‹ Au temps de Louis XIIIChapitre 13 sur 46 · Phrase inintelligible · texte numérisé non relu

Phrase inintelligible

tait dans une poche de sa culotte. Le prêtre fit une bénédiction. Le lendemain il alla dire la messe sur ce sang en l'église de la Madeleine, plaçant le parchemin dans le missel, soigneusement. L'elTet du tout devait être admirable. Michel pourrait aller à Nantes et en revenir en un jour. Un sourire ironique ayant plissé les lèvres des juges, le menuisier se fâcha et se levant avec vivacité, prit sur la table les Henrici Cornelii Agripjjœ Opéra, au tome I", chercha rudement de son gros doigt qu'il mouillait de la langue, une page, et s'arrètant aux Elementa magica Pétri de Ahano, feuillet 472, montra avec autorité une ligne où étaient écrits : Spiritus aeris diei Jovis suhjiciuniur Austro. Eorum nalura est ad ferre vel au ferre damna. Il expliqua, sans s'embarrasser des autres détails inutiles, que ad ferre vel au ferre signifiaient « porter » et « rapporter » et que c'était là le geste qu'un esprit de la planète de Jupiter accomplirait en lui faisant gagner Nantes à travers les airs promptement, et en le remettant le soir même à son logis, au retour.

M. Gaulmin ne s'arrêta point à cette bagatelle. Il aima mieux disputer sur l'invocation latine. Pour lui, à n'en pas douter, Hos aimas pjnnceps Joannis étaient pour Fortis populus, fortis prin-

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ceps, sj)h'ituu)n Jovis^; et Joannis voulait désigner la troupe des esprits de Ju|>itcrque le menuisier s'avisait d'invoquer. Jean Michel continua à ne rien comprendre.

Ayant avoué ici qu'il était lég-èrement altéré, on lui apporta une bouteille. Il but un grand coup de vin, s'assit et reprit.

Etant chez Lavigne, dans sa boutique, il avait demandé un poulet blanc, on le lui avait donné. Il avait administré à la bestiole neuf grains de sel, juste, après quoi il avait dit une oraison : In nomine domini Jésus Christ i, Elizaheth pepeiit Joannes, Anna peperit Mariœ^ Maria pcperit Christus; Christus te vocal, Jésus te appellat; Lazare veni foras. Deus avultionum liberet te per assicmptionem virginis Mariœ, etc. C'était un peu long. Cela se terminait : jser hos si diabolus te retinet, Deus te liberet. Puis il donna avec force de la tête du poulet sur la table. Le poulet trépassé, Michel l'avait jeté par terre et l'avait fait porter ensuite à Neufhuis.

M. Gaulmin argumenta sur le texte de l'oraison. Il s'inquiétait de ne pas voir les mots Joannes,

1. L'inintelligibililé des phrases latines dites par le magicien ou son juge doivent provenir en partie de l'insuffisance des greffiers du procès qui ont mal entendu ou mal transcrit ce (lui se disait devant eux.

Marix, Christus, à l'accusatif comme le voulait le rudiment et questionna pour savoir si dans cette incorrection ne se cachait pas quelque intention maligne. Le menuisier assura qu'il n'en était rien et que les mots figuraient ainsi au bas d'un livre écrit à la main où il les avait pris.

Alors M. Gaulmin s'éleva avec vitupérance contre l'inconvenance de tels discours'. Certes ces

