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La famille d'Aigrefeuille était une importante famille

était une ardente religionnaire, passionnée pour la cause réformée, enthousiaste, qui ne croyait pas qu'on dût reculer devant aucun sacrifice à l'égard de son parti, et donnait l'exemple. Elle aima Charles ; elle eut pour lui un attachement fait de tendresse et d'orgueil; mais elle aima davantage « le parti de la religion », avec une de ces exaltations d'anciennes Romaines qui vouent à une idée leurs fils, si elles sont mères, leurs maris si elles sont épouses, plus rarement et ce fut ici le cas, leur amour. Lui, éprouva pour elle un sentiment violent. Il ne songea qu'à elle; il lui ohéit en tout. Son existence était transformée.

Madame d'Aigrefeuille habitait la Rochelle. Charles de la Grossetière alla l'y rejoindre. Elle le reçut dans sa maison, lui, ses équipages, ses chevaux. Il lui avait demandé et avait obtenu d'elle une promesse de mariage : aux yeux du public, ils étaient fiancés. Seulement madame d'Aigrefeuille avait ajourné l'exécution de sa promesse, sous des prétextes quelconques. La raison était qu'elle voyait les événements politiques s'aggraver, la guerre civile menacer. Elle entendait user du pouvoir qu'elle conservait sur Charles, tant qu'ils

protestante de Montpellier (Bibl. nat.. Carré d'Hozier, 9; Ghérin, 3; Dossiers bleus, 5; Cabinet d'Hozier, 4).

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étaient libres, pour l'obliger à faire ce (qu'elle considérait comme son devoir : se battre.

On était en 4G27. Autour de la Rochelle les nuag-es montaient. Le cardinal de Richelieu qui pensait ne pouvoir venir à bout des révoltes perpétuelles des protestants s'il n'écrasait pas « le nid de guêpes » qui leur servait de centre, avait résolu l'attaque définitive de la ville. Celle-ci sentait l'orage. Un fort, le fort Louis, avait été édifié à quelque distance de la place pour la surveiller et, la garnison grandissant, les travaux de campagne que celle-ci entreprenait s'étendaient insensiblement. Les Rochelois inquiets s'armèrent*.

D'autre part, le gouvernement du roi d'Angleterre Charles I", préoccupé de créer des difficultés à la France et informé de l'état des esprits dans la région, préparait l'envoi d'une flotte sur les côtes de la Saintonge. Cette action, jugeait-il, entraînerait les protestants à se déclarer. Charles I" et son ministre, le duc Buckingham, se trouvaient en

1. Voir pour la description de la Rochelle à ce moment et le siège lui-même, Pierre Merimull (Journal des choses mémorables qui se sont passées au dernier siège de la Rochelle. Rouen, 1671, in-8"). Meruault, fils d'un membre du corps de ville, maître de l'artillerie, avait vingt ans au moment du siège, auquel il a assisté.

relations suivies avec le parti religioiinairc. Les Rohan, chefs de celui-ci, étaient représentés à Londres par l'un d'eux, le duc de Soubise, et les gens de la Rochelle entretenaient près la cour de Saint-James des députés à poste fixe.

Le mardi 20 juillet, la flotte anglaise forte de quatre-vingt-dix vaisseaux parut en vue de la Rochelle. Le duc de Buckingham, qui la commandait, décida d'attaquer l'île de Ré où le brave M. de Toiras, s'étant enfermé dans les forts de Saint- Martin et de la Prée, allait subir le siège vigoureux qui fit sa fortune militaire et le conduisit au maréchalat*. De toutes paris des protestants français accoururent pour offrir leurs services au général anglais ^.

Charles de la Grossetière fut du nombre. Reçu à

1. Consulter entre autres sur l'affaire de l'île de Ré, Herbert de Cherbury, Expeditio anglorum in Ream insulam. London, Moseley, 1G50, in-8° (réimprimé en 1860 sous le titre de Expédition to the isle of Hhé. London, in-8°) et la lettre d'un Rochelois, M. de la Miltière, qui était avec les Anglais (Arch. curieuses de Gimber et de Danjou, 2" série, t. III, p. 53).

