LE THÉÂTRE. — LES GONFKÈRES DE LA PASSION. REPRÉSENTATIONS DIVERSES
Étant données la rareté, la cherté, au moins relatives, des livres, tous manuscrits au moyen âge, la littérature laïque de cette époque avait été surtout orale, c'est-à-dire qu'elle s'était manifestée par la récitation publique. Son caractère avait été principalement narratif en diverses sortes. Mais cette poésie épique et narrative était, au commencement du quinzième siècle, en pleine décadence. De pauvres chanteurs ambulants, généralement des aveugles, successeurs de ces rapsodes d'autrefois, nommés jongleurs, colportaient encore les anciens récits, rajeunis et altérés, par les villes et les campagnes. Quelquefois même, il arrivait qu'un événement récent fournissait le sujet d'une composition inédite. Le 9 septembre 1421, le receveur général du duc de Bourgogne Philippe le
Bon, inscrivait la note suivante sur son registre r « J'ai payé dix-huit sous parisis à un chanteur en place qui chanta devant Monseigneur, en s'accompagnant de sa vielle, une chanson nouvelle sur la belle bataille gagnée par niondit seigneur contre ses ennemis à Mons-en-Vimeu (1). » Mais, d'une façon générale, cette littérature, sous sa forme ancienne, était de moins en moins goûtée. Les grands seigneurs et les belles dames s'adonnaient maintenant volontiers à la lecture ou à l'audition de romans en prose, calligraphiés sur de luxueux manuscrits enrichis de belles peintures. Les riches bourgeois les imitaient. Lapetite bourgeoisie et les classes populaires trouvèrent un dédommagement à l'affaiblissement croissant de la jouissance intellectuelle, que les récits versifiés et déclamés leur avaient procurée naguère, dans le plaisir du théâtre, qui prit un développement de jour enjour plus considérable, et auquel les hautes classes de la société» elles aussi, participèrent.
Les origines du théâtre, au moyen âge, sont aujourd'hui suffisamment connues (2). Elles remontent jusqu'au neuvième siècle et, du moins pour ce qui concerne le drame sérieux, furentnon seulement religieuses, mais liturgiques. Le onzième et le dou-
(1) Vallet de Viriville, t. I, p. 96, note 1.
(2) iNoiis nous permettons de renvoyer surce pointa notre bref exposé intitulé : Le Draine religieux au moyen âge, dans la collection Science el lieligioti, et k notre volume plus étendu : Origines catholiques du thédlre moderne.
zième siècle virent un progrès notable s'accomplir, aiipoinlde vue dramatique, dans les représentations scolaires,;! l'ombre des abbayes et des cathédrales, qui n'étaient pas seulement alors des centres de prière etde culte, mais aussi d'instruction publique. Dès le douzième siècle, en France, apparut le drame religieux en langue vulgaire, pour la manifestation et le développement duquel clercset laïques s'associèrent. Le treizième et le quatorzième siècle assistèrent à une extension progressive de ce théâtre à la fois clérical et populaire, auquel s'ajouta, sous diverses formes, un théâtre comique. Cette extension et cette popularité étaient en pleine voie de se développer encore dans les premières années du quinzième siècle, et si les désastres et les discordes dont souffrit alors notre pays ralentirent la marche commencée, elles ne l'interrompirent pointcependant. Des représentations sulTisamment fréquentes entretinrent le goûttrèsvif des populationspources spectacles, notamment pour les pièces qu'on appelait mystères et qui avaient, à leurs yeux, le triple mérite d'être à la fois édifiantes, instructives et récréatives.
