‹ Au temps de Louis XIIIChapitre 28 sur 46 · M. DE LA GR0S3ETIÈKF · texte numérisé non relu

M. DE LA GR0S3ETIÈKF

dimanche H juin, le capitaine des Roches expédia sur-le-champ son lieutenant, M. de Saint-Bonnet, à Torigny, pour metlrc au courant M. de Matignon de la nouvelle qu'il apprenait. M. de Saint- Bonnet arriva à Torigny sur les dix heures du soir.

Le lieutenant du gouverneur de Normandie qui était couché se releva. Séance tenante rédigeant une note succincte, il ordonna à un de ses gentilshommes habitant avec lui, M. de Sainte-Marie Tourneville, d'aller, à franc étrier, la porter au roi à la Rochelle. Il expédia un exprès à M. des Roches-Baritaut, avec deux ordres : le premier de faire arrêter M. de Tracy, de l'enfermer dans la prison de Vire, et de saisir dans sa demeure tout ce qui pouvait avoir appartenu audit de la Grossetière ; — le capitaine qui exécuta l'ordre aussitôt ne devait trouver que le cheval de Charles sur lequel il mit la main, et le laquais Laurent Siret qu'il arrêta; — le second était de venir le rejoindre avec un détachement de chevau-légers, à Régne ville, où il se rendait lui-même sur-lechamp.

En etîet, à minuit, il monta à cheval, accompagné- de M. de Saint-Bonnet auquel il avait ordonné de suivre, et le lendemain, sur les huit

heures du matin, ayant fait ses douze lieues, il pénétrait dans la cour du manoir de Régneville où l'attendaient le capitaine et ses cavaliers, tous pied à terre, tenant leurs montures par la bridée M. de Matignon demanda M. de Briqueville. On lui répondit qu'il n'y était pas. Il signifia aux domestiques qu'ils eussent à le lui trouver immédiatement. On finit par l'amener. Le lieutenant général lui fit connaître quel était le sujet de sa venue. Très troublé, le pauvre vieux M. de Briqueville — il avait soixante-dix ans — protesta qu'il ne connaissait pas de M. de la Grossetière; qu'il ne savait rien de son passage ; qu'il ne l'eût certainement pas « assisté au préjudice du service du roi ». Mais avant d'entrer au manoir, M. de Matignon s'était adressé à plusieurs paysans delà loca-

1. Si l'on veut voir comment une histoire colportée de bouche en bouche se déforme singulièrement, on n'a qu'à lire la lettre écrite à ce moment par un gentilhomme normand au Mercure français (t. XIV, 1628, pp. 212-214) pour lui raconter les faits. Un complot, dit ce gentilhomme, a été ourdi avec les Anglais en Basse-Normandie; le château de Briqueville devait être remis à ceux-ci avec la ville de Vire. Mais ce complot a été dénoncé à M. de Matignon par un huguenot du pays, et M. de Matignon est allé en mer arrêter un courrier lequel portait des preuves (ju'une armée de 15 000 hommes devait s'assembler en Normandie. M. de Matignon a fait alors arrêter une quarantaine de personnes dont quatorze ont été menées au roi par le capitaine des Roches-Bar! taat. — Cette histoire a été reproduite par R. Seguin dans son Histoire militaire des Bocains (Vire, Adam, 1816, in-18, p. 401) et Renault {Revue de Varrond. de Coidances, 1832, p. 99).

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lité et, les ayant interrogés, s'était assuré, par une enquête sommaire, de l'exactiturle des l)ruits qui lui avaient clé rapportés. Répliquant à M. de Briqueville qu'il s'en expliquerait devant les juges, il lui notifia qu'il le mettait en état d'arrestation ainsi que son valet de chambre Bréville; qu'il faisait saisie de son château ; qu'on allait mettre les scellés sur ses coffres et les portes de son cabinet; et qu'un conseiller au présidial de Goutances, M. de la Conterie-Guérin, procéderait à l'inventaire des meubles afin que tout fût en sûreté.