2. 500, dit Michel Baudier (Hist. de Toiras, p. 93); 600 à 700, dit Meruault, dont 120 gentilhommes [Journal, p. 31, 43); transportés une fois sur 13 barques, une autre fois sur 26 (Bassompierre, Mémoires, III, 320, 328). Une déclaration du roi du 5 août 1627 les proclama tous •< rebelles, traîtres, déchus de leur patrie, criminels de lèse-Majesté et comme tels leurs biens confisqués » {Déclaration du roi contre le sieur de Soubise et autres adhérens au parti des Anglais. Paris, A. Estienne, 1627, in-S").

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Lord (lu vaisseau amiral il entra en relation avec le duc de Buckingiiam, M. de Soubise, (|uel»]ues seigneurs anglais de l'entourage. Les Anglais avaient réuni les Français venus sous leurs drapeaux, en un corps spécial qui, dans chacune des attaques dirigées contre Saint-Martin, eutlamission de marcher le premier M II fut fortement atteint. Charles de la Grossetière put s'en tirer sans une ég-ratignure.

Cependant Louis XIII se hâtait de diriger des régiments vers la Saintonge pour porter secours à M. de Toiras. L'armée se concentra sous les ordres du maréchal de Schomberg. Des troupes passant le petit bras de mer parvinrent à pénétrer dans Saint-Martin et à renforcer la garnison. Le duc de Buckingham, dont aucun effort n'avait pu réussir, prit peur, leva l'ancre et disparut. Il abandonnait à eux-mêmes les Rochelois irrémédiablement compromis.

En môme temps qu'il rassemblait ses forces pour délivrer M. de ïoiras, le cardinal de Richelieu avait donné l'ordre de surveiller la

l.Il était commande par les capitaines de Moulines, Saint- André et la Vigerie {Mercure français, XIV, 1627, p. 179). Dans l'assaut général du 6 novembre qui fut très meurtrier et ne réussit pas, il attaqua du côté de la mer (Le duc de Rohan, Mé7n., p. 569).

Rochelle suspecte, qui pouvait attaquer à revers l'armée du roi; l'infanterie avait commencé des lignes de retranchements devant la ville, et élevé des forts et des batteries. Les Rochelois s'irritèrent de ces travaux. Ce fut le prétexte. Le vendredi 10 septembre ils ouvraient le feu de leurs canons sur les forts de la Moulinette et de Saint-Louis : les forts répondirent. La guerre était déclarée.

La disparition de la flotte anglaise provoqua une impression de stupeur chez les Rochelois. Il allait falloir supporter tout le poids de l'armée royale disposée à mener le siège rudement. On envoya supplier le roi d'Angleterre de ne pas abandonner les malheureux religionnaires et l'on se disposa à se défendre. Charles de la Grossetière était rentré en ville.

Les assiégeants organisèrent méthodiquement le blocus de la place. Les dix-sept régiments d'infanterie et les vingt-deux compagnies de cavalerie, gendarmes, chevau-légers, carabins, qui composaient l'armée, prirent leurs cantonnements autour de la Rochelle en arrière d'une ceinture de onze forts reliés par des batteries et par des tranchées continues. Le cardinal de Richelieu qui ne se souciait pas d'une prise d'assaut brutale avait décidé de réduire la cité par la famine. La

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fameuse digue gardée par vingt-cinq navires, douze galères, quarante-cinq barques, interdisait l'approche de la place à tout secours venu de la mer*. Les commandants de l'armée, le duc d'Angoulème, les maréchaux de Bassompierre et de Schomberg- mirent du temps à resserrer le blocus. De la Rochelle on put se glisser à travers les lignes et tenter des coups de main au dehors. Charles de la Grossetière s'y essaya-. L'idée qui l'inspirait

i. La bibliographie du siège de la Rociielle est contenue dans le livre de L. Délayant {Biblioffraphie rochelaise, 1882, gr. in-S", pp. 2H-290). Il faut y ajouter quelques travaux que nous citerons au fur et à mesure. Richelieu, d'après Fontenay- Mareuil {Mémoires, éd. Michaud,p. 183), aurait eu l'idée d'écrire le récit détaillé du siège. Le temps et les affaires l'en ont empêché. On trouvera la liste des troupes et des officiers de l'armée assiégeante dans le livre de E. Rodocanachi, Les derniers temps de la Rochelle, pp. H7-118 {Relazione deir armata del re Christianissimo sotto la Roccella) et dans les souvenirs de Pierre de Rordeaux (Ribl. nat., nouv. acq. fr. 6164, fol. 101). Sur les travaux eux-mêmes d'investissement, voir : Relation des fortifications et choses plus remarquafdes qui sont à présent au camp et armées du roi devant (a Rochelle, par un gendarme du roi. Paris, 1628, in-8"; La relation du siège de La Rochelle {Archives curieuses de Cimber et Danjou, 2'= série, t. III, p. 90) et les Mémoires de Du Plessis-Resançon (publiés par le comte Home de Beaucaire. Paris, Renouard, 18y2, in-8"). Fontenay- Mareuil prétend (Mémoires, p. 20o) que Richelieu aurait eu un instant l'idée de tenter l'assaut de la place, mais que tous ceux auxquels il s'en ouvrit l'en dissuadèrent.