Les mystères, au temps dont il s'agit, se produisaient surtout au public sous une double forme : représentations spécialement organisées par une association soit préexistante, soit temporairement constituée à cette effet, et représentations faisant partie, à certaines dates, du programme ordinaire de quelqu'une des nombreuses confréries de toute
sorte dont nous avons parlé déjà. Le spectacle se déployait soit en plein air, soit dans un lieu clos. Mais, dans l'un et Tautre cas, était appliqué le système de la mise en scène simultanée, lequel consistait dans la juxtaposition, sousles pieds desacleurs et sous les yeux des spectateurs, de tous le» lieux, figurés (l'une façon sommaire, où devait se dérouler l'action, qui ne connaissait aucune borne, soit dans le temps, soit dans l'espace. Le répert(jire consistaiten |)remierlieu dans l'histoire de lacliute et de la rédemption de l'humanité d'après les saintes Écritures, les traditions et les légendes qu'on y rattachait. Ce vaste cycle comprenait les représentations empruntées à l'Ancien Testament et celles qui dérivaient du Nouveau, c'est-à-dire la IS'ativité, la Passion, la Résurection du Sauveur, la Vengeance de Dieu sur Jérusalem, V Antéchrist et le Jugement de Dieu h\aL un du monde. Une autre série avait pour sujets les vies des saints. Uneautreenlin, plus spéciale, consistait dans la représentation des miracles, obtenus en tout temps par l'intercession de la sainte Vierge en faveur de l'humanité souffrante. Les tableaux pathétiques, mais exposés d'une façon commune et plate, dans une versification facile et surabondante, qu'offrait un tel répertoire, étaient singulièrement mélangés de scènes triviales, calquées sur la vie ordinaire et vulgaire, et aussi de grossièretés naïvement bouffonnes. L'auditoire y recherchait et y goûtait tout à la foisle spectacle des fondements de sa religion et de ses
espérances surnaturelles, et celui de la reproduction T comme dans un miroir, de son existence de tousles jours.
Les confrériesqui, en France, avaient eu déjà unepart considérable dans la naissance du théâtre en langue vulgaire, n'en n'eurent pas moins dans ses développements dudouzième siècle au quinzième et dans la place prépondérante qu'il occupa en ce dernier siècle dans la littérature nationale. Parmi elles, les unes ne cherchaient dans les représentations dramatiques qu'un moyen occasionnel d'édification et de divertissement pour leurs membres, une solennité, une réjouissance déplus, par exemple, pour leur jour d'assemblée annuelle ou pour la fêlede leur saint patron. D'autres, au contraire, soitdès leur origine, soit par une transformation graduée de leur objet primitif, en firent un des points principaux et même le but ca[)ital de leur activité collective. Le 30 mai 1421, Charles VI accorda des lettres d'autorisation à une confrérie fondée dans l'église Saint-Eustache par plusieurs bourgeois de Paris en l'honneur du Saint-Sacrement, de la sainte Vierge et de saint Quentin (1). Or, il résulte du texte de ces lettres que l'origine de cette pieuse association fut la représentation figurée, oîi se complaisaient lesdits bourgeois, des «apôtres, prophètes et autres personnages de saints qui se font ordinairement, le jour dudit Saint-Sacrement, en laproces-
(1) Âiig. Longnon, recueil précité, p. 14.
sion et paroisse dudit Saint-Eustache ». Une s'agit probablement ici que d'une figuration muette. Mais c'est à de véritables représentations dramatiques que se consacrait, dès la fin du quatorzième siècle, au moins une fois par an, une association formée par des bourgeois et habitants de Paris. « Savoir faisons à tous présents et à venir, dit le roi Charles YI, au début des lettres de pardon relatives à un accident survenu pendant l'une de ces représentations, que l'exposé suivant nous a été fait de la part de Guillaume Langlois. Le mardi après les Pâques dernières (1380), aux jeux qui furent faitset disposés en l'honneur et souvenir de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en notre bonne ville de Paris, par aucun des bourgeois et autres bonnes gens d'icelle, ledit exposant fut requis, prié et invité par ceux qui auxdits jeux faisaient les personnages des diables, de se trouver avec eux pour tirer le canon , quand le moment viendrait, afin que leurs personnages fussent mieux joués, selon que l'on a coutume de faire auxdits jeux, tous les ans, à Paris... »
Si l'on adopte la judicieuse interprétation de l'érudit très distingué auquel on doit la mise en lumière du texte précédent(I), il s'agiraitici déjà de la confrérie, depuis devenue si célèbre, «de la Passion et Résurrection de Notre-Seigneur,fondéeenréglise
(l) Antoine Thomas, Le Thécilre à Paris à la fin du quatorzième siècle, dans la Romania, année 1892, pp. 608-610.