Après entente avec le capitaine des Roches, on décida qu'un brigadier et sept hommes resteraient au manoir pour le garder. Le matelot Sébire, qui se trouvait à Agon, fut arrêté. Puis M. de Matignon reprit le chemin de Torigny emmenant avec lui les prisonniers qu'accompagnaient M. des Roches- Baritaut suivi du reste de son détachement.

A Va.udry, petite paroisse située près de Vire, se trouvait à ce moment en villégiature un conseiller au parlement de Rouen, abbé de Saint-Saens, haut doyen tle Lisieux, M. du Rozel'. Le même

1. M. -du Rozel, ou ilii Rosel, élail en 161G, archidiacre d'Eu et un des principaux dignitaires du chapitre de Rouen {Registres capitiilaires , cités par J.-B. Lecomte, Monseigneur François de llarlai de Chanvalon, archevêque de Rouen. Rouen, imp. de E. Cagniard, 18G8, in-8", p. M). H s'intitule dans son rapport [Procès, fol. 19 r") : ■• Conseiller du roy en sa cour du Parlement

dimanche 11 juin, M. Claude du Rozel étant aux vêpres de l'église paroissiale, reçut, pendant le sermon, un mot que lui apportait un gentilhomme de la part du capitaine des Roches-Baritaut, le priant de se transporter à Yire, en raison « d'une affaire qui estoyt grandement importante au service de Sa Majesté ». M. du Rozel se hâta de se rendre à la ville, oij le capitaine l'informa de l'événement et lui demanda de vouloir bien commencer l'instruction.

Assisté de « maître Robert Durand, enquesteur en la vicomte de Vire », M. du Rozel se mit à l'œuvre sans plus attendre, pour interroger les prévenus. Le 13, un laquais de M. de Matignon vintle prévenir que le lieutenant général lui demandait de se rendre à Torigny pour y poursuivre le procès. Le conseiller s'y transporta, s'installa dans la maison de M. de la Fosse, lieutenant du bailli de Caen, et fît appeler devant lui domestiques, paysans, gens de tous états et de toutes conditions qui pouvaient contrôler les dires de MM. deTracy et de Briqucville, du matelot Sébire et autres préalablement questionnés. Le premier soir, « comme

de Rouen, baron et abbé de Saint-Saens, seigneur châtelain et patron de Vaudry et Vieux-Socn ». Vaudry est aujourd'hui une commune située à 3 kilomètres de Vire.

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nous soupions », écrit-il dans son procès-verbal, deux dames se présentèrent : c'étaient madame de Tracy inquiète du sort de son mari, « avec sa fille et damoiselle » '. M. du Rozel leur signifia de se tenir à sa disposition, de ne pas quitter la localité et de revenir le lendemain malin pour être interrogées.

Les prévenus se débattirent contre les imputations qui pesaient sur eux. M. de Tracy protesta « qu'il n'avoit jamais desservy le roy, ny le desserviroit, et que ce qu'il avoit faict, ç'avoit esté par considéracion que ledict sieur de Bréau estoit nepveu de la dicte sa femme ». Il s'excusa de ne pouvoir se défendre comme il pourrait, en raison de son état de santé; qu'il était malade depuis deux ou trois ans d'une fièvre quarte ; que le vovage qu'on lui avait fait faire de son logis à la prison, par les émotions douloureuses qu'il lui avait procurées, « estoit cause qu'il n'avoit pas l'esprit assez fort pour nous respondre ».

Madame de Tracy s'indigna. Elle n'avait rien fait de mal contre le roi en recevant un neveu qu'elle n'avait pas vu « depuis douze ans ». D'ail-

1. Madame de Tracy avait deux filles. L'une d'elles était précisément très malade au moment où La Grossetière vint chez sa tante {Pi-ocès, fol. 24 V).

