CHAPITRE IV
M. DE LA GROSSETIÉRE GENTILHOMME HUGUENOT DE LA ROCHELLE i
Débarquement de la Grossetière à Carteret, son arrestation à La Haye-du-Puits. — Madame Le Venier, sa mère, au manoir de la Grossetière. — Charles de la Grossetière page du roi, sa disgrâce. — H tombe amoureux de madame d'Aigrefeuille et la suit à la Rochelle. — Le siège de la Rochelle. — Exploits de Charles hors de la ville assiégée. — Besoin d'argent. — Brigandage près de Poitiers. — Retour à la Rochelle, état difficile de la place. — Arrivée et départ d'une flotte anglaise, la ville désolée. ■ — Envoi d'émissaires à Londres. — La Grossetière désigné. — Son voyage. — H va à Vire demander aide à son oncle M. de Tracy, qui l'envoie à un de ses amis, M. de Briqueville, sur la côte du Cotentin.
— Embarquement de la Grossetière. — Son séjour à Londres. — Audience du roi Charles 1°'. — Rentrée en France.
— Gomment les autorités en Normandie ont été prévenues de son départ. — Arrestation de MM. de Tracy et de Briqueville. — Le roi ordonne de mener à Marans la Grossetière pris à La Haye-du-Puits. — Négociations infructueuses des Rochelois en faveur du prisonnier. — Fin du siège; capitulation de la ville. — La Grossetière transféré à Poitiers, est jugé, condamné, exécuté.
Le mardi 11 juillet 1628, à la pointe cUi jour, trois gentilshommes chargés de surveiller la côte
1. D'après le dossier de son procès, Bibl. nat., nouv. acq. franc, 7199.
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(lu Colenliii en face des îles anglaises, se trouvant en observation, à cheval, près de Garteret, aperçurent une barque qui abordait. Un homme en descendit. 11 avisa une cabane de saunier, entra, pendant que le bateau remettait à la voile, le cap sur Jersey, d'oii il devait apparemment venir; puis ressortit peu après, mangeant encore, et suivi du saunier qui lui montrait la route du plus gros bourg voisin, La flaye-du-Puits. Les trois gentilshommes, MM. des Poteries, Montigny et Graffart, se concertèrent. Ge débarquement était suspect. Arrêter le nouveau venu présentait des inconvénients; celui-ci semblant se diriger vers la flayedu-Puits, mieux valait l'y devancer par un détour, et prévenir les autorités qui aviseraient. Ils partirent au galop*.
Le personnage qui venait ainsi d'attirer l'atten-
1. Par une lettre en date du 9 novembre 1627, le cardinal de Richelieu avait prescrit à M. de Matignon, lieutenant général en Basse-Normandie, <■ de prendre garde aux costes » ; que la noblesse, disait-il « se tienne sur les costes » (Avenel, Lettres de Richelieu, II, 708). M. de Matignon se conformant à ces ordres avait pris des mesures en conséquence {Mercure français, t. XIV, p. 213). Ue son côté le Parlement de Rouen avait également ordonné de surveiller d'une façon peimianente les rivages de la province (Floquet, Hist. du Parlement de Normandie. Rouen, E. Frère, 1841, in-S", IV, 401). Ainsi s'explique la présence des trois gentilshommes àCarteret. — Ch. Bernard prétend {Hist. de Louis XIII, II, 91) qu'un gentilhomme normand, M. Descauville-Thomas, fut spécialement chargé d'attendre l'homme qui vient de débarquer et qu'il s'aboucha pour le trouver avec des matelots de Jersey.
tion était un tout jeune homme de vingt-quatre ans, grand, mince, distingué ; il avait les traits doux, le regard incertain ; son visage était couvert de taches de rousseur; sa harhe naissante et ses cheveux étaient rouges'; il portait une casaque de hure grise, un pourpoint de satin noir, des chausses cramoisies et un chapeau de feutre noir qu'ornait une grande plume. Il se nommait M. Charles Le Venier, sieur de Bréault, dit de la Grossetière, et il était du Poitou.
