‹ Au temps des PharaonsChapitre 13 sur 87 · Journal AsiatiquCy 1891, II, p · texte numérisé non relu

Journal AsiatiquCy 1891, II, p

s'en excuse humblement : c Que le roi mon seigneur envoie chercher Thuile : je n'ai ni chevaux ni voitures pour aller à la rencontre du roi et j'ai envoyé mon fils au pays du roi, mon seigneur* ».

Pour surveiller l'exécution parfaite de ses ordres. Pharaon a ses Messagers, < les yeux et les oreilles du roi en pays étranger », suivant les termes du protocole égyptien. Ils ont le pas sur tous les gouverneurs indigènes; aussi, à de très rares exceptions près, sont-ils égyptiens et hauts fonctionnaires de la cour pharaonique. On craint beaucoup leurs enquêtes : c Que le roi mon seigneur demande à tous ses messagers combien je suis un serviteur fidèle du roi ; que le roi interroge un tel, il verra que c'est vrai ». Ces inspecteurs étaient peut-être permanents, mais ils semblent n'avoir pas eu de résidence fixe. Ils interviennent avec rigueur dans les cas difficiles, mais toujours avec l'obligation d'en référer au Pharaon.

Les cas difficiles étaient fréquents. A la lecture de cette correspondance, la province égyptienne de Syrie nous apparaît comme infiniment morcelée en petits territoires autonomes, que divisent des rivalités continues : de khazani à khazani s'élèvent des conflits incessants, et cette division même semble ne pas déplaire au Pharaon qui y trouve les éléments de sa force, en dosant avec habileté ici

i. Revue Sémitique, 1893, p. 304-314 ; Journd Asiatique, 1892, I, p. 297, 318, 325.

ses faveurs, là ses rigueurs, en imposant partout sa volonté en dernier ressort. De toute part, on demande l'aide du Pharaon : ce sont des brigands qui pillent telle ville; là, c'est un khazanou qui s'empare effrontément des territoires des villes voisines : c Sache, ô roi, que les brigands ont soulevé ces villes contre moi... ; je suis comme un oiseau qui est dans un filet ou dans une cage... Envoie-moi des archers d'Egypte ». Les effectifs demandés ne sont point excessifs : le gouverneur de Mageddo sollicite l'envoi de deux archers ; celui de Tyr en demande vingt; celui de Byblos quatre, avec vingt chars (la « charrerie » d'Egypte était alors irrésistible; c'est à l'Egypte que les guerriers d'Homère emprunteront leurs chars); dans les cas très scabreux, on élève le chiffre jusqu'à deux cents soldats d'Egypte*. Ces renseignements montrent que Pharaon n'entretient pas de garnisons permanentes en Syrie. Les gouverneurs usent de leurs propres troupes; mais ils sollicitent l'envoi de quelques soldats égyptiens qui jouent sans doute le rôle d'instructeurs et constituent des cadres aux troupes indigènes, suivant le procédé que nous appliquons encore au Sénégal, au Tonkin, au Maroc. Parmi les nombreuses d affaires » dont traite la correspondance d'El-Amarna, il en est deux qui sont à peu près intelligibles dans toute leur suite et

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