leurs pouvait-elle empêcher ce neveu d'entrer chez elle « à raison que toutes les murailles de la maison sont par terre »? Le juge lui parla de l'argent qu'elle avait donné à Charles de la Grossetière. Elle nia vivement disant « que les affaires de sa maison ne sont point en tel estât qu'elle puisse prester ni bailler argent à personne, ce qui est assez notoire à un chascun ». Pressée de questions, elle finit par avouer qu'elle avait donné trois quarts d'écus au laquais de Charles, mais, corrigeait-elle, ce laquais, après tout, était celui de sa sœur. Sur la fin de son interrogatoire, un peu troublée, elle supplia que Sa Majesté voulût bien lui pardonner dans le cas où elle eût commis quelque faute, en raison de son degré de parenté avec M. de la Grossetière, auquel, bonnement, elle ne pouvait au moins refuser à dîner; elle invoqua « la fragilité et ignorance de son sexe », promettant « qu'elle n'ouvriroit plus la porte à son neveu ni à aucun huguenot ». M. du Rozel conclut qu'il la mettait en état d'arrestation, mais toutefois, la laissait libre, provisoirement, à condition « de ne désemparer de la ville, à peyne d'être attainte et convaincue des crimes contre elle imposez ».

La défense de M. de Briqueville fut touchante.

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Il ne savait pas, dit-il, qu'il eut affaire à M. de la Grossetière, celui-ci ne s'étant nommé que de la Bergerie. S'il eût soupçonné être en présence <i d'un autre que serviteur du roy », il l'eût arrêté de ses mains et mené à M. de Matignon. Il demandait qu'on eût pitié de lui. Toute sa vie il avait bien servi le roi; vingt fois il avait témoigné de sa fidélité, du temps où il se portait bien. Aujourd'hui, qu'il était « vieil, incommodé de sa santé », malade, qu'il ne pouvait plus quitter sa demeure, il avait envoyé son fils au roi, à la Rochelle, pour qu'à son tour celui-ci servît Sa Majesté. Qu'on eût miséricorde ! Ce qu'il avait fait « n'avoit pas été faict par malice, mais plutôt par ignorance! » Il se retira en pleurant*.

Le matelot Julien Sébire commença par nier d'abord énergiquement. Il invoqua des alibis. Le dimanche où on l'accusait d'avoir passé M. de la Grossetière à Jersey, il avait assisté aux messe et vêpres de -sa paroisse; le lendemain il était allé

1. Ce fils de M. de Briqueville, Jacques de Piennes, qui avait épousé en 1621 mademoiselle Hilairc de Magneville, sœur de M. de Magneville, baron de la Haye-du-Puits (Bibl. nat., ms. fr., 30 723, fol. 115-116), allait être tué le 3 octobre suivant à Laleu, devant la Rochelle, d'un coup de canon tiré de la place, dit Bernard (II, 99); tiré par la flotte anglaise, dit le Mercure français (XIV, 1628, p. 680). Il laissait deux fils et deux filles (Bibl. nat., ms. fr., 31 149, dossier 7 234).

à Coutances; le reste de la semaine il avait été occupé à recueillir la taille dans le pays*. Quand voulait-on qu'il eût fait ce voyage? On procéda à des confrontations. Sébire finit par avouer, invoquant pour excuse qu'il avait eu peur de M. de Briqueville, lequel « avoit toute autorité sur cette coste-là de la mer, et qu'il n'avoil osé dire [la vérité] pour la crainte dudict sieur de Briqueville, craignant qu'il ne le mist hors de sy peu qu'il a de bien et qu'il ne luy ostat le crédit qu'il a avec les marchands ».

Au bout d'une semaine M. du Rozel ayant réuni un faisceau de renseignements et de preuves, le