de la Trinité à Paris ». L'origine exacte de cette association n'est pas connue encore. On ne saurait donc dire absolument si la culture du drame religieux était comprise dans son objet primitif. Mais il n'est pas douteux qu'elle en était venue ensuite à concentrer tout spécialement sur ce point l'activité de ses membres. C'est ce qui résulte des lettres patentes dont la gratifia, le A décembre liO^, le roi Charles VI, et qui constituent un fait capital dans l'histoire du théâtre en France.
« Charles, etc., à tous présents et à venir. Nous avons reçu l'humble supplication de nos bienaimés confrères, les maîtres et gouverneurs de la Confrérie de la Passion et Résurrection de Notre- Seigneur, fondée eu l'église de la Trinité à Paris, relativement à divers mystères, tant de saints comme de saintes, et principalement au mystère de la Passio7i, dont ils ont dernièrement commencé les préparatifs pour le représenter devant nous, comme ils avaient fait autrefois, mais ils ne les ont pu bonnement continuer parce qu'il ne. nous a pas été possible d'y être alors présent. Or, pour ledit fait et mystère ladite confrérie a eu de grands frais et beaucoup dépensé du sien, et aussi les confrères en leur particulier, chacun proportionnellement. Ils nous exposent donc que, s'ils jouaient publiquement et en commun, ce serait le profit de ladite confrérie ; mais ils ne le pourraient faire bonnement sans notre congé et permission. Ils nous supplient donc d'y vouloir
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gracieusement pourvoir. Nous donc, qui voulons et désirons le bien, profit et utilité de ladite confrérie, et l'accroissement de ses droits et revenus au moyen de nos grâces et privilèges, à cet effet qu'un chacun par dévotion se puisse et doive adjoindre et mettre en leur compagnie; nous avons auxdits maîtres, gouverneurs et confrères de ladite Confrérie de la Passion de Notre-Seigneur donné et octroyé, donnons et octroyons de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, cette fois pour (outes et pour toujours perpéluellement, par la teneur de ces présentes lettres, autorisation, congé et permission de faire et jouer quelque mystère que ce soit, soit de de ladite Passion et llésurreclion, soit autre quelconque tant de saints comme de saintes, qu'ils voudront choisir et représenter, toutes et autant de fois qu'il leur plaira, soit devant nous, soit devant notre commun peuple ou ailleurs, en forme de répiHitions ou autrement; permission aussi de se convoquer, réunir et assembler en n'importe quel lieu et place convenable pour ce faire qu'ils pourront trouver, tant dans notre ville de Paris, comme dans la prévôté, vicomte et banlieued'icelle, en présence de trois, deux ou même un seul de nos officiers choisis par eux, sans être pour cela réputés commettre aucune offense envers nous et notre justice. Nous voulons encore que lesdils maîtres, gouverneurs et confrères, et chacun deux, pendant les jours auxquels se fera le mystère
qu'ils représenteront, soit devant nous, soit ailleurs, en répétition comme autrement, puissent aller, venir, passer et repasser paisiblement, vêtus, habillés et disposés comme le cas le demande pour chacun d'eux, selon l'organisation dudit mystère, sans trouble ni empêchement. Et pour plus grande confirmation et sûreté, de notre plus abondante grâce, nous avons mis lesdits confrères, gouverneurs et maîtres sous notre protection et sauvegarde, durant la répétition desdits jeux et tant qu'ils joueront seulement, de façon que tous et chacun n'éprouvent aucun préjudice à cette occasion, nonobstant toute disposition contraire. Si donnons en mandement au prévôt de Paris et à tous nos autres justiciers et officiers, présents et à venir, ou à leurs lieutenants, et à chacun d'eux, selon qu'il appartiendra, qu'ils lassent, souffrent et