Arrivé sur le haut des dunes, hien mis en son chemin par le saunier, qui le laissa, il se disposa à franchir les cinq lieues qui le séparaient de la Haye-du-Puits. A la première ferme, il loua un méchant hidet, « une mazelte », qu'il promit de renvoyer, et poussant la hête, il finit par atteindre le hourg au moment où, au vieux clocher de l'église, dix heures sonnaient. C'était jour de marché. De toutes parts paysans et paysannes, à pied, à cheval, en carriole, affluaient. M. de la Grossetière entra dans une hôtellerie déjà remplie de monde, se refit un peu, convint avec l'hôtelier, petit homme hoiteux, du renvoi de la mazetle et
1. Voici le signalement qui avait été donné à M. Descauville- Thomas : « rousseau, haut de taille, vestu de deuil et d'âge vingt-trois à vingt-quatre ans » (Bernard, iôid.).
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alla l'aire iiii lour. Au coin où l'on vendait les chevaux, il en marchanda un dont on voulait cinquanlo livres, rol)lint pour quarante, le fit seller, hridor, conduire à l'hôtellerie oii il rentra payer son écol, et ceci fait, se mettant en mesure de partir, il avait déjà le pied à l'étrier, lorsqu'un homme s'approcha et lui dit que M. le hailli le demandait'.
Un instant, M. de la Grossetière, légèrement troublé, hésita. Incertain de ce dont il s'ag-issait, il obéit. M. le bailli, qui avait auprès de lui deux ou trois archers du prévôt général-, s'excusa poliment d'avoir dérangé le jeune gentilhomme
1. Il ne s'agit pas d'un bailli royal; il n'y en a qu'un pour tout le Cotentin et il réside à Coulances, mais de l'officier de justice du seigneur de l'endroit. La liaye-du-Puits est une baronnie appartenant à ce moment à M. Gédéon de Magneville (Bibl. nat., ms. fr., 30723, fol. 116). Le bailli seigneurial, qui a juridiction sur 23 paroisses et droit de haute justice (Renault, Revue monumentale et hist. de farrond. de Coutances. Sainl-Lô, 1852, in-8", p. 433), se nomme M. Michel Clozet, sieur du Mesnil- Vaudon (Bibl. nat., ms. fr. 30723, fol. M6. — Sur ses pouvoirs consulter N. Bergeron, Police (générale de France, Paris, 1617, in-S", 58-60). Administrativement, La Haye-du-Puits est une des treize sergenteries de la vicomte de Garentan, bailliage du Cotentin; cette sergenteric comprend onze paroisses (Tavernier. Description du royaume de France, p. 33.)
2. Le prévôt général de la maréchaussée de France a deux « grands prévôts » en Normandie, l'un pour la Haute-Normandie, l'autre pour la Basse, et dans chacun des sept bailliages de la province, ceux-ci sont représentés par des « vicebaillis » qui ont à leur disposition des compagnies d'archers, nous dirions aujourd'hui de gendarmes (Masseville, État géographique de la province de Noitnandie. Rouen, 1722, t. I, p. 36).
et lui notifia qu'il allait prendre la liberté de le faire fouiller. Aucune protestation n'était possible. On ne trouva dans les poches qu'un peu d'argent, quarante-trois pisloles. Le bailli demanda à son interlocuteur comment il se nommait. La Grossetière répondit : « Monsieur de Bréault ». L'officier de justice eut un haut-le-corps.
a Oh! fit-il, c'est donc vous que nous cherchons! Il est passé en Angleterre un homme de ce nom-là, que le roy a commandé que l'on arreste! »
M. de la Grossetière interdit chercha à plaisanter. Certainement, dit-il, « si c'estoit lui, il seroit de bonne prise ». Mais il n'était pas le seul qui s'appelât de Bréault; il y en avait d'autres. Le bailli ilt allusion au long- siège de la Rochelle que le roi poursuivait depuis plus de dix mois pour abattre la rébellion des protestants et aux détails duquel tout le royaume s'intéressait passionnément. Il conclut qu'il était obligé, premièrement de conserver les quarante-trois pistoles trouvées, lesquelles il serra dans une petite boîte qu'il cacheta et remit au propriétaire de la maison où on était; secondement de garder M. de Bréault à sa disposition jusqu'à plus ample informé. Un des archers, Lastelle, allait l'accompagner à l'hôtellerie et ne le (juilterait pas.