1. Sébire était « collecteur de paroisse ». Quand le conseil du roi avait fixé la somme de la taille à percevoir pour l'année, (17 millions en moyenne, au moment où nous sommes, plus 4500 000 livres d'extraordinaire) il répartissait cette somme entre les 21 généralités du royaume. Dans chacune de celles-ci, les trésoriers généraux de France (en moyenne 10) réparlissaient entre les 149 élections du territoire, et dans chaque élection les élus (en moyenne 9) réparlissaient à leur tour entre les 23 159 paroisses de France. Chaque paroisse alors désignait des collecteurs qui dressaient avec ceux de l'année précédente le rôle delà taxe, la cote de chaque individu, et allaient percevoir l'impôt de porte en porte {Sonwiaire traité du revenu et despence des finances de France, 1622. Bibl. nat., collect. Dupuy n° 89, fol. 243 et suiv. Imprimé dans la Revue rétrospective, 1" série, t. IV, p. 159-186; et par E. Fournier, Variétés hist. et litt., VI, 85-130). Les collecteurs envoyaient les fonds aux receveurs particuliers, dans les élections, qui les transmettaient aux receveurs généraux dans les généralités, lesquels adressaient, toutes dépenses payées, ce qui restait à « l'Epargne » (Description de la France, en tête du Voyage de France du P. de Varennes, Paris, 1639, in-8°, p. 54).

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18 juin, M. de Matignon lit son rapport circonstancié au roi. De la Rochelle on répondit de garder les prévenus en prison et d'attendre. On comprend maintenant comment Charles de la Grossetière, arrêté à la Haye-du-Puils, en débarquant en Normandie, le mardi 11 juillet, trois semaines plus tard, trouvait toutes les autorités beaucoup plus informées sur ses faits et gestes qu'il ne pouvait le soupçonner et le craindre.

La nouvelle de l'arrestation de leur jeune envoyé arriva aux habitants de la Rochelle le dimanche 16 juillet, cinq jours après l'événement. Un petit garçon s'étant avancé jusque vers les lignes de circonvallation de l'armée royale, fut hélé par un cavalier qui lui donna un peu de pain de munition et lui dit d'aller prévenir le maire que « le sieur de la Grossetière « avait été pris revenant d'Angleterre. Le conseil de la municipalité auquel M. Guiton communiqua l'avis en manifesta une certaine émotion'. La nuit suivante, aux avantpostes des assiégeants, les factionnaires crièrent aux sentinelles de la ville les plus rapprochées, qu'efTectivement M. de la Grossetière avait été

1. « On fut en peine tout le jour. • Ces détails sont donnés par P. Meruault {Journal du siège, pp. 417-418).

arrêté ; on disait que c'était à la Haye, en Touraine, et le bruit courait qu'on allait l'amener au roi^ Le maire rappela au conseil ce qu'avait dit Charles, en partant, à savoir que s'il était pris dans le délai d'un mois après son départ, ce ne pouvait être que bon signe et la preuve que la flotte de secours était sur le point d'appareiller. Il fallait donc considérer cet événement comme un indice heureux. M. Guiton ajouta qu'il avait promis à La Grossetière de tenir M. de Feuquières pour otage dans le cas où il lai arriverait malheur. M. de Feuquières fut invité à faire connaître au camp du roi cette décision, mais il répondit avec irritation qu'il s'y refusait". Un gentilhomme huguenot, M. de la Gotencière, écrivit alors au maréchal de Schomberg au nom de la ville, pour lui faire part de l'état respectif du sort de l'un et l'autre prisonniers. La lettre fut envoyée par un trompette. Le maréchal répliqua sèchement qu'une telle com-

1. Voici la phrase des soldats : « Votre Grossetière a esté pris à la Haye-en-Touraine; il sera demain à Marans! » {laid.). Ils ont confondu la Haye-du-Puits avec la Haye, en Touraine. D'après le nonce Guidi, ce ne serait que le 17 qu'on aurait appris au camp l'arrestation de la Grossetière (Rodocanachi, Les derniers temps de la Rochelle, p. 29). « In un porto délia Bassa Normandia era stato preso un gentiluomo, detto la Giassetiera, ugonotto ».

2. « Il le refusa en se dépilant » (Meruault, 418). Il était enfermé dans la tour de Moureilles près de la porte de Maubec {Ibid., p. 170).

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municalion ne comportait pas de réponse, mais que néanmoins il en faisait une par égard pour celui qui l'avait adressée, alin de lui dire simplement « que ceux de la Rochelle devenoient insolens, et que s'ils estoient assez téméraires pour se porter à un tel excès, il leur seroit rendu au centuple ».

