‹ Au temps des PharaonsChapitre 10 sur 87 · Sayce, ap. FI. Pétrie, EUAmarnaj p · texte numérisé non relu

Sayce, ap. FI. Pétrie, EUAmarnaj p

aussi n'est-il pas étonnant qu'un étranger ait été préposé à cette « diplomatique t> étrangère. On sait que les hiéroglyphes égyptiens représentent les lettres, les sons syllabiques et les idées par des figures d'hommes, d'animaux, de plantes, de choses diverses reproduites avec la plus scrupuleuse fidélité : les signes sont très aisés à reconnaître, et même, pour les égyptologues, la question de lecture visuelle des signes est attrayante et facile. Chez les Babyloniens au contraire, les signes de l'écriture, qui étaient au début des figures analogues aux hiéroglyphes égyptiens, ont été très vite stylisés, puis défigurés. L'usage de briques molles, pour recevoir l'écriture, et d'un stylet, pour la tracer, amena les scribes de l'Ëuphrate à remplacer les lignes droites ou sinueuses d'une figure humaine ou animale, ou les contours d'un objet, par une série de traits rigides auxquels le stylet donnait l'aspect d'un clou ou d'un coin (d'où le nom cunéiforme). Peu à peu une étoile, une tête d'animal, une main humaine, ne furent plus qu'un amas do traits superposés dans le sens horizontal ou vertical; aujourd'hui, l'œil non averti n'y reconnaît pas plus la figure originelle que dans les signes chinois qui ne sont, eux aussi, que des silhouettes d'êtres ou objets, déformées par une stylisation exagérée.

Par contre, si l'écriture cunéiforme est peu attrayante à l'œil, elle a l'avantage d'être nette et

facile à tracer. Aussi — les briques d'El-Âmarna nous l'enseignent — était-elle adoptée dans toute l'Asie occidentale, sans doute depuis les temps presque fabuleux de la conquête de la Syrie et de la Mésopotamie par Sargon l'ancien, roi de Babylone (3 500 ans av. J.-C). c L'écriture de ces lettres — nous dit M. Halévy — est le babylonien cursif ; la langue est le babylonien ordinaire qui constituait alors l'idiome littéraire, non seulement des Sémites du Nord, mais de tous les peuples du Taurus et de l'Amanus qui avaient quelque civilisation. Sur le cours supérieur de l'Euphrate, on avait déjà adapté l'écriture babylonienne aux idiomes non sémitiques de ces contrées. »

C'est à cette dernière circonstance, fort curieuse, que l'on doit d'avoir trouvé, parmi les lettres d'El- Amarna, deux épîtres, écrites en signes cunéiformes, mais dans une langue encore inconnue, celle du Mitanni : de ces lettres, nous pouvons lire les sons, non le sens. Certaines populations indoeuropéennes de l'Asie antérieure avaient aussi adopté l'écriture babylonienne comme véhicule de leur langage : le musée Guimet possède plusieurs textes d'une langue indo-européenne recueillis en Cappadoce par M. Chantre et écrits en caractères cunéiformes.

Malgré le voisinage géographique de la civilisation babylonienne, propagée par l'écriture, les Egyptiens employés au bureau des dépêches avaient

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besoin d'une initiation véritable pour remplir congrûment leur office de traducteurs et de rédacteurs. La langue et l'écriture à employer étaient difficiles; aussi avait-on rédigé à leur usage des vocabulaires dont Pétrie a retrouvé des fragments. Ce sont des briques soigneusement divisées en trois colonnes : dans la première est écrit le signe de l'écriture, Tidéogramme; dans la deuxième, sa transcription en équivalents syllabiques du dialecte sémitico-babylonien en usage chez les divers peuples de l'Asie occidentale; dans la troisième, la prononciation de ce signe en sumérien, c'est-à-dire dans la langue originale babylonienne. Un des traités porte l'indication que le vocabulaire est rédigé c par ordre du roi d'Egypte » : on peut juger que Pharaon exigeait de ses scribes une connaissance approfondie de la langue étrangère, puisqu'à la rigueur la transcription sumérienne était inutile, sauf à ceux qui ne voulaient rien ignorer des finesses de l'écriture cunéiforme*.

On s'explique les encouragements donnés à l'étude de l'idiome étranger quand on s'aperçoit que non seulement les dépèches des princes ou des chefs asiatiques sont rédigées en cette langue, mais que les Pharaons eux-mêmes l'emploient. Une longue lettre d'Âménophis III à un roi de Babylone est composée dans le même dialecte que la dépèche

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