LE MAGICIEN JEAN MICHEL HHULE VIF
Le procès lirait à sa fin. Les juges se consultaient entre eux, causant à voix basse. Il était visible à cjuelques gestes affirmatifs et entendus qu'ils échangeaient, que leur opinion paraissait à point. Leur air remplissait Jean Michel d'une froide angoisse. Ils avaient agi consciencieusement, sans trouble \ Ce n'était point en une, mais en six séances qu'ils avaient taché d'éclairer leur religion ; les deux premières le même jour, 20 juin, à l'audience du matin et à celle de l'aprèsmidi. Vu la gravité du cas, le besoin de se préparer dans des livres doctes traitant de magie ou de théologie, M. Gaulmin avait espacé les autres audiences lesquelles s'étaient tenues les 22, 24 et 27 juin, la relevée seulement. Aux deux dernières on avait confronté les témoins. La cause était accablante pour Jean Michel qui se débattait avec une grande inquiétude.
1. « Les juges — examinant un cas de sorcellerie, — dit B. de la Roche-Flavin {T)'eize livres du Parlement de France. Genève, M. Berjon, l(iL>l, in-i", p. G92), doivent bien peser que Pieu les maintient sous sa protection non seulement contre la puissance humaine, mais aussi contre la puissance diabolique et des malins esprits. Les sorciers qui sont guidés et possédés par le diable ne peuvent aucunement nuire à ceux qui les poursuivent et persécutent, ni aux juges, magistrats et autres ministres et officiers de justice, comme témoignent S. Augustin (lib. 10, De civitate Dei), et S. Thomas (In Secunda secund.v, quaest. 95, art. oO, et lit. De Miraculis). Seulement ils peuvent esmouvoir et incliuer les juges à pitié s'ils peuvent jeter les yeux sur eux les premiers. »
Le dernier jour, de l'accent de colère d'un homme qui ne veut plus rien ménager, il fît des dénonciations. Quoi, disait-il, on le tourmentait, lui, comme magicien, mais il n'était pourtant point seul dans Moulins, de sa condition, ni certes, à la vérité le plus savant! Il y en avait bien d'autres !
Qui? lui fît-on.
Qui? reprit-il avec éclat, mais M. Charbonnier l'avocat, présentement échevin. Celui-ci pouvait faire leçon à « un esprit de prince ». Il était des plus instruits en la matière; il avait même écrit un livre de magie, dont lui, Michel, avait vu une copie sur parchemin, peint de la main dudit avocat, copie que le clerc lui avait communiquée à sa pressante prière. Ah ! celui-ci était bien magicien; l'esprit le lui avait dit; — et aussi M. Saillant l'apothicaire que ledit M. Charbonnier tourmentait véhémentement par sortilèges et maléfices pénibles, et encore un magicien du haut degré, la chose était certaine !
Qui? continua-t-il, mais Laurent Couillard le sorcier, qui avait jeté le sort à Anne Carreau et à son mari. Avec emportement, Jean Michel conta une seconde fois l'histoire de la cheville de bois de cyprès brûlée par la femme. Il avait parlé avec