Dans l'entourage du roi, la démarche imprudente des gens de la ville en faveur de La Grossetière auprès de M. de Schomberg causa un vif mécontentement. Cependant vraie ou fausse, la menace ne pouvait pas être négligée : le cardinal de Richelieu ne se souciait pas assez de Charles pour sacrifier à son propos M. de Feuquières*. Ordre fut donné de surseoir jusqu'après la fin du siège à décider de la situation du prisonnier, et, en attendant, pour qu'il n'échappât pas et l'avoir ensuite plus tôt sous la main, de le transférer en Saintonge, au milieu de l'armée.

M. Gaspard Coignet, sieur de la Tuilerie, continuait, dans la citadelle de Saint-Lô, à interroger Charles de la Grossetière, lorsqu'il reçut l'injonc-

1. Au dire de C. Bernard {HîsL de Louis XIII, II, 91), le gouvernement recula d'autant plus sérieusement qu'on se souvint d'un conseiller au grand Conseil, M. Sapin, et d'un abbé, M. de Gastine, pour lesquels on avait méprisé semblable menace, ce qui leur avait coûté la vie.

tioii d'avoir à arrêter la procédure, rassembler tous les papiers, mettre ensemble les pièces diverses quelconques se rapportant à l'affaire et adresser le dossier complet à la cour. En même temps la garnison de cavalerie de Saint-Lô était avisée qu'elle avait à fournir une escorte de vingt chevau-légers chargés de conduire le prévenu. Les instructions du gouvernement furent exécutées. Le cortège, dont le lieutenant de la Richardière avait pris le commandement, reçut mission de se rendre à Marans'. Parvenu aux environs de Marennes, vers le 8 août, au soir, l'officier commandant aperçut au loin une troupe de cavaliers qui venait surlui. Inquiet de cette rencontre, il eut l'idée qu'il se trouvait en présence d'un parti de huguenots se préparant à l'attaquer pour lui enlever la Grossetière. Il fil amorcer les pistolets,

1. D'après Ch. Bernard (Ilnd.), ce serait la compagnie de chevau-légers de d'Arbouze qui aurait été chargée de conduire La Grossetière à la Rochelle et le commandement de l'escorte aurait été donné à M. Descauville-Thomas, le gentilhomme chargé d'arrêter l'envoyé des Rochelais à Carteret. — Il y a trois la Richardière au siège de la Rochelle : le père, « bon homme de marin », qui se distingua dans la défense de l'île de Ré en passant plusieurs fois le bras de mer {Relation du siège de la Rochelle dans Arch. curieuses, 2" série, 111, 69), le fils aîné, dit le capitaine Maupas, « jeune homme fort entendu à la marine et plein de courage », qui s'illustra de même (Michel de Marillac, Relalio)i de la descente des Ayiglois en Vile de Ré, p. 117, 147; Mémoires de Richelieu, I, 471, 476); et enfin celui-ci, le lieutenant.

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tirer les cpccs, et amenant son monde au petit trot, chargea furieusement la bande. Ce n'étaient point des huguenots, mais des carabiniers royaux qui battaient la campagne sous les ordres du capitaine Arnauld de Courbeville, beau-frère, précisément, de M. de Feuquières. Cette déplorable méprise coûta la vie à deux chevau-légers et à trois carabiniers '. Charles de la Grossetière fut remis entre les mains de M. de Guron, gouverneur de Marans, et incarcéré".

L'annonce de son arrivée à deux pas de la Rochelle se répandit dans la ville seulement quinze jours après, le 22 août; en môme temps courut le bruit qu'on allait lui faire sans désem-

1. Le nonce Guidi conte l'incident (Rodocanachi, Les derniers temps de la Rochelle, p. 43). La rencontre aurait eu lieu, d'après lui, près du bourg de Moeze et l'escorte qui accompagnait La Grossetière était de vingt chevaux.