2. P. Meruault raconte que le mardi 4 janvier, sur les cinq heures du matin, Charles de la Grossetière sortit avec 40 cavaliers, soutenus par 60 mousquetaires, qu'il attaqua une troupe de 20 cavaliers royaux et de 40 mousquetaires, qu'il les culbuta et fit quelques prisonniers. Il était aidé de M. de la Cotencière (Journal du siège, p. 154). Dans la nuit du 6 au 7 il ressortit avec 13 chevaux : on appelait cela « aller à la petite

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n-était pas précisément celle de répculro aux sollicitations de madame d'AigrefeuiUe qui eut voulu le voir « battre perpétuellement l'estrade » : elle était pluspositive. Le jeune l>omme était venu à la Rochelle sans grand argent. Madanre d Aigrefeuille n'était pas riche. L'escarcelle de un et de l'autre se vidait. Sortir au loin, taire des prisonniers et les relâcher sous bonne et profitable rançon était une industrie avantageuse.

Charles en tenta l'aventure. Tant qu on pu passer, il courut. Une fois, près de Surgères, il Lt quelques individus à deux pas du bourg ou logeait le roi. Une autre fois, avec huit soldats

nui l'accompagnaient, il mit la main sur cinq personnes, un aumônier du comte de Bibérac, deux chevau-légers de la compagnie de Coudray-Montpensier, un soldat du régiment des gardes françaises '. Le tout tut dit de bonne prise et bien pave.

,-> TP 10 février, nouvelle sortie avec querre - {Ibid., P- 1^^^)- ^e " '7"' '^,^3 ,ie Destingan. On h ou -28 Chevaux, cette lois .ou e. o dies c ^^o^ ^^^

attaqua oO <^-^-^'%^^^l:J^:2^^onvs ivec La Colenlingan fut tue. La ^^7^=f ^^,^ "' " eîte expérience, La Grossecière {lbid.,v. 189). 1"^^^"^^ P^^.'.^^^^'du maire qui demantiere, le 28 ^f-i-, -v un pr^^^P^^^^^^^^^^ ^^J^ refusa de

dait à ce qu'on tentât ^' «"'^^^ f,. ^j^ig disait-il, et fit par-

vres (Meruault, Journal, p. m).

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Malheurcusemeiil ces moyens étaient insaffisants pour subvenir à ses besoins, et « fournir à la despencc, qu'il falloit faire à la Rochelle, de sa maîtresse r>. La gène, les dettes et leur cortège ordinaire de reproches venaient jeter le trouble dans leur amour. Que résoudre? Aller demander de l'argent à madame de la Grossetière? Mais madame de la Grossetière était profondément affligée de la conduite de son fils. M. de La Vau Saint-James avait durement signifié à la mère « que si elle n'avoyt le pouvoir de retirer le jeune homme du party de la Rochelle, il seroit le premier qui mettroit le feu en sa maison de la Grossetière » ! Charles ne trouverait auprès de madame Le Venier que l'expression de sa douleur et de sa colère. Néanmoins, c'était une ressource, il fallait la tenter.

Il partit avec un domestique, un Suisse nommé La Vallée. Il gagna Saint-Maixent, de là Saint- Loup, puis Bressuire. Parvenu à la porte du manoir paternel, il n'osa pas entrer \ Le domestique alla trouver sa mère pour lui expliquer la situation et la supplier en son nom de lui donner de quoi vivre. Le valet revint. Madame Le Venier

1. « N'osant pas lui-même y aller, crainte de mettre madame àa mère en peine .. {Procès, interrogatoire de Charles, fol. 59 vo),

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refusait. Elle faisait dire à son fils que s'il voulait « quitter le party de laRochelle pour se rendre au service du roy », elle lui fournirait ce dont il avait besoin, mais que sinon, elle était morte pour lui.