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En chemin, M. de la Grosselière considéra que l'archer était « un vieux honhomme »; il réfléchissait qu'on pouvait le jouer ou le bousculer, lorsqu'en rentrant dans la salle de l'auberge, ils se trouva en présence de trois personnages qui l'ayant un instant considéré, se jetèrent sur lui, et avant qu'il eût pu faire la moindre résistance, l'avaient ligotté. C'étaient les trois g-entilshommes de Carteret. Sans autre observation ils se mirent en devoir d'inspecter tous ses vêtements, et cette fois, la visite, mieux conduite, fut plus fructueuse, car dans le repli de la manche du pourpoint on trouva un papier.
Ce papier fut déplié et lu. Il contenait ce qui suit :
<i Jehan Guiton, escuier, eschevin, conseiller du roy, nostre sire, maire et cappitaine de la ville et gouvernement de la Rochelle, nous avons donné et donnons pouvoir et commission au sieur de la Grossetière de s'assister de tel nombre de ses amis qu'il advisera pour aller dedans et hors le gouvernement faire la guerre par mer et par terre aux ennemis du roy et des églises réformées de France, se saisir de leurs personnes et choses à eux appartenant et, en cas de résistance, les combattre, vaincre et surmonter à force d'armes par
toutes sortes de voies nécessaires en tel cas . — Faict à la Rochelle, le vingtième jour de mai 1628'. » Ainsi on était en présence d'un huguenot engagé dans la rébellion de la Rochelle, commissionné à porter les armes contre le roi, et factieux. Les trois gentilshommes délibérèrent. La première chose à faire était de prévenir le « lieutenant pour le roi du gouverneur en la Basse-Normandie », M. de Matignon, à ce moment à son château de Torignysur-Yire, au delà de Saint-Lô^; puis de conduire le jeune homme en un endroit sûr et de l'y enfermer. La Haye-du-Puits ne possédant pas de prison convenable, quelqu'un suggéra l'idée de se rendre à
1. Le Mercure français (t. XIV, 1628, p. 213) prétend qu'on trouva sur la Grossetière, d'après les uns, des lettres du roi d'Angleterre et de M. de Buckingham aux habitants de la Rochelle; d'après d'autres, trois commissions pour faire lever 800 cavaliers et les envoyer à une armée anglaise forte de 5 000 hommes qui devait débarquer en France le 22 juillet. Ces deux informations sont également inexactes.
2. Le gouverneur de la Normandie a sous ses ordres deux lieutenants généraux, l'un pour la Haute, l'autre pour la Basse- Normandie et ceux-ci ont dans chacun des sept bailliages un « lieutenant du roi » qui commande en leur absence (Masseville, op. cit., L, 39). Charles de Matignon, comte de la Roche-Guyon et de Torigny, troisième fils du maréchal de Matignon qui a joué un rôle important au xvi° siècle (àQ Caillière, Hist. du maréchal de Matignon. Paris, 1661, in-fol.), avait été nommé lieutenant général de Basse-Normandie, en 1595, à la place de son frère Odet qui venait de mourir. Il a, en 1628, soixantequatre ans et ne mourra qu'en 1648, après avoir presque toujours résidé à Torigny. Sur le beau château de Torigny qu'il a embelli et dont il reste une aile, voir Godefroy, Une célèbre baronnie normande, Torigny (Evreux, 1897, in-8°).
