‹ Au temps de JudasChapitre 60 sur 69 · L'AURORE · texte numérisé non relu

L'AURORE

Les listes d'intellectuels que publiait l'Aurore, furent rapidement encombrées d'une multitude de juifs, — naturellement — de métèques, de Suisses, de Scandinaves absolument inconnus et qui faisaient irruption dans cette affaire, exclusivement française et nationale, avec une impudeur inouïe. C'est là qu'on s'aperçut, avec stupeur, du nombre des étrangers installés chez nous et postés, comme par hasard, dans des points que j'appellerai stratégiques, socialement, politiquement, financièrement. Il était à remarquer que n'importe quel thème, proféré par un dreyfusard obscur, mais agissant, était aussitôt repris, à grand orchestre, par tous les copains, alors que la même cohésion n'existait pas chez les nationalistes. Les partisans de Dreyfus étaient constitués en secte, d'une étroite observance, obéissant à une discipline stricte. Les ligueurs de la Patrie Française avaient la supériorité numérique et disposaient, au début, de l'ambiance. Ils se reposèrent trop là-dessus. Ils n'accordèrent pas assez leurs instruments, je veux dire leurs journaux. Que de fois n'est-il pas arrivé, au cours de ces innombrables épisodes d'une lutte de neuf ans (1897-1906) que l'Echo de Paris, organe quasi officiel de la Patrie Française, par la collaboration de Lemaître, fut en contradiction, sur un point capital, avec 7a Libre Parole de Drumont, le Gaulois de Meyer, le Soleil (aux multiples avatars), l'inexpugnable

Gazette de France, où s'exprimait Maurras, l'Intransigeant de Rochefort, la Patrie, etc.. D'un côté, — le mauvais, — cohésion et unité de plan, avec des chefs politiques rompus à la politique d'assemblée, un Clemenceau, un Waldeck, un Ranc. De l'autre, — le bon, — dispersion des efforts et magnifique mépris de la préparation, comme de l'exploitation du succès.

Exemple : Alphonse Bertillon, fondateur et directeur du service anthropométrique, homme de génie, s'il en fut, de conscience droite et de caractère inébranlable, avait conclu, des premiers, à la culpabilité de Dreyfus, par la comparaison de son écriture avec celle du fameux Bordereau, tombé aux mains de notre service de Renseignements. Il avait eu recours, pour ses recherches, à un procédé remarquablement ingénieux, tourné en dérision par les dreyfusards, mais sur lequel aucune critique sérieuse ne parvint jamais à mordre, en dépit des ruses et de la mauvaise foi des magistrats associés aux politiciens. Deux officiers du plus rare mérite, que je connais bien, composèrent, à ce sujet, un rigoureux travail, dit « brochure verte », qui exposait la méthode de Bertillon, d'une façon claire et irréfutable. Il fut décidé — c'est des deux collaborateurs que je tiens ce récit — qu'ils feraient une petite conférence aux chefs de la Patrie Française, afin de les mettre à même de réfuter des mensonges trop flagrants, ou des

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