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qui élait caché, re[)ril. le lieutenant criminel; le prévenu n'avail-il {)oiiit usé de son esprit pour le retrouver et en frustrer ses beaux-frères*? Michel s'expliqua. C'était vrai, il avait invoqué l'esprit de la fiole à ce propos, mais devant le nommé Belin et feu Jean Menant son beau-frère. Et même que l'esprit avait pris dans la fiole l'éclat d'une chandelle ce qui effraya tellement ces deux témoins qu'ils s'enfuirent. L'argent, au dire de l'esprit, était sous le degré, dans un pot à beurre, plein d'un quart d'écus, et dans un petit pot plombé, plein d'or, qui se trouvait au milieu de quinze ou seize charretées de briques. On devait rencontrer en outre plus de deux cents écus enterrés dans le comptoir, sous une faîtière. Or ce furent ledit Jean Menant, Pierre Menant, son oncle, et Jean Ferronnet, qui allèrent relever le tout; à telle preuve qu'ils l'emportèrent dans le jardin du château où ils demeuraient. Lui, Michel, n'avait rien touché. Il avait du mérite. Car enfin il avait le moyen de mettre la main sur beaucoup d'écus et il n'en usait pas. Cependant les arts magiques coûtaient cher. Il fallait être riche pour s'y adonner. On y
1. « Enquis s'il n'est pas vrai qu'ayant fait un cerne à la Montière et ayant invoqué des esprits pour savoir l'argent qu'avoit laissé son beau-père, il en fit venir et lui enseignèrent et trouvèrent l'argent » (Procès, nouv. acq. fr., 1997, fol. 24j.
passait beaucoup de temps d'abord ; les fumigations étaient dispendieuses ; rien ne coûtait enfln comme d'avoir un prêtre pour vous aider. Or un prêtre était indispensable, les esprits invoqués par lui avouant plus librement. Les esprits aimaient les hommes dévotieux et gens de bien.
M. Gaulmin releva qu'en effet l'accusé était convaincu d'avoir fait dire des messes à Messire Dabert, prêtre, et à d'autres. Il lui demanda seulement s'il n'avait pas fait écrire des lettres ou des caractères de sang sur l'hostie ; s'il n'avait point usé des saintes huiles; s'il ne s'était point vanté de pouvoir en avoir quand il voudrait pour inciter à aimer ou haïr des honnêtes gens entre eux, par l'office détestable des démons, procédé tout dégoûtant qui, bien que la volonté ne fût pas contrainte, rendait l'imagination trouble et le corps enflammé? Jean Michel nia^
1. Le juge demanda pourquoi les prêtres étaient nécessaires aux sorciers. Jean Michel répondit : « A cause de la loi Scriptum clirismas baptismae » {Ibid., fol. 40). Sur cette intervention du clergé dans les œuvres de sorcellerie, voyez le P. Esprit de Bos-Roger : La piété affligée ou discours historique et t/iéologique de la possession des relir/ieuses dites de Sainte-Elisabeth de Louviers. Rouen, BouUenger, 1652, in-4°. Aussi le cardinal de Berulle soutenait que l'Eglise avait seule le droit de juger les gens en relation avec les démons (consulter son opuscule publié sous le pseudonyme de Léon d'Alexis : Traité des énergumènes, suivi d'un Discours de la possession de Marthe Brossier. Troyes, 1599, in-8"). L'inquisiteur Desloix réclamera le
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Pourtant, riposta le juge, l'emploi du chrême et des saintes huiles ne faisait point doute. C'était vrai, fît le menuisier; il fallait en être oint au milieu du front et aux deux tempes pour se garer des esprits. A la vérité, comme aussitôt le remarqua M. Gaulmin, le sceau de Salomon, dont il avait déjà parlé, remplissait ledit office. Mais c'est que le sceau de Salomon en était oint luimême.
Le sujet des messes et des huiles saintes amena à la question brûlante de la religion du prisonnier. Où en était Michel avec la Sainte Église catholique, apostolique et romaine? Jean contesta, malgré l'afOrmation contraire du tribunal, qu'il eût fait abnégation de sa foi, renié sacrements, bonnes œuvres et inspirations dévotes : on le pressa, on lui expliqua qu'il ne pouvait se servir de son esprit diabolique sans avoir fait pacte avec lui, ce qui entraine ce reniements 11 plaida. Mais un peu ému, il bredouilla, et grâce à d'insidieuses interrogations il finit, dans le trouble qui le tourmême droit en 1628 dans son Spéculum inquisitionis bisuntinœ (DôIe, A. Binarl, in-8°, p. 486).
1. Pierre de Lancre énumère dans son Tableau de l'inconstance des mauvais anges et démons (p. 174-184), les divers pactes qu'on peut faire avec le diable, « pacte exprès » ou « pacte tacite ».
mentait, par dévoiler deux choses graves' : premièrement : qu'il avait prêté un serment à l'esprit de la fiole, que ce serment n'était ni plus ni moins que celui de renoncer à Dieu, à ses honneurs, à ses salutaires inspirations et aux prières de tous les saints; secondement qu'il n'avait point rompu sa fiole, comme il l'avait faussement avancé, mais qu'il l'avait vendue.
Il y eut un silence froid parmi les juges.
Michel jura qu'il avait retiré ce serment; il l'avait retiré par-devant celui auquel il avait vendu la fiole, un individu habillé de satin gris, logeant à Saint-Jacques, natif de près Paris, et devant s'appeler quelque chose comme Macyblau, ou approchant; il y avait de cela trois semaines; la bouteille avait été donnée contre vingt écus, avec la charge des fumigations voulues. Oui, cela était vrai. « Et il prioit Dieu que la haute justice pût tomber sur lui s'il ne disoit pas la vérité. » Ce fut une dure chose que cette vente de la bouteille. L'esprit s'irrita, imprima une marque à Michel; de colère, le tourmenta cinq jours durant si violem-
1. Henri Boguet recommande au juge de bien observer « la contenance que l'accusé tient en respondant et mesme s'il ne jette point de larmes, s'il regarde contre terre, s'il barbotte à part soi, s'il use de blasphèmes et imprécations; pour ce que toutes ces choses servent d'indices et présomptions contre lui » {Introduction pour un juge e?ifaii de sorcellerie, art. XVII, p. 6).