Journal Asiatique, 1891, I, p
DIPLOBfATIE PHARAONIQUE 59
sions asiatiques. Aussi quand les pharaons de la XVn* dynastie eurent refoulé Tinvasion des Pasteurs ou Hyksos au delà de Tisthme de Suez, tous leurs successeurs de* la XVIIP dynastie (vers 1500 avant notre ère), les Thoutmès et les Aménophis occupèrent-ils ces villes de la côte qu'on appelait déjà les € Echelles » du Levant, Gaza, Ascalon, Tyr, Sidon, Arad; de là ils montèrent au défilé de Mageddo, clef de la Palestine, et aux passes de Qodshou, porte de la vallée de l'Oronte et de TEuphrate, supérieur.
La côte et les premiers plateaux syriens restaient sous Tinfluence directe des Pharaons. Sur la côte, nous voyons déjà ces républiques maritimes, de langue sémitique et de constitution oligarchique, auxquelles les Hellènes appliquèrent ensuite le nom de Phéniciens; à l'intérieur, Jérusalem et le pays de Chanaan sont occupés par d'autres Sémites, qui ne sont pas encore les Hébreux de Moïse; TExode n'est peut-être pas commencé ou, tout au moins, pas terminé; les Hébreux sont encore en Egypte, où ils errent dans les déserts du Sinaï et les steppes d'outre -Jourdain. Au delà, dans l'Asie antérieure, du golfe d'Alexandrette au golfe Persique s'étendaient les empires récents ou antiques : royaume d'Alasia sur le bas Oronte, royaume de Mitanni sur le haut Euphrate, royaume d'Assour sur le Tigre moyen, royaume de Kardouniash, qui avait hérité la puissance de Babylone sur le bas Euphrate. Ce
sont les principicules de la côte et des plateaux, et les rois de la périphérie qui envoient aux Pharaons Âménophis III et Âménophis IV les lettres retrouvées à ElÂmama. Les premiers sont des vassaux, les seconds des alliés; avec ceux-là, les Pharaons font de la politique de protectorat; avec ceux-ci, ils nouent des alliances.
Les lettres' provenant des villes de la côte syriennne, de la Palestine et de la vallée de rOronte, en un mot de toute la province égyptienne de Syrie, nous apprennent que les Pharaons n'étaient représentés dans aucune de ces villes, ni par des fonctionnaires égyptiens résidents, ni par des forces militaires permanentes. A Tyr, Sidon, Byblos, Jérusalem, nous trouvons des c hommes du roi » appelés khazani; « leurs villes leur appartiennent; leurs sujets courbent la tète sous eux d. Ce ne sont pas des Egyptiens. Leurs noms indiquent qu'ils sont du pays; souvent ils descendent de familles anciennes dans la région; parfois ils ont le titre de rois; parfois les khazani succèdent aux rois; peut-être la politique égyptienne favorisait une oligarchie divisée au détriment d'une monarchie plus redoutable aux étrangers. Dans certaines villes, Arad, Tounipou, il n'y a ni rois ni khazani,
1. Toutes les citations sont faites d'après la belle traduction de M. J. Halévy publiée dans le Journal Asiatique de 1890 à 1892 et la Bévue Sémitique de 1893-1894. J'ai aussi beaucoup utilisé les suggestifs articles du P. Delattre {Revue des Questions historiques^ t. LI-LX, 1892-1896) et la classique Histoire de G. Maspero.
mais de petites républiques : c'est le conseil des notables, « les enfants de la ville de Tounipou » ou les « habitants de la ville dlrgeta », qui correspondent directement avec Pharaon *. Dans tous les cas, ces locsAiiés jonisseni à' un self government, et s'adressent sans intermédiaire à la chancellerie égyptienne.
Les termes dans lesquels les uns et les autres de ces pouvoirs locaux marquent leur vassalité sont d'une humilité amusante : « Au roi, mon seigneur, mon dieu, mon soleil, roi mon seigneur, il est dit ceci : « Moi, khazanou de la ville,... ton serviteur, poussière de tes pieds et sol que tu foules, planche de ton siège, escabeau de tes pieds ^, sabot de tes chevaux, je me roule de ventre et de dos sept fois dans la poussière aux pieds du roi, mon seigneur, soleil du ciel d. L'attribution essentielle des khazani, leur raison d'être et la première qualité qu'ils se donnent, ils la définissent ainsi : « Je suis le serviteur du roi, le chien de sa maison, je garde tout le pays de... pour le roi mon seigneur' ».
En temps ordinaire, la correspondance se résume en quelques phrases : le pays est tranquille, les ordres du roi sont obéis, les tributs partent régu-
i. Revue Sémitique f 1894, p. 16.
2. Les psaumes des Hébreux nous diront à leur tour : donec ponam inimicos tuosy scabellam pedum tuorum.
3. Journal Asiatique^ 1892, I, p. 272; Hevue Sémitique^ 1894, p. 110.
lièrement pour l'Egypte. Ainsi le préfet de Sidon écrit : c Le roi mon seigneur est informé que la ville de Sidon, l'esclave qu'il m'a confiée, est tranquille. En prenant connaissance de l'ordre que le roi mon seigneur m'a envoyé, mon cœur s'est rempli de joie, j'ai levé la tète, mon visage et mes yeux se sont illuminés en présentant l'ordre du roi, mon seigneur,... voici : ton serviteur t'envoie cent bœufs et des esclaves femelles. Avis au roi, mon seigneur, soleil du ciel*. »
Si Pharaon envoie un messager, un convoi de marchandises ou une troupe d'archers, le khazanou doit les escorter, assurer leur sécurité et leur subsistance : < Le roi, mon seigneur, soleil du ciel, a envoyé le messager Hamya vers moi; voici :
j'ai écouté l'ordre du roi avec la plus grande attention;... moi avec mes troupes et mes chars, avec mes frères et mes combattants, nous sommes allés à la rencontre des troupes d'archers au lieu que m'a indiqué le roi ». Quand le roi lui-même visite sa province syrienne, le serviteur fidèle doit le nourrir lui et ses troupes : « Le roi mon seigneur avec ses troupes nombreuses regagne ses pays : aussi ai-je envoyé du gros bétail et une quantité d'huile au-devant de la grande armée du roi, mon seigneur ». Dans les cantons pauvres des montagnes, tel khazanou ne peut suffire à ces corvées et