Charles s'en retourna. En route, des idées calmantes lui vinrent à l'esprit. Pourquoi ne se réconcilierait-il pas avec Sa Majesté? Au fond c'était plutôt pour madame d'Aigrefeuille qu'il se battait que par conviction arrêtée. Il ne tenait qu'à elle. Si on pouvait la décider à sortir de la Rochelle, et qu'il pût l'épouser, il était prêt à solliciter les bonnes grâces et le pardon du roi. Il gagna Poitiers dans l'intention d'aller trouver les cousins de son père pour leur demander leur appui'. Mais il ne rencontra ni M. de Bercy ni M. de Lavau qui étaient absents, et la déconvenue le rejeta dans les perplexités.

Alors une résolution désespérée l'envahit. Il était homme de guerre, après tout. Du moment qu'il ne savait plus à quel parti se résoudre, il n'avait qu'à prendre de force ce qu'il ne pouvait avoir de gré. Il se décida.

1. Il était resté deux ou trois jours entre Brcssuireel Cerizay, de là était allé à Montreuil où il avait séjourné dix à douze jours. Il portail à ce moment une casaque rouge, des chausses rouges, un pourpoint blanc et un chapeau noir [lùid., fol. 55 V" et 56 r").

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II était descendu à Poitiers dans une aubei-e aUo de la Grande-Roue. Il y remarqua cinq individus qu'il apprit être des soldats huguenots. Il leur proposa de se joindre à lui pour tenter fortune : ceux-ci acceptèrent. Ils se nommaient • La Mothe, qui était du pays et connaissait bien les chemins, Laborde, La Fresnée, La Coste et Métayer.

Il fut d'abord question d'attendre le coche qui fait le service entre Poitiers et Paris, de s'embusquer dans le chemin de Chàtellerault, et de l'enlever. Le projet n'eut pas de suite.

Un soir, au soleil couchant, près de Ghesnel, à peu de distance de la ville, Charles de la Grossetière, suivi de son domestique et de trois de ces hommes, attaquait sur la route un messager conduisant deux chevaux chargés de marchandises. On prit son argent; trois pièces de drap, une pièce de camelot de soie, trois ou quatre de passement qui furent jetées par-dessus les murailles d'un jardin : le premier coup avait réussi.

Rendez-vous fut donné pour quelques jours après, àSaint-Maixent, hôtel des Trois-Marchands. Au jour dit la bande était là. Il y avait dans l'auberge huit voyageurs. Ils contèrent à table qu'ils allaient à Lusignan; ils cheminaient ensemble,

par crainte des périls. Trois d'entre eux, qui semblaient des marchands aisés, parlaient de la Rochelle comme s'ils connaissaient la ville. Leur départ étant fixé pour le lendemain à l'aube, après le dîner, Charles de la Grossetière convint avec ses gens de se mettre en route avant le jour et d'aller les attendre sur le chemin de Lusignan en quelque bon endroit désert où on pourrait agir à l'aise.

Le lendemain, en plein champ, les huit voyageurs étaient arrêtés « le pistolet à la gorge et le chien abattu » : ils se rendirent'. On les conduisit aune demi-lieue de là, dans un bois tailli énais oîi ils furent fouillés. Tout ce qu'ils avaient sur eux fut pris. Charles de la Grossetière décida qu'on en relâcherait cinq, croquants sans valeur, et que l'on garderait les trois autres qui paraissaient fortunés. Conduits à trois ou quatre lieues plus loin, dans

1. La région était infestée à ce moment de soldats se livrant à des actes semblables (Thibaudeau, lUsl. du Poitou. Paris, 1788, in-12, VI, 98). 11 y avait longtemps qu'on entendait parler de faits analogues. Un capitaine à la tête de sa compagnie de 62 hommes, s'était rendu célèbre par ses brigandages {Jm prise et défaite du capitaine Guillery qui a esté pris avec 63 voleurs de ses compagnons qui ont esté roués en la ville de la Rochelle le ^5 de novembre 1608. Paris, J. Hautain, 1609, ln-8°; réimprimé par M. Fillon en 1848 sous le titre de : Histoire véridique des grandes et exécrables voleries et subtilités de Guillery. Fontenay, imp. de Robuchon, in-8''; et par E. Fournier, Variétés hist. et litt., I, -289-303).