2. Voici la lettre du roi conliant La Grossetière à M. de Guron (Bibl. nat., ms. fr., 30 857, fol. 94) : « Monsieur de Guron le sieur de la Grossetière ayant été pris prisonnier en ma province de Normandie, Je l'ai l'ait mener jusfjues à Marans en bonne et sûre garde. Vous le motlz'cz dans le château et le ferez garder si soigneusement que vous me puissiez répondre de sa personne, et me donnerez avis du jour que vous l'aurez reçu ». n juillet 1028. — ■ « Grossetière est arrivé à Marans », écrit Fortin de la lloguette à Pierre Dupuy {Lettres inédites, éd. Tamizey de Larroque. La Rochelle, 1888, in-8'\ p. l^O). >• M. de la Tuilerie, maistre des requêtes a esté envoyé pour l'ouir » ; détail inexact; M. de la Tuilerie avait déjà interrogé le prévenu.

parer son procès. M. Guiton, qui était en relations avec le capitaine Arnauld de Courbeville, lequel avait de temps à autre l'autorisation de communiquer avec M. de Feuquières, lui écrivit une lettre indignée où en lui annonçant qu'on venait « d'apprendre que M. de la Grossetière a été pris depuis quelque temps par ceux du roi et qu'on le veut faire mourir par voye de justice contre la faveur et la loy des prisonniers de guerre y, il déclarait avec menace que pareille mesure constituerait pour les habitants de la Rochelle « une playe qui ne scauroit nous estre que très honteuse et sensible; telle, en un mot, que je ne voy pas les esprits de cette ville capables de la souffrir sans rcvenche ' ». M. Arnauld de Courbeville se contenta de répondre que le jeune prisonnier était confié à la garde de M. de la Richardière àMarans et qu'il était traité avec courtoisie.

En même temps M. Guiton écrivait au cardinal de Richelieu. Ayant été informé, lui disait-il, que M. de la Grossetière, « gentilhomme d'entre ceux qui sont sorty d'ici par employ de ceste ville et soulz noz commissions », avait été arrêté et mené à l'armée du roi, il s'était reposé sur le droit de

1. Le texte entier de celte lettre est donné par P. MeruauU, Journal du siège, p. 469.

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la guerre, (jui épargne les prisonniers et prescrit de leur faire quartier. Mais voilà que « nous apprenons ce matin » qu'on va lui faire son procès, le traîner devant des juges et le condamner à mort « comme s'il feust prévenu de quelque crime ou qu'il feust homme sans adveu ». Cette nouvelle le surprenait. La Grossetière « n'a fait prise, voiage, ny action qu'avec charge de nous et dont il ne soit bien advoué ». Le maire, les échevins, les pairs et les bourgeois de la Rochelle comptaient que le cardinal ne ferait aucun mauvais traitement à M. Le Venier, celui-ci n'ayant agi que par leurs ordres.

Le ministre prit très mal cette nouvelle intervention ^ Il répondit le jour même. Il était très fâché, disait-il, que les gens de la Rochelle s'avisassent de demander des grâces au roi au lieu de songer à les obtenir par leur conduite; il s'étonnait ensuite qu'ils en sollicitassent pour un simple particulier lorsqu'ils en avaient tant besoin pour eux. « Vous n'estes, ajoutait-il, ny de condition, ny en estât de traitter de pair avec vostre maistre;

d « Le vent du bureau n'est pas favorable pour ce prisonnier, écrit Fortin de la Hoguette (op. cit., p. 127), s'il ne se confesse, encore qu'on ne puisse hasarder sa teste sans mettre en compromis celle de Féquaires. Une prompte reddition de place viderait ce dilférend à l'avantage des prisonniers. «•

la pensée en est criminelle! Vous augmentez le nombre de vos fautes ! » Il ignorait en vérité les intentions du roi au sujet de M. de la Grossetière, mais quoi qu'il arrivât, celui-ci ne recevrait pas de châtiment qui fût inférieur à ses démérites. Il achevait en prévenant les Rochelois qu'ils eussent à ne laisser désormais sortir qui que ce fût de leurs murailles, Sa Majesté étant décidée à ne permettre à personne d'approcher de ses lignesV

