LE MAGICIEN JEAN MICHEL BHULK VIF
pelait au choix : Bocl, Caphiel, Micheraloun ou Saeniel.
M. Gaulmin sursauta. Mais ce nom de Boel, s'ccria-t-il, signifiait en langue hébraïque : « la venue de Dieu » ; c'était une infâme idolâtrie que de donner cette appellation à un démon ! Puis il s'engagea dans un subtil développement, très obscur, où l'on perçut les mots « d'addition LX », de « Maratâ, duquel nom use Saint-Paul », de « Dens venit qui est une forme d'anathème et d'excommunication », des « vingt-huit 'mentions de la nuit tirées des livres juifs, chaldéens et arabes ». Désespéré de comprendre, Michel s'affaissa en n'écoutant plus.
Quand le juge eut fini, l'accusé reprit. Tout le soin qu'exigeait la fiole était qu'une ou deux fois par an on la fumigeàt. On prenait une chaufTeretle, on jetait sur le feu de la « semence de baleine » et on passait la bouteille sur la fumée pour la parfumer, en lui disant : « Je te parfume en vertu de ce que tu m'as été donnée ». A vrai dire, une fois par an suffisait. Par précaution, crainte d'oublier, Michel y procédait à deux reprises.
Pour ce qui était des révélations, voici comment on interpellait l'esprit : on lui disait : « En vertu de ce que tu m'as été donné, révèle-moi ce qui est
de telle chose ». Il faudrait, ajouta Michel, « une main de papier » pour mettre par écrit tout ce que lui avait révélé l'esprit. L'esprit ne mentait jamais. Il était bien informé. Ainsi dans le temps où le curé de Saint-Bonnet avait un procès pendant en appel au Parlement de Paris, le jour même du jugement, ledit Boel — Michel désignait familièrement son esprit de la sorte — l'avait averti que le procès était perdu. Le menuisier avait aussitôt engagé le curé à transiger avant l'arrivée de la nouvelle qui était vraie.
M. le lieutenant criminel, poursuivit-il, avait fait erreur en demandant de quel nom ou de quel élément était cet esprit; il fallait dire : « de quelle région »; et cette région était « Urien, vapeur de la région d'orient », où il était roi. M. Gaulmin interrompit pour dire que c'était encore une hérésie de croire qu'un démon pût être roi d'orient ou d'occident, toutes créatures appartenant, jure doinini, à celui qui les avait créées'.
1. « Et nous a interrogé, dit le juge (ms. fr. 19574, fol. 42 v°), en combien de parties nous distinguions la terre. Lui avons répondu que les plus anciens l'ont distinguée en deux, en l'Europe et l'Asie; du depuis y ajoutèrent une troisième partie, savoir la Lybie ou l'Afrique, ainsi que nous la nommons maintenant. On y a ajouté une quatrième partie qui est l'Amérique. Que d'autres Espagnols y ajoutent encore Terre del fiego, la Terre du feu, et terre Astrali, incognita pour partie; mais que la commune est celle de quatre. — A dit
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Venant à la question des nouveautés curieuses montrées par l'esprit, Michel avoua en avoir vu d'inconnues et d'insoupçonnées, telles que fruits bizarres, qu'il nomma zinzoUes. Il n'écouta pas l'objection que lui fît le juge que les démons pouvaient mouvoir des organes existants, mais non point imaginer d'espèce inouïe. Il cita ensuite des ouvrages de cire, que l'esprit lui suggérait; notamment des oiseaux de cette substance qu'il façonnait si excellemment qu'il en était étonné luimême. Il en avait gardé les moules. M. Gaulmin tint absolument à savoir si ces formes, belles à voir, lui étaient données par modèles visibles, ou suggérées par « une interlocution à son cerveau ». Il fut content d'apiM^endrc que c'était de ce second moyen'.
Mais alors, opina le juge, Michel ne voyait-il pas en songe tout ce qu'il voulait? Michel n'aperçut
qu'en magie il y en a sept, aussi bien que sept planètes; qu'outre orient et raidi, il y a une partie nommée Megaim, entre midi et occident, une autre nommée Fregida, entre occident et septentrion; une autre nommée Fagamma. — Enquis que signifient ces mots, a dit ne le savoir. »
1. ■< Le diable, dit J. de Nynauld {de la Li/canlhropie, Iransfonnations et e.rlase dei sorciers. Paris, Millot, KM.'i, in-S". j). 11), fait telles illusions en deux principales manières : la première est en se glissant à cachette dedans la fantaisie des hommes pour esraouvoir les humeurs et troubler les sens, faisant voir des choses étranges non qu'à la vérité elles soient telles, car il ne peut aucunement changer la nature des choses contre l'habileté naturelle que le créateur leur a départie, etc. »
pas l'ironie et répondit ingénument que « quelquefois et quand il vouloit, il voyoit ce qu'il désiroit pourveu qu'il l'eût premièrement dit à l'esprit ».
Sur ce, M. Gaulmin laissant là les questions supranaturelles, aborda avec vivacité un sujet plus criminel.
Ah! dit-il, cet esprit ne vivait que de parfum! Bon vivant, il ne voulait que le bien du pauvre monde. Eh bien, pourquoi l'accusé faisait-il porter de l'argent par ceux qui demandaient à être guéris, à minuit, sur la croix du cimetière, argent qu'on ne revoyait plus le lendemain?
Michel se défendit. D'abord il n'avait jamais demandé plus de neuf carolus, en bonnes espèces, il est vrai; en plein jour, ensuite, et non à l'heure de minuit. Il est réel qu'il allait quérir ces carolus, et faisait bonne chère avec. Mais il avait trompé peu de gens, qu'il guérissait pour la peine, tout au plus la femme de Pierre Noireau, de Ghambon, laquelle était folle « de son entendement », la femme du nommé Baron, métayer de Dumagnant; un homme de la métairie de Harel, quelques autres encore.
Oui, et l'argent de feu son beau-père Menant,