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Saint-Geruiain-le-Vicoiiito, solide cliàlcau-fort, aux murs épais, sis à trois ou quatre lieues de là et dont les salles basses des tours étaient de bonnes geôles '. L'avis fut adopté. Les gentilshommes commandèrent à l'archer Laslelle de les accompagner; un courrier monta à cheval pour gagner Torigny, et au milieu d'une foule compacte qui emplissait l'auberge ainsi que ses abords, attirée par la nouvelle de l'arrestation d'un seigneur huguenot, le cortège, dans lequel M. de la Grossetière à cheval était étroitement entouré de ses gardiens, s'ébranla et partit. Le soir le jeune homme était écroué dans une des prisons de Saint-Germain. A la nouvelle qu'on lui apportait, M. de Matignon monta immédiatement à cheval et se mit en chemin avec un gentilhomme de sa suite. Il lui fallut la nuit entière pour franchir les douze lieues qui le séparaient de Saint-Germain-le- Vicomte. Sur le matin il arrivait au château. Après s'être entretenu avec M. de Monligny et ses compagnons qui lui rapportèrent les détails do l'incident, il fit appeler Charles de la Grossetière et l'interrogea. Charles de la Grossetière lui demanda
1. Saint-Gerniain-le-Vicomlc est une commune du canton actuel de Périers. Le château, qui appartenait à la famille de Costentin de Tourville, était une solide construction des xv'et XVI* siècles, munie de larges fossés (Renault op. cil., p. 433).
la permission, au lieu de répondre à chacune des questions qu'on voulait lui poser, de rédiger un bref mémoire dans lequel il indiquerait qui il était, d'où il venait, ce qu'il avait fait. M. de Matignon y consentit. Le lieutenant du gouverneur, après avoir lu l'écrit, prononça qu'il allait l'envoyer au roi, à la Rochelle, avec un procès-verbal de ce qui venait de se passer. En attendant la réponse de Sa Majesté, il ordonnait à M, de la Luthumière de conduire sous bonne escorte La Grossetière à la citadelle de Saint-Lô '. Gela fait, il complimenta les trois gentilshommes de Garteret pour leur zèle au service du roi, et se retira.
M. de la Grossetière fut transféré à Saint-Lô. Huit jours après, le 20 juillet, Louis XIII signait des lettres patentes^ mandant à M. Gaspard Goi-
1. M. de la Luthumière était gouverneur de Cherbourg où il venait de remporter une victoire sur sept navires anglais venus pour attaquer la ville {La défaite de sept navires anglais par M. le baron de la Luthumière, gouverneur pour Sa Majesté de la ville et château de Cherhoitrg, la veille et jour du Saint- Sacrement dernier aux côtes de mer du bailliage de Costentin en Normandie, Paris, F. Jacquin, 1628, in-8"). Bassompierre parle de lui {Mémoires, éd. (Ihanlerac, 1, l'iS, loG).
2. D'après l'exempt des gardes du corps Pierre de l^ordeaux (Bibl. nat., nouv. acq. fr., 6164, fol. 173-5), Louis XIII aurait été informé de l'arrestation de La Grossetière non seulement par l'envoyé de M. de Matignon, mais aussi par un des trois gentilshommes de Garteret qui alla en Saintonge, et encore par le bailli lui-même de La llaye-du-Puits qui fit exprès le voyage; tous trois se disputant a qui avait le mieux qualité pour connaître les faits. Le bailli conta quelorsque M. Le Venier fut arrêté
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gnel, sieur do la Tuilerie, « conseiller du roy en son conseil d'Etat et privé, maître des requestes de son hôtel », de se rendre à la citadelle de Saint- Lo pour commencer le procès du gentilhomme*. M. Gaspard Coignet se mettait à l'œuvre le mardi 25 juillet, à neuf heures du soir : la procédure allait révéler de point en point toute l'histoire de M. de Bréault.
Restée veuve d'un honnête g-entilhomme huguenot avec peu de fortune, deux garçons et une fille, madame Le Venier s'était retirée dans un vieux manoir du Poitou, la Grossetiore, situé près de Bressuire". C'était une femme de jugement, d'une
« il cherchoit pour lors un cheval pour revenir à la Rochelle, avant pris terre clans une petite barque seul, dont fut averti ledit bailli, estant, ledit La Grossetière, épié et guetté de tous côtés qu'il pou voit revenir ».