Le cardinal cependant avait hâte de finir cet interminable siège qui durait depuis plus d'un an, ruinait l'Etat, occupait des forces considérables pendant qu'on en avait besoin ailleurs. Il voulait décider les assiégés à se rendre. Sur son ordre le capitaine Arnauld de Courbeville alla se présenter à une porte de la Rochelle et feignit de proposer soit le rachat de son beau-frère M. de Feuquières,

1. Les deux lettres de Guiton et de Ricbelieu ont été souvent reproduites. On en trouve le texte manuscrit : aux Arch. des AIT. étrangères {Mém. de Richelieu, ms. A., p. 293); Bibl. nat. (Cinq-Cents Colbcrt, 17, fol. 432); Collection Moreau, (7b4, fol. 11). Elles ont été imprimées dans le Mercure français (XIV, 1628, p. 0G2); le P. GrilTet {Uist. de Louis XIII, Paris, 1758, 3 vol. in-4'\ 1. 1., pp. 597-.59S); Avenel (Lettres de Richelieu, III, 131-132); la relation du nonce Guidi (Ilodocanaclii, Les derniers temps du siège de la Itochelle, pp. 53-57); un opuscule du temps intitulé : Lettre qui a esté prinse à un espio7i de la Rochelle, qui a esté pendu à Aytré; ensemble la lettre dudit maire de la Rochelle, etc. Niort, I. Moussât, 1628, in-8°. Richelieu dans ses Mémoires (I, 548) en donne, avec le sens, presque les termes mêmes.

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soil réchange do celui-ci avec Charles de la Grossetière. C'était un prétexte. LesRochelois comprirent. Ils envoyèrent des commissaires qui, après les premiers pourparlers, se rendant compte qu'il s'agissait d'une reddition pure et simple, sans conditions, reculèrent. Il n'avait même pas été question de La Grossetière dans les entrevues '.

Mais la fin du siège approchait. Malgré une résistance héroïque, les Rochelois n'en pouvaient plus : ravagés par la famine, les gens tombaient exténués, hâves, squelettes vivants. On n'enterrait pas les cadavres qui gisaient çà et là; les soldats ne montaient plus les gardes n'ayant ni la force de porter un mousquet, ni le courage de

l. Le nonce (Rodocanachi, p. 29), Bernard (III, 93), Fonlenay- Mareuil {Mém., p. 209), Fortin de la Ilogiietle {op. cit., p. 126) parlent de ces pourparlers dont La Grossetière est le prétexte. Le bruit courut même que ces pourparlers avaient abouti. « On a consenti, dit Fortin de la Hoguette (Ibid., p. 135), à l'eschange de Faiquaires avec Grossetière, pourvu que Grossetière n'entre pointa la Rochelle afin qu'il ne leur rende pas compte de sa députalion en Angleterre. ■> — Arnauld de Courbeville, pour entretenir la comédie, consentit à se faire Fintermédiaire d'une correspondance entre La Grossetière et madame d'Aigrefeuille. Il y eut deux ou trois échanges de lettres entre les lieux fiancés i7'?'ocès, fol. 44 v"; Merua.i\\l, Joui'nal du sièffe, p. 480). •• Je liens parole à madame d'Aigrefeuille, écrit le 3 septembre le capitaine à M. de Feuquiôres; je lui envoie une lettre de M. de la Grossetière, lequel je trouvay aussi sain qu'amoureux. Je vous assure que les nouvelles que je lui donnai de sa maistresse lui apportèrent plus de joie que sa prison ne fait iraffliction. >>

