‹ Au temps de Louis XIIIChapitre 23 sur 46 · LE MAGICIEN JEAN MICHEL BHIILE VIF · texte numérisé non relu

LE MAGICIEN JEAN MICHEL BHIILE VIF

feu, el del)0iit. Il se lui, s'assit el sonflla un })eu en essuyant tic la manche son front couvert de sueur*.

M. Gaulmin était très calme. D'une voix tranquille il dit à Jean Michel qu'une dernière fois il l'interrogeait et admonestait de lui déclarer par répétition de serment s'il lui avait bien dit la vérité, en tout ce qu'il avait avoué et conté.

Michel, que l'émotion agitait, prononça qu'en tous points il avait été véridique. Il dit à nouveau en tremblant qu'il avait renié Dieu et sa foi. Puis il se mit à pleurer, confessant qu'il avait bien offensé Dieu mortellement. Par conscience il voulut ajouter un détail qu'il avait omis. C'est que tous les ans, au 14 septembre, lorsqu'il procédait aux fumigations de la fiole, il donnait à l'esprit une petite poule. Il iinit la phrase d'un accent misérable, en baissant la tète un peu, et en barbouillant légèrement les mots.

1. Michel parla aussi du roi Louis Xlli : « Son esprit, dit-il, lui a révélé que Sa Majesté entreprendroit quelque voyage et alîaires aux AUemagues et qu'il ne viendroit point à bout de son entreprise. Enquis, a dit que son esprit le lui dit au mois de mai dernier. Enquis pourquoi il lui demandoit cette chose, défendue sur peine de la vie, étant un crime de lèze-majesté d'interroger les démons de la vie du roy et de choses futures de l'État; a dit parce qu'il avolt vu un almanach dans lequel il lisoit arriver une perte à un grand. G'étoit une fantaisie, un jour qu'il prit cet almanach, de demander à son esprit qui estoit ce grand » {Procès, nouv. acq. fr. 1997, fol. 20).

M. Gaulmin ordonna d'emmener l'accusé.

Les jug'es opinèrent et furent tous d'avis que s'il y avait lieu de voir ultérieurement ce qu'on ferait de M. Saillant l'apothicaire, et des autres sorciers signalés, le cas présent du nommé Jean Michel était limpide. Il était coupable de magie, sorcellerie, accointance avec les démons; « crime de lèse-majesté humaine et divine ». Il fallait le condamner à mort'. La coutume voulait qu'un magicien ainsi condamné allât de vie à trépas, non point pendu, mais brûlé vif-. Le menuisier serait brûlé le lendemain matin en place publique de la ville.

Le lendemain, au chant du coq, M. Liendon, greffier, accompagné d'un exempt et d'archers, alla prendre à la prison le malheureux Michel, blême et claquant des dents. Il le fit mettre à

1. Les juristes contemporains recommandent aux juges de n'être pas trop près regardants pour condamner à mort les sorciers. « Si est-ce que j'ai toujours esté d'avis, dit Henri Boguet (A M. Daniel Romanet, avocat au siège de Salins, dans Discours des sorciers, p. 96) que pour passer à condamnation contre eux, il ne falloit pas estre si scrupuleux en ce qui est même des preuves, comme font plusieurs qui sont cause qu'ils évitent le feu et les mains du bourreau par une trop grande bonté qui les maîtrise. »

2. « La peine ordinaire des sorciers est qu'ils soient brûlés, mais le doute est s'ils doivent estre brûlés tout vifs, ou bien si on les doit premièrement estranglcr. 11 y a des docteurs qui ont tenu l'une et l'autre partie » (H. Boguet, Instruction pour un juge en fait de sorcellerie, art. LXXXI, p. 26).

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genoux dans une des salles de la conciergerie, parterre; d'un Ion solennel il lui donna lecture du jugement que M. Gaulniin de la Guyonnicre, lieutenant criminel, avait rédigé entérines dig-nes et anciens; puis, cependant qu'un confesseur, père capucin, soutenait le condamné, dirig-ea le cortèg-e vers la place où le bûcher attendait, entouré de beaucoup de peuple curieux, ému et paisible.

Jean Michel mourut avec désolation'!

1. Le procès de Jean Michel donna lieu, cette même année 1623, où il fut jugé, à la publication d'un petit opuscule de 15 pages dans lesquelles l'affaire était brièvement contée. Cet opuscule parut sous le titre de : Discours admirable iVun magicien de la ville de Moulins qui avait un démon dans une phiole, condamné d'csire bridé tout vif par arrêt de la cour du Parlement. Paris, A. Vitray, in-12. (La désignation de la cour de Parlement est fautive.) Il a été réimprimé par Ed. Fournier dans ses Variétés historiques et littéraires (t. V, p. 199), et par M. A. Vayssièrc (Moulins, H. Durond, 1894, in-12). M. le vicomte J. Gaulmyn a parlé de Jean Michel et de son juge dans ses articles sur la Sorcellerie dans le Bourbonnais {Archives historiques du Bourbonnais, 1894, n''^ 1, 2, 3, 5 et 1), en utilisant une copie d'un des manuscrits de la Bibliothèque nationale, copie déposée aux archives de l'Allier, et qui parait défectueuse. M. Gaulmyn s'attache principalement à montrer quelles idées on avait de la sorcellerie dans le Bourbonnais au xvu' siècle. Si on veut compléter ce chapitre par une note moderne au moins imprévue, lire le livre du U' A. Masson, La Sorcellerie et la science des poisons au XVH" siècle (Paris, Hachette, 1903, in-16) qui cherche à démontrer que le pouvoir des sorciers a été scientifiquement réel, qu'ils faisaient i)ien mourir les gens à date fixe « avec des symptômes simulant une mort naturelle » et que Louis XIII ainsi que Marie de Médicis ont été leurs victimes.

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