1. Sur la façon très sérieuse dont les contemporains de M. Gaulmin considèrent les cas analogues à celui dont s'occupe ici le lieutenant criminel de Moulins, voir l'épître au chancelier en tête du livre de P. de Lancre, Tableau de l'inconstance des mauvais anges. Pierre de Lancre est un magistrat de la même école que M. Gaulmin. Un conseiller au Parlement de Dôle, Jean Grivel, recueillit les décisions judiciaires relatives aux sorciers en déclarant qu'il n'y avait rien d'impossible dans les faits révélés par ceux-ci (Decisiones celeberrimi sequanorum senatus Dolani. Anvers, 1663, in-fol. decisio XXXIII, pp. 100-106). Les procès de sorcellerie ont été très nombreux dans la première moitié du xvn" siècle (Fréd. Delacroix, Les procès de sorcellerie au XVIl" sièele. Paris, 1894, in-12, pp. 1-72). Jean Filesac comptait les magiciens par milliers de son temps {De Idolatriû magicà dissertatio. Paris, 1609, in-8°). C'est à peine si quelques voix, d'ailleurs peu écoutées, s'élevaient pour mettre en doute l'existence réelle des faits de sorcellerie. Montaigne avait hasardé qu'il fallait donner aux sorciers, <• en conscience, plutôt de l'ellébore que de la ciguë » {Essais, liv. 111, chap. xi, Des boiteux). Jean Wier ou Woyer dans son De demonum prœstigiis et incanlationibus (Bàle, loo6, in-8°), traitant les magistrats de « bourreaux », avait dit « qu'il y avait moins de sorciers que ne pensait le monde, mais force malades et insensés lesquels il était urgent non de tourmenter, mais de guérir ». 11 manqua être brûlé. L'exemple de Pigray, médecin de Henri III, sauvant quatorze sorciers condamnés à mort sous prétexte que, ■< pauvres gens stupides et dépravés de leur imagination », il était préféi'able de les purger que de les détruire, n'avait pas été suivi (Pierre Pigray, Epilome des préceptes de ynédecine et de chirurgie. Rouen, 1634, in-8", liv. III, chap. x). La réaction

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paroles étaient saintes et les oraisons dévotes, mais lorsqu'on les applique, de même que les jeûnes, les abstinences, les messes et autres actions pieuses, à des choses vaines, elles accusent, parce que l'intention des sorciers et magiciens est de les offrir aux démons lesquels veulent être honorés des mêmes honneurs que Dieu, soit pour cacher leurs fautes, soit pour tromper les simples. Michel ne parut pas accablé et répondit un détail à côté.

Le tribunal voulut savoir si l'accusé n'avait point à se reprocher des cas d'envoûtements, s'il n'avait point fait de figures et images de cire magiques dans lesquelles, par fumigations, enchantements, noms barbares et inconnus de malins esprits qu'on donne, on enferme des anges privés qui font aimer ou haïr les gens entre eux. Le lieutenant criminel insista pour connaître si le prévenu ne pensait pas que les figures en question agissaient en vertu d'une similitude avec les figures célestes correspondantes et si les sceaux

véritable commencera à la fin du xvii° siècle. — (Voir : Malebranche, De la recherche de la vérité (Paris, 1674, in-12, 1, 300), qui demande à ce qu'on traite les sorciers simplement comme des fous; — UAvis aux criminalistes sur les abus qui se glissent dans les procès de sorcellerie (Lyon, G. Prost, 1C60, in-S"); — J. d'Autun, L'incrédulité savante et la crédulité ignorante au sujet des magiciens et des sorciers (Lyon, 1671, in-4°).

magiques de Raphaël, de Salomon, de Machabée, de Gristolin n'étaient point supposés.

Jean Michel nia. Il dit qu'une fille vint le trouver pour lui demander de la faire aimer d'un jeune homme qui lui plaisait. Il avait accompli quelques petits rites, mais en réalité il s'était moqué d'elle.

Le juge fit remarquer avec précaution que cependant il avait été prouvé au procès le contraire ou approchant. L'accusé aurait ramené la bonne intelligence entre hommes et femmes qui se haïssaient de mortelle mort.

Michel, se rappelant, dit qu'en effet une fois il avait reconnu que la femme de la Grève avait haine contre son mari d'un charme dont l'avait maléficiée le nommé Laurent Gouillard. L'esprit contenu dans la fiole de la poche lui avait révélé que le charme en question se trouvait sur une armoire, enfermé en une cheville de bois de cyprès. Il prévint la femme qui brûla la cheville, et depuis le ménage marcha bien et même eut un enfant.

Une autre fois il guérit le greffier Loyon, à la prière du nommé Petaut, d'un ensorcellement que lui avait jeté une femme proche de l'hôpital.

Alors on discourut des ensorcellements.

Jean Michel expliqua avec complaisance qu'on

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