laissent lesdits maîtres, gouverneurs et confrères, et chacun d'eux, jouir et user pleinement et paisiblement de notre présente grâce, congé, licence, don et octroi, sans les molester, leur faire ni souffrir empêchement, maintenant ni au temps à venir, nonobstant toute disposition contraire. Et pour ce que soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre sceau à ces lettres : sauf en autres choses notre droit et celui d'autrui en toutes. Ce fut fait et donné à Paris, en notre hôtel près de Saint-Paul, au mois de décembre, l'an de grâce 1402, et de notre règne le vingt-troisième. >> Et au dos des
lettres on trouve écrit : « Le lundi deuxième jour de mars, Tan 1 40-2 ( 1 403 nouveau style), Jean A.ubery , Jean Dupin et Pierre d'Oisemont, maîtres de la confrérie, présentèrent ces lettres au lieutenant du prévôt, lequel octroya que lesdits maîtres et confrères se pussent désormais assembler librement pour le fait de la confrérie et le fait des jeux, et commit pour y assister avec eux en la présente année, Jean le Pillent, sergent de la douzaine, et Jean de Savenal, sergent à verge, c'est-à-dire l'un deux, ou le premier autre sergent de la douzaine ou à verge du Châtelet (1). »
Le clerc de chancellerie qui a rédigé ces lettres semble s'être inspiré d'assez près des sentiments personnels du roi Charles YL On sent, pour ainsi dire, dans leur teneur l'effusion de la bonne volonté du pauvre monarque à l'égard d'une confrérie, qui contribuait aux distractions que réclamait son triste état de santé, et à laquelle peut-être il avait fait l'honneur de son affiliation royale. Cette même teneur nous montre que les confrères donnaient de temps à autre des représentations soit privées, soitpubliques et en plein air. Maisilsmirent bientôt à profit d'une façon plus solide et plus continuelle l'autorisation officielle dont ils étaient désormais pourvus. Le siège de la confrérie était à l'église de la Trinité, rue Saint-Denis. Or, à cette
(1) Ce texte est emprunté à Petit 'de Julleville, Les Mijslères, t, I, pp. 417-8. — Il v;i sans dire que nous en avons rajeuni la langue.
église aliénait un hôpilal, du même nom, primilivement destiné à donner asile aux pauvres voyageurs arrivés trop tard pour pénétrer dans l'enceinte de la ville, située au delà. Les religieux prémontrés de l'abbaye d'Hermières-en-Brie étaient devenus propriétaires de cet hôpilal, qui peu à peu ne servit plus à grand'chose. Ils consentirent donc volontiers à louer aux confrères de la Passion la grande salle du rez-de-chaussée, que ceux-ci transformèrent en salle de spectacle, et où ils fondèrent ainsi le premire théâtre permanent, duquel est issue, par une filiation quelque peu contournée, mais ininterrompue, notre Comédie- Française actuelle. Les représentations régulièrement payantes qui furent données en ce théâtre clos, n'eurent lieu d"abord sans doute qu'à certains jours choisis. Puis, dans la suite du temps, la salle de la Trinité s'ouvrit tous les dimanches aux Parisiens avides de celle édifiante récréation. Les Confrères de la Passion n'étaient pas d'ailleurs, au temps où nous sommes, la seule association qui cultivât le genre dramatique avec une certaine assiduité. C'est à une société analogue (du moins nous sommes porté aie croire), fondée et perpétuée sous les auspices de la puissante abbaye de Sainte -Geneviève, qui avait à Paris son territoire et sa juridiction spéciale, qu'appartenait le répertoire, composé de onze mystères, contenu dans un manuscrit de ce même temps. En voici la liste dans l'ordre de leur transcription :