1. Le nonce apostolique F. Guidi écrit {Relation, dans E. Rodocanachi, les Derniers temps du siège de la Rochelle. Paris, A. Picard, lf>99, in-S", p. 31), qu'à la date du 19 juillet le conseil du roi délégua «Mous, délia FuUaie, maestro délie riquieste, a fare il processo à Giossetiera ». Délia FuUaie est une mauvaise lecture, où il faut reconnaître M. de la Tuilerie. M. de la Tuilerie fut ensuite nommé cette même année 1628, ■< intendant de la justice, police, finances et marine » en Poitou, Saintonge et Aunis. Le pasteur de la Rochelle, Ch. Vincent, dit de lui que c'était « un homme entièrement équitable et qui ne se laisse pas emporter par la passion des ecclésiastiques contre nous » (Correspondance, dans liuliet. de la Soc. du prot. français, 1857. V, p. 296).
2. La Grossetière est aujourd'hui une ferme de la commune de Saint-Aubin-le-Clou, canton de Secondigny, arrond. de Par-
piété forte et austère, sévère et triste, mais sans exaltation et modérée. Elle désapprouvait les prises d'armes « de ceux de sa religion » et jugeait la réforme une afîaire de conscience individuelle compatible avec les devoirs d'un chacun à l'égard du roi. Elle s'appliqua à l'éducation de ses fils \
Le second, Charles, était une nature douce et molle. Capable de passions vives qu'il servait d'un entêtement téméraire, il apportait dans tout ce qu'il faisait une inconscience distraite tenant à l'indéci-
thenay, Deux-Sèvres. Le manoir relevait de la seigneurie de Secondigny (B. Ledain et A. Dupont, Dict. topogr. du dép. des Deux-Sèvres. Poitiers, 1902, in-4", p. 139). La famille Le Venier (d'azur, à trois cornets enguichés d"or) se prétendait originaire d'Italie et disait être venue de Venise à la suite d'une affaire romanesque (Bibl. nat., ms. fr., 31211, dossier 9268). M. d'IIozier était d'avis que cette prétention était une fable et que les Le Venier descendaient simplement d'une famille bourgeoise de Nérac {Ibid.. fol. o). Le grand-père de Charles, Pierre de la Grossetière, avait été trésorier de France à Poitiers, élu général des finances en Guyenne, président à la chambre des comptes de Paris en 1573 (H. Constant d'Yanville, Cliarnbre des comptes de Paris. Paris, 1875, in-fol., p. 418). C'était un important personnage qui, veuf en premières noces de Marie Guinefaut, veuve elle-même d'un riche receveur des finances de Fontenay-le-Comte, s'était remarié avec une seconde veuve, Marie Rosselins. Le père de Charles, issu du second mariage, s'appelait Louis de la Grossetière (Bibl. nat., op. et loc. cit.).
1. Madame Le Venier était une demoiselle Louise d'Angennes de Montlouet, septième enfant de François d'Angennes, marquis de Montlouet, maréchal de camp, ambassadeur, chambellan du duc d'Alençon;et delà famille des d'Angennes de Rambouillet à laquelle appartient la célèbre Julie d'Angennes de l'Hôtel de Rambouillet (P. Anselme, Ilist. généalogique, II, 429). Sa fille devait être plus tard mariée deux fois (Bibl. nat., msfr. 26546, fol. 208).
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sion d'iiu esprit rêveur. Sa mère redoutait la vie pour lui.
Elle avait g^ardé des relations avec des parents de son mari, fougueux catholiques, MM. deBercy- Mallon, de Lavau Saint-James*, qui étaient de Poitiers, et leur demanda de l'aider à caser ses fils par la voie ordinaire des gentilshommes de ce temps, l'armée.
Grâce à leur appui, Charles fut admis, à peine adolescent, parmi les pages de la petite écurie du roi, manière d'école militaire d'oii l'on sortait directement dans les régiments. Il y resta, — ou, comme on disait, — il y « porta la livrée » quelques années".