gagner les remparts; l'aspect de la ville était lamentable. Il n'était rien qu'on n'eût épuisé pour se nourrir, jusqu'aux cuirs, que l'on bouillait, et personne ne réclamait la capitulation. 11 fallut s'y décider. Une commission des derniers membres de la municipalité en état de se tenir debout fut envoyée au cardinal de Richelieu pour discuter les termes de la soumission, en réalité pour accepter simplement les conditions du vainqueur. Ces conditions étaient douces puisque aucun Rochelois ne devait être frappé, pas même le maire Guiton; aucune propriété n'allait être confisquée. Seulement la ville perdrait ses privilèges de municipalité autonome et partie de ses murailles serait rasée. Au cours des conférences qui eurent lieu à ce propos, les commissaires voulurent parler de Charles de la Grossetière afin de l'introduire dans la capitulation et de le sauver '. Ils se heurtèrent à une opposition irréductible. Ils insistèrent. On se fâcha. Ils pensèrent aller « presque au dernier point »; mais Richelieu irrité « les rabroua et déclara tout net que s'ils se roidissoient sur cet article » il fallait en rester là. Le cardinal ajouta que le roi qui leur faisait grâce aviserait à ce qu'il

1. Voir Arcère, Hist. de la ville de la Rochelle, II, 320; Mercure français, XIV, 1628, p. 639.

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dcvrail accorder au jeune gentilhomme détenu. Le mercredi 1" novembre, fête de la Toussaint, Louis XIII fit son entrée dans la ville de la Rochelle au milieu d'une haie de ce pauvre peuple « d'anatomies » vivantes qui criait d'un voix faible : « Vive le roi M » Le 4, le prince signait les lettres officielles par lesquelles « le nommé la Grossetière, ayant pendant ces mouvements mesmes devant le siège de nostre ville de la Rochelle entretenu diverses négociations, pratiques et menées contre nostre service avec les estrangers ennemis de nostre Etat pour induire les Anglois à faire des dessentes en ce royaume et donner secours et assitance à nossubjcctz rebelles », était traduit devant une commission judiciaire qui se tiendrait à Poitiers et que présideraient deux conseillers au grand Conseil assistés de juges au présidial de cette ville, pour s'y voir « faire et parfaire son procès selon nos édictz et déclaracions ».

Six archers commandés par l'exempt des g-ardes Grisart, transférèrent Charles de la Grossetière de

1. « Squelettes, fantômes vains, morts respirant plutôt qu'hommes vivans! » (Richelieu, Mém., 1. 549). « Spectres plutôt que soldats; les visages allangouris sembloient estre des skelettes! » (Bernard, II, 109). Louis XIII en pleura (Meruault, Journal, p. 651).

Marans à Poitiers où il fut écroué à la conciergerie du palais*. Les deux conseillers choisis pour constituer son tribunal étaient MM. Etienne de la Bistrate, sieur d'Estigny, et Sévilly, Jehan Joubert, sieur de Brécourt, tous deux redoutables magistrats, fermes serviteurs du roi, entiers et durs -.

La procédure devant ces commissions extrajudiciaires était simple : un ou plusieurs interrogatoires, c'était tout. Ni avocat, ni plaidoiries, ni auditions de témoins, ni confrontations, ni discussions, ni enquêtes, rien; surtout lorsque pour un accusé, comme ici, on avait un volumineux dossier de procès-verbaux antérieurs ^

1. Lettre du roi à M. de Guron (Bibi. nat., ms. fr., 30 857 fol. 95). « Ayant commandé au capitaine Grisart, exempt de mes gardes en la prévôté de mon hôtel, de s'en aller à Marans avec six archers desdits gardes pour y prendre le nommé Grostière et le conduire aux prisons de mon grand Conseil en ma ville de Poitiers pour lui estre, le procès, fait et parfait, je vous ai voulu faire ceste lettre pour vous ordonner de lui remettre ledit Grostière entre les mains sans y apporter aucune difticuUé. »

2. Une délégation du grand Conseil était venue s'établir à Poitiers dès le 27 novembre 1627 et y devait siéger jusqu'au 28 novembre 1628, soit parce que le roi voulait avoir cette compagnie plus près de lui (Thibaudeau, Hist. du Poitou, VI, 111), soit parce que les désordres causés dans la région par les brigandages des soldats et des paysans nécessitaient la présence d'un tribunal qui eût plus d'autorité que le présiilial de Poitiers (Auber, llùt. générale du Poitou. Poitiers, 1S93, IX, 378). M. de Bercy-Mallon, parent de la Grossetière, était i)résidenlde celte section de Poitiers {Ibid.).

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