1" La yadvité de Notre-Seigneur. 2" Les Trois Rois. 3° La Résurrection de .\olre-Seigneur. A" Saint Fiacre. o° La Passion de Notre-Seigneur. 6" Le Martyre de saint Etienne. 1° La Conversion de saint PauL 8" La Conversion de saint Denis. 9° Saint Pierre et saint PauL 10° Le Martyre de saint Denis. 11° Les Miracles de sainte Geneviève. Nous aurions pu encore, à cette époque, fréquenter, moyennant quelque bienveillant introducteur, une autre association parisienne, d'un caractère académique et littéraire, qui siégeait dans le quartier des halles. Elle consacrait, depuis les premières années du quatorzième siècle tout au moins, une notable partie de ses talents et de ses ressources à la composition et à la représentation de pièces dramatiques, appartenant au genre spécial, déjà mentionné ci-dessus, des Miracles de Notre-Dame par personnages. Dans les premières années du quinzième siècle, elle fit transcrire son répertoire en deux beaux manuscrits ornés de peintures, qui sont venus jusqu'à nous. Ces compositions, pour la forme, ont un caractère d'art, un art à la fois barbare et raffiné. Pour le fond, dans celles surtout où lintervention miraculeuse de la sainte Vierge est plutôt surajoutée qu'essentielle au sujet et à l'action dramatique, ces pièces offrent un aspect très semblable à celui des mélodrames de notre temps. Toutefois, les auteurs et les spectateurs du quatorzième et du quinzième siècle s'inquiètent encore moins que ceux de nos
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jours de la vraisemblance ou de rinvraiseinblance de la donnée, empruntéeàdesrécitsantérieurs,soaventultra-légendaires. Il suffît aux dramaturges d'en tirer pour leur scène des aventures qui étonnent, des situations qui émeuvent, des tableaux qui intéressent ou qui amusent. V anachronisme, habituel alors, fait à tout instant de ces scènes et de ces images, à quelque temps que, d'après le sujet, elles appartiennent, des peintures naïves des idées, des institutions, des mœurs de la période du moyen âge où elles furent exposées sur le théâtre. Ainsi, dans le « miracle de l'enfant ressuscité », nous voyons paraître devant nous un bailli seigneurial que le vide croissant de son prétoire et de sa bourse désespèrent. Il se plaint de n'avoir plus de causes à juger et partant plus d'amendes à recueillir. « Mes amendes, dit-il à l'un de ses sergents (i), sont dépensées à la taverne et sonnent dans vos bourses. »
Quand de quelqu'un êtes saisis Qui a connnis quelque méfait, Je sais trop bien comment on fait; Avant que j'en aie connaissance, 11 vous emplit de vin la panse, Et vous est la bourse fourrée.
Ainsi l'amende est recelée, Et point n'en ai.
M) Nous empruntons, ici et pins loin, avec quelques légères modifications, les analyses et les ingénieux rajeunissements donnés par M. Léon Clédat, dans son volume intitulé : Le Théâtre au moyen âge.
LE SERGHNT
Seigneur, par mon âme, je fais Bon serment que jamais encore, Depuis que suis votre sergent.
Ce que vous dites ne madvint Ni de lavoir fait me souvient.
Je vous en crois bien, ami cher; Assurément vous n'êtes point Pareil aux autres. N'en dis plus.
Écuute-moi, par cette ville Va-t-en tout doucement cherchant Un petit homme de corps grand Qu'on appelle Lupin Coquet :
Il a deux bons yeux, mais borgne est.
Quand trouvé l'auras, fais en sorte Qu'ici même tu me l'amènes Ou mort ou vif.
Le sergent, qui est un naïf, s'en va à la recherche de Lupin Coquet. C'est alors qu'il entend des cris et pénètre dans la maison où s'est commis un infanticide. Il s'enquiert de ce qui s'est passé, puis il va quérir le bailli, qui met la mère en état d'arrestation et saisit ses biens.
La façon dont le légendaire Kobert le Diable, dans le miracle qui porte son nom, met au pillage les campagnes normandes nous offre une scène comme il s'en passait, pour ainsi dire, tous les jours durant l'horrible guerre de Cent ans. Avec ses compagnons, aux noms significatifs, Brise-
Godet, Rigolet, Boute-en-Courroie, Lambin, Robert parcourt la contrée. On arrive à la demeure d'un riche paysan. Robert frappe à la porte :
Qui dort céans ?