1. M. Charles de Mallon, seigneur de Bercy, premier président du Grand Conseil à Paris, depuis 1613, et âgé à ce moment de soixante ans, était fils du premier mariage de Marie Rosselins, grand'mère de Charles {Ibki.]. — Philibert Porcheron, seigneur de Saint-James et de Lavau, conseiller au présidial de Poitiers depuis 1618, était le petil-fils d'un Phililtert qui avait épousé Perrine le Venier, cousine germaine du père de Charles (Babinet, Le Présidial de Poitiers. Poitiers, 1902, in-8", pp. 70, 83, 95).
•2. De page on passait cadet dans une compagnie {Mém. de Puységur, éd. Tamizey de Larroque, t. I, p. 1). Les pages portaient des chausses ou culottes spéciales, courtes et plissées (voir leur joli costume dans les belles gravures de Crispan de Pas qui illustrent Vlvstructioii du roi en L'exercice de monter à cheval, de Pluvinel, Paris, 1025, in-fol.). La petite écurie, que commandait le premier écuyer, comprenait 20 écuyers ordinaires et 24 pages (E. de Barthélémy, Les grands écuyers et la grande écurie de France, Paris, 1808, in-12, p. 121-123; G. de Carné, Les pilles des écuries du roi. Uécole des pages. Nantes, 1886, in-i2).
Pourquoi, à dix-sept ans, en sortit-il d'une manière brusque? Le point n'est pas éclairci. Au moment de la lutte de 1621 contre les protestants, en Poitou, pendant le siège de Thouars, le jeune page avait demandé à l'écuyer de la petite écurie, M. de Beaurepaire, une permission de plusieurs jours qui lui fut accordée. 11 alla à la Grossetière, y demeura un certain temps, rejoignit le roi lorsque celui-ci assistait au siège de Saint-Jean-d'Angély, cinq ou six jours avant la prise de la ville, et, là, M. de Liancourt, chef supérieur des pages', lui signifia son congé qu'il accompagna d'une gratification de cent livres. C'était une disgrâce. Sa religion l'avait-elle rendu suspect? Le fait est peu probable. Louis XIII ne faisait un crime à personne d'être réformé. Nombre de ses officiers étaient huguenots. On accusa plus tard Charles de la Grossetière d'avoir profité du congé qui lui avait été donné pour prendre le mousquet et faire le coup de feu contre les armées du roi. Il s'en défendit vivement.
Ainsi « mis hors de page », mais autrement qu'il ne l'eût désiré, le jeune homme revint chez sa
1. Le duc de La Roche-Guyon-Liancourt, premier écuyer du roi, d'où son autorité sur les pages (Bibl. nal., Cinq-Cents Colbert, 86, foL 191 v°).
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mère. 11 partagea son temps entre la Grossclièrc et une terre que sa famille possédait en Beauce, Sainte-Escobille'. Il allait y percevoir les fermages, surveiller les réparations, discuter les baux. Une fois il poussa jusqu'en Hollande voir son frère qui s'y trouvait, on ne sait trop pourquoi'. Sa vie était vide et sans but. Sa mère, qui tout en affermissant chez lui les convictions religieuses protestantes, lesquelles il avait d'ailleurs sincères, le garait le mieux qu'elle pouvait de la tentation de se joindre aux coreligionnaires rebelles, espérait le retenir dans une voie prudente en attendant que les circonstances devinssent pour lui favorables, lorsqu'un événement fortuit vint modifier ses prévisions. Charles tomba amoureux.
Il avait fait la connaissance dune jeune veuve protestante qui se nommait madame d'Aigrefeuille^ Il s'éprit d'elle. Madame d'Aigrefeuille
\. Sainle-Escobille, aujourd'hui commune du canton de Doui'dan, arrondissement de Rambouillet, Seine-et-Oise, était une baronnie qui était entrée dans la famille depuis le grandpère de Charles, l'ierre de la Grossetière (Bibl. nat., ms. fr., 312H, dossier 9208). Le roi, allant à la Rochelle, y avait couché (Soiivetiirs de Pierre de Bordeaux. Bibl. nat., nouv. acq. fr., 6164, p. 175).
2. Ce frère, François le Venier, épousa plus tard Elisabeth Tallemant,sœurde Tallemant des Réaux (Bibl. na t. , ms. fr., 31211, dossier 92G8), qui parle souvent des deux dans ses Historietles.