés. D'autres ont hésité. D'autres, par calcul ou instinct secret, ont pris le parti de la France. Ces événements sont maintenant assez éloignés —

séparés de nous par le grand fossé de sang de la guerre — pour que nous puissions promener sur eux un regard impartial. Examinons, comme on dit au Palais, les questions d'espèces.

Alfred Naquet, araméen et bossu comme dans les contes orientaux, était un type d'hébreu non assimilé, tel que sorti d'un ghetto du Marais de 1462 dans la rue de la Paix de 1890. Je l'ai vu souvent chez Lockroy, lequel s'appelait en réalité Simon, alors que Jules Simon s'appelait en réalité Suisse. Mais Naquet s'appelait Naquet. Honnête homme dans le privé et demeuré pauvre parmi tant de politiciens enrichis, l'auteur de la loi du divorce promenait avec lui une aura funeste. Sa hideur confinait au maléfice. Il faisait partie de ces pestiférés moraux, à l'aspect desquels on doit dire, en joignant les mains : « Qu'est-ce qui va nous arriver! » Il y avait en lui, très visible, un dilettante de la destruction, de la décomposition, de la putréfaction, un renifleur de fumier, un dégustateur de la douleur et de l'abaissement humain. D'origine carpentrasienne, il avait une pointe d'accent méridional, qui mettait les naïfs en confiance, mais que démentaient un œil luisant d'aimée sadique, un rire comme vomi par l'enfer. Le récit d'une catastrophe, d'une faillite, d'une tare, d'un naufrage, d'un écrasement, d'une dégradation mentale et morale, suscitait, chez Naquet, ce croassement accompagné de gloussements et d'une tré-

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