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un aulro hois taillis, do nouveau ils furent fouillés. L'un d'eux avait caché dans ses bottes trente et une pislolcs qu'on lui enleva. Ces diverses opérations ayant mené jusqu'à onze heures du matin, un des soldats huguenots avisa une maison près d'un bois de haute futaie et alla y chercher de quoi manger. Sur les quatre heures du soir Charles fit bander les yeux aux prisonniers et la troupe se mettant en marche atteignit une métairie située près d'un château*. Le métayer consentit à prêter une étable pour y loger les arrivants, et comme il fallait finir l'histoire, à la tombée de la nuit, la Grossetière, notifia aux trois voyageurs qu'il leur rendait la liberté, à condition qu'ils payassent chacun une rançon proportionnée à leurs moyens. Ils connaissaient des marchands de la Rochelle; ils allaient signer des lettres de change tirées sur eux. On discuta les chiffres. L'un d'eux souscrivit six cents livres et signa sa lettre du nom de « Gollinot » ; les deux autres ne voulurent promettre que cent livres chacun. Le lendemain matin, au soleil levant, on les relâchait. Ils partirent dans la direction d'Issoudun; mais à peine

1. Le château de la Tresse, apparlenanl à madame de Villedieu. On tua un des chevaux, « sous poil Idanc », des prisonniers {P7'0cès, fol. 36 r").

étaient-ils hors de la portée de vue de la bande, qu'ils changeaient immédiatement de direction, et, courant à Poitiers, allaient porter plainte, dénoncer leurs voleurs et fournir au prévôt, au maire et à messieurs du présidial tous les signalements nécessaires.

Charles de la Grossctière fit le compte de ce qui avait été récolté; il procéda à un partage équitable du bénéfice, puis il fut décidé qu'on se séparerait. Chacun alla de son côté. Charles revint à Poitiers ainsi que deux de ses hommes, La Fresnée et Métayer.

Il descendit à l'auberge des Trois-Piliers '. MM. de Lavau et de Bercy n'étant toujours pas chez eux, il se rendit à l'hôtel de ville oii on lui permit de voir des religionnaires qui y étaient détenus et parmi lesquels il reconnut un nommé Poupart, dit Pommeau, avec lequel il avait tenté un de ses coups de main hors de la Rochelle, celui où il prit des gens près Surgères. En ren-

1. Les Trois-Piliers, qui sont •■ une bonne hôtellerie sur la place du Marché-Vieil » {Souvenirs de P. de Bordeaux, Bibl. nat., nouv. acq. fr., 6164, p. 213), existent encore (Place du Palais-de-Justice). C'est la plus ancienne enseigne de Poitiers. Elle tirait son nom d'un monument dont il ne restait plus en 12o6 que les ruines de trois piliers, dits Piliers de Gauthier (E. Ginot, Les enseignes, leur origine et leur rôle. Niort, 1901, jn-8% p. 16),

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tranl à son liùlellerie, il perçut une ninieur. On conUiil dans la t"oiilo(]uc les sergents du présidial avaient rencontré })ar la ville deux individus, les nommés La Fresnée et Métayer, accusés d'infâme brigandage aux environs; que ces deux individus avaient été arrêtés, traînés devant le présidial, jugés, condamnés, et qu'on venait de les pendre au gibet, le tout en moins de deux heures. Charles de la Grossetière ne prit que le temps de rentrer rapidement à l'auberge, de prévenir son domestique, et de payer ; il passa vivement les portes de la ville.

Le soir, il s'arrêtait pour coucher dans un petit village appelé Vouzailles'. Il dîna avec son valet en compagnie d'un homme qui dit se nommer Verdon et qui venait aussi de Poitiers. Ils causèrent. L'homme mit la conversation sur le sujet des deux brigands qu'on avait pendus à la ville dans la journée et dont tout Poitiers, en émoi, avait parlé. Au cours de la discussion, Charles s'anima et s'emporta. Il finit par avouer son indignation en ajoutant que c'était lui qui commandait les deux hommes et d'autres.

« On dit, s'écria-t-il, que nous sommes des voleurs! Tant s'en fault! Voilà ma commission! »

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