‹ Au temps de Louis XIIIChapitre 21 sur 46 · Pierre de Lancre parlant de ces transports de sorciers · texte numérisé non relu

Pierre de Lancre parlant de ces transports de sorciers

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transporte les sorciers réellement et corporellement. Et parla ' 1 ne faut mesuy plus disputer ni hésiter là-dessus On

P.i! T . D '*^?'"^-'''7«^ de la l>é>nonomame des sorciers (Pans, J. du Puys, 1580, in-S"), livre qui eut un grand succîs et beaucoup d'éditions. s>nt-ces

Il assura que lorsque les démons vous portent on ne se sent ni chaleur, ni froidure; que les magiciens du second traité sont élevés jusqu'à cent cinquante coudées; mais que ceux qui sont du haut traité des vingt-six chefs des planètes, oh! ceux-là se peuvent faire monter jusqu'au ciel de Vénus, lequel, alors, devient tempéré à leur égard. Les dilTérences des vitesses sont analogues. Ceux du haut traité font cent lieues en un quart d'heure, ceux du petit vingt-quatre en deux heures. Les uns elles autres ne se peuvent arrêter réciproquement dans les airs, que s'ils sont du même traité ; s'ils agissaient autrement ils seraient bâtonnés en leurs assemblées ^

Voyant l'œil du juge fixé par l'intérêt, le prévenu poursuivit que les menus démons terrestres qui peuvent hausser les sorciers jusqu'aux grêles et aux orages, pour plus de commodité, les rendent invisibles. Ici M. Gaulmin l'arrêta, objectant que les démons n'opèrent que par un mouvement local, par l'altération ou par la délusion et ne peuvent point produire de forme substantielle ou accidentelle; car la nature des choses corporelles

1. Pierre de Lancre {op. cit., p. 75-105) discute longuement la question de savoir si les sorciers ont besoin, pour être transportés, de s'oindre de graisse ou d'onguent.

LE MACICIEN JEAN MICHEL lîUULE VIE. J83

est lello quo celles-ci ne peuvent être altérées immédiatement par un sujet sans corps, les formes devant être tirées de la puissance corporelle. Michel ne s'embarrassa pas de si peu. Pour lui, les sorciers avaient toute faculté de se transformer en loups et en chiens, les démons de se couvrir de peaux d'animaux quelconques '. L'article principal était de ne pas paraître éblouissant aux yeux.

Le tribunal ne voulut pas insister autrement sur ces problèmes obscurs. Un mot avait fixé son attention à l'égard d'un point subsidiaire : l'accusé avait parlé d'assemblée des sorciers. Les juges manifestèrent l'intention d'avoir des lueurs sur ce détail.

Michel dénia. Pris de franchise vive il ajouta, s'adressant à M. Gaulmin : « Monsieur, voulezvous que je vous dise entièrement la vérité? » Tout le monde écouta. Il dit simplement que les assemblées g'énérales se tenaient de huit en huit ans, qu'on y parlait à l'oreille d'un démon paraissant haut de sept pieds et quelques pouces, qu'on lui demandait ce qu'on désirait; que les sorciers

1. Les animaux dont le démon semble affectionner la forme, d'après l'imagination populaire des contemporains, sont : la grosse mouche, le rat blanc, le chat, le lièvre et surtout le bouc (F. Delacroix, les Procès de sorcellerie au XVW siècle, pp. 77-78).

n'y allaient point, mais bien tous les magiciens. Il y eut une assemblée en Bourgogne oii il alla; ce fut la seule. On y buvait et on y mangeait son saoul. C'était gai. Lui, n'avait pas mangé; il était allé demander le pouvoir de guérir les maladies. Sa pensée était pure. La réunion finie, les assistants prenaient congé et étaient transportés dans leur demeure. Ceci s'était passé en l'an 1614, la veille de ISoël, jour ordinaire de ces assemblées. Michel consentit à assurer que s'il avait eu encore sa fiole, il fût allé à la prochaine. Car on n'élait pas contraint d'y aller. Cependant les esprits pouvaient vous y obliger*.

Ainsi son propre esprit était en mesure de forcer un sorcier à venir voir celui auquel ledit sorcier avait donné du mal. C'était simple. Le sorcier était rendu imbécile des sens et il allait. Témoin cerlain individu dont le menuisier ne voulait point dire le nom pour ne pas lui faire tort, qui avait ensorcelé le nommé Simon, couvreur, auquel il avait vendu du bois de chêne. Michel le contraignit à aller voir sa victime.

1. Sur ces sabbats au xvii" siècle, voir F. Delacroix (op. cit., pp. 20U-235) qui donne un programme de réunion de sorciers (p. 214). Les théories de IMichelet sur la question {Ln sorcière, Calmann-Lévy, 1878, in-i6, pp. 143 et suiv.), sont un peu imaginatives.

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