EUGÈNE MAYER
Ce n'est pas du Ronsard, évidemment. Ce n'est même pas de l'Eugène Manuel. Pourtant, en 1 897, cela correspondait à une tournure d'esprit assez fréquente dans le monde politique. Eugène Mayer mourut, ce qui ne fut pas une grande perte, mais la Providence veillait et, quelques années plus tard, son successeur anticlérical, du nom de Victor Flachon, fut envoyé, condamné et même salé en police correctionnelle, à cause de son goût exagéré pour les très petites filles. Plus elles étaient petites et plus ce Flachon était content. Cela interrompit momentanément la série des « monstres en soutane ». J'ai fait cette remarque qu'une certaine frénésie anti-catholique accompagne fréquemment la perversion ou l'inversion sexuelle. Il y a, à cela, une raison psychologique : la religion catholique, frein intérieur aux débordements et aux anomalies, constitue, pour les vicieux, un obstacle de conscience, qu'ils prennent généralement en haine. L'indifférence en matière de religion est un état parfaitement explicable par l'éducation ou le tour d'esprit. En revanche, la fureur anticléricale est une tare, et qui annonce d'autres tares. Appliquez cette observation autour de vous et vous m'en direz des nouvelles.
J'ai suffisamment parlé, dans mes précédents volumes et au cours de celui-ci, d'Arthur Meyer, directeur du Gaulois, pour n'avoir pas à y revenir longuement. C'est à regret que je franchis
néanmoins ce comique personnage, ce type de bazar d'Orient devenu « arbiter elegantiarum » et champion de la bonne cause. Champion semé de félonies, hâtons-nous de le dire. Le sang de Deutz circule chez cet homme du monde au chignon relevé, avec une sournoiserie bien curieuse et qui fait le régal des amateurs. Il trahit plus volontiers les morts que les vivants. On le vit, après la disparition de notre délicieuse et incomparable amie Mme de Loynes, dont il récompensa l'extrême indulgence par d'affreux racontars et des mensonges d'ofhce. Qui donc disait de Meyer que, même parfumé au patchouli, il fleurait toujours la chambre de la bonne qui n'a pas relevé son judas? Malgré la fréquentation des princesses et des duchesses, notre Arthur est demeuré le petit hébreu sordide, qui collectionne les camouflets et en tire, par la suite, quelque avantage. Sa courtoisie sent le suif du ghetto, et son smoking donne la chair de poule. S'il avait prévu la défaite de l'antidreyfusisme, il ne serait jamais venu dans nos rangs. J'entends encore Lemaître, après l'échec des élections nationalistes de 1902, lui demander en riant : « A quand votre bonsoir messieurs, Meyer? » Ce « bonsoir messieurs » était la pirouette par laquelle ce pantin vaseliné s'était séparé du boulangisme vaincu. Meyer pâlit et tourna les talons.
Quand Alfred Dreyfus, entre sa grâce et sa réhabilitation cassationnelle, voulut passer ina-