‹ Au temps des PharaonsChapitre 2 sur 87 · J.-M. de Hérédia · texte numérisé non relu

J.-M. de Hérédia

parties souterraines sont intactes et aussi le grand spéos d'Abousimbel, qu'éclaire jusqu'au fond le soleil levant et dont gardent l'entrée quatre colosses taillés à même le roc.

Il existe cependant en Egypte des temples à peu près complets : ceux qui ont été reconstruits par les Ptolémées et les Césars, à Edfou, Philse, Denderah. Plus jeunes de mille ans que les précédents, entretenus avec soin jusqu'au iv* siècle de notre ère, ils ont mieux résisté aux causes de destruction. Si vous les comparez aux temples antérieurs, vous y trouverez un plan plus net et plus uniforme; peut-être, ce qu'il y a d'harmonieux et de raisonnable dans l'art hellénique avait-il influencé les derniers architectes égyptiens. Mais il ne faut guère s'en applaudir. Les plus vastes des temples ptolémaïques ne donnent plus l'impression de grandeur héroïque, qui se dégage de Karnak ou du Ramesseum ; leurs profils sont secs et durs ; leurs lignes paraissent étriquées, même quand elles sont démesurées. La décoration y est moins riche que chargée; les reliefs et les textes essayent d'un compromis entre le modelé réaliste de l'art hellénique et la sobriété hiératique du vieux style national : d'où ces figures attristantes et monotones qui rendent si pénible la visite d'Esneh et de Denderah. Ces critiques faites, il n'est que juste de louer la belle ordonnance du temple d'Edfou, les charmantes colonnes florales de Philse, aux

chapiteaux si diversement ouvragés, d'une coloration exquise et encore fraîche, et cette hypostyle de Denderah où, sous les dalles épaisses du plafond, sourit dans Tombre, au sommet de chaque colonne, une inquiétante face de déesse, aux longs yeux, aux oreilles de vache, coiffée d'un chapiteau en forme de sistre. Mais le véritable intérêt de ces monuments réside dans leur état d'intégrité. Gomme on l'a dit, la congrégation des prêtres d'Horus à Ëdfou saurait en quelques heures remettre le temple en état de recevoir le culte. Il ne manque que le mobilier sacré, les statues divines et les offrandes : tout le reste est encore là, textes et tableaux du rituel, calendrier des fêtes, catalogue des livres sacrés...

En somme, des temples antérieurs à la XVIIP dynastie, il ne reste presque rien, sauf des fragments et des substructures, précieux aux seuls archéologues; les édifices de la période suivante sont arrivés à nous plus qu'à demi détruits; seuls, les derniers temples construits semblent encore défier les siècles.

Il n'est pas inutile d'établir ces distinctions, car c'est une tradition courante et une impression assez habituelle, chez ceux mêmes qui ont visité rÉgypte, que les temples pharaoniques, en bloc, sont à l'abri des coups du temps ; on semble croire que dans ces ruines très anciennes toute vie est éteinte depuis tant d'années, que les forces de

destruction elles-mftmes y sont abolies : tels des momies, les corps démembrés des temples gisent à terre dans un état de conservation miraculeux et indéfini. C'est là une impression très fausse. La vie n'a pas abandonné ces pierres desséchées : l'œuvre de destruction graduelle et de transformation s'y poursuit et s'est brusquement révélée» dans ces derniers temps, par des accidents qui auraient été irréparables sans la vigilance du Service des Antiquités.

Les causes de destruction sont les unes accidentelles et passagères, les autres essentielles et durables. Pour y remédier, le Service des Antiquités a dû mettre en œuvre tantôt des moyens de conservation partielle, tantôt des moyens de restauration complète.

Au nombre des causes relativement passagères de destruction, il faut mettre tout d'abord le défaut d'entretien de tous les temples depuis au moins 1500 ans. L'édit de Théodose I" a interdit, vers la fin du iv' siècle, tout autre culte que celui des chrétiens : les temples pharaoniques, dont plusieurs tombaient déjà en ruines, furent abandonnés aux injures du temps et des hommes. Or, l'on imaginera volontiers que des édifices aussi considérables et aussi nombreux nécessitaient un

très vigilant service d'entretien et de réparation. Les archives des temples nous ont fait savoir que les sanctuaires neufs de Tépoque ptolémaïque existaient déjà sous une forme primitive à Tépoque des Pharaons memphites ou thinites, quatre mille ans auparavant. De là, des restaurations continuelles.

A Denderah, par exemple, Thoutmès III, de la XVIIP dynastie, avait renouvelé le monument d'après des plans anciens datant du roi Ghéops et déjà consultés par Pepi P' de la VP dynastie * ; bien avant le fondateur de la grande pyramide, s'il faut en croire une tradition retrouvée par Ghabas dans un papyrus de Berlin, le temple de Denderah était déjà debout, au temps du roi Ousaphaïs, de la P' dynastie ^ Ces témoignages ont été confirmés partiellement parla découverte, dans une des cryptes secrètes du temple, d'un bas-relief représentant la statue du roi Pepi P', vénéré comme un des fondateurs du sanctuaire ^ Rappelons-nous maintenant que le temple actuel a été reconstruit au i®' siècle avant Jésus-Christ, et calculons quelle somme d'efforts successifs a été dépensée sur ce seul point pendant quatre ou cinq mille ans pour la conservation des sanctuaires.

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