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L'AFFAIRE DES FICHES

2° Le gouvernement républicain, fomentant la guerre religieuse, avait besoin de ces mêmes renseignements, afin de savoir sur qui il pouvait compter, et jusqu'à quel point.

3° De la conjonction de ces deux ordres de besoins naquit la vaste enquête menée par le F... Vadécard, secrétaire général du Grand Orient, à l'instigation de ses patrons, et par l'agence de renseignements allemande Schimmelpfeng, sise boulevard Montmartre, à Paris. C'est là ce que Millerand a appelé le régime abject. D'autant plus abject que ce mouchardage y venait à la rescousse de l'espionnage et que la délation y côtoyait la trahison.

En effet, m'occupant, en 1911, des premiers documents qui me servirent à écrire ï Avantguerre, j'appris bientôt un certain nombre de faits qui éclairèrent, à mes yeux, de lueurs singulières, la sombre affaire de 1904. L'agence Schimmelpfeng se tenait en relations constantes avec le Grand Orient, par une série de fonctionnaires, grassement payés, qui lui communiquaient les doubles des fiches de Vadécard, Mollin et Cle. Elle centralisait ces fiches et les expédiait périodiquement, par émissaire spécial, à Berlin, où le grand état-major en faisait le tri et le classement. L'Allemagne tenait donc à jour, grâce aux indications maçonniques, un vaste répertoire de notre corps d'officiers et aussi de la disposition, des emplacements et

déplacements de nos régiments. Les horribles dossiers Corinthe et Carthage, du cabinet d'André, avaient leurs répliques dans la capitale de la Prusse. Nous n'avions que des données gênéraies sur l'armée allemande. Le commandement allemand connaissait, dans le détail, notre armée. Les répertoires Vadecard-Schimmelpfeng ont joué un rôle capital dans la préparation à la guerre d'outre- Rhin.

De cela Syveton avait l'intuition, quand il souffleta le général André, mais il ne possédait pas la preuve. Ce fut aussi, j'en ai la conviction, cette circonstance qui causa sa mort tragique, à la veille d'un procès où l'ennemi héréditaire pouvait s'attendre aux pires révélations.

Les deux plus redoutables préparations de l'avant-guerre allemande en France étaient l'agence Schimmelpfeng et le port de Diélette. La première nous a valu l'affaire Syveton. La seconde a amorcé l'affaire Caillaux. Mais que de détours avant d'en arriver là !

L'aversion que m'ont toujours inspirée les théories et l'attitude de Jaurès à la Chambre a été singulièrement renforcée par la défense que cet esprit faux et bavard intarissable fit, à la tribune, des fiches de délation, qualifiées par lui euphémiquement de « connntrôle civique », Jusqu'alors je le considérais comme une outre « qui de vent se repaît », selon la formule d'Anatole France. Ce jour-là m'apparut le

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