‹ Au temps des PharaonsChapitre 25 sur 87 · Revue Sémitique^ 1893, p · texte numérisé non relu

Revue Sémitique^ 1893, p

que tu envoies sont des hommes de basse condition; par exemple, Zagara est un bouvier de menu bétail; il n'y en a pas un seul qui ait approché de ton père. » Mais Kallima-Sin réplique : c C'est n'importe quelle fille de noble que mes messagers ont vue chez toi; qui leur dit que (ce soit ma sœur)? » Nouvelle réponse de Pharaon : « Si ta sœur était morte, pourquoi te l'aurait-on caché? »

La scène est amusante et l'on peut s'expliquer, sans aller jusqu'à soupçonner un crime, que le rustre dont Kallima-Sin avait fait un ambassadeur, ait été décontenancé jusqu'au point d'en perdre le discernement des êtres et des choses, en pénétrant au harem de Pharaon. J'imagine qu'il fit triste figure, le pauvre diable d'Asiatique, mal accoutré et sans usages, quand on l'introduisit en pleine ruche bourdonnante, et qu'il fut en présence du Pharaon ironique et d'une centaine de reines rieuses, moqueuses, étincelantes de parures et nues sous leurs gazes transparentes. Un passage des Aventures de Sinouhit * nous permet d'avoir une idée de ce qui se passa.

Sinouhit, le héros de ce conte, a longtemps vécu exilé en Asie; rappelé par la clémence royale, on l'introduit devant le Pharaon en présence des reines et de la cour. Sinouhit sent ses membres se dérober sous lui et il perd connaissance, tandis

1. Ck)nte de la XII* dynastie. Cf. Maspero, Les contes populaires de V Egypte ancienne, 3' édition, p. 78.

que le lloi dit à la Reine : c Voilà Sinouhit qui revient, accoutré comme un Asiatique ! »Et la reine poussa un très grand éclat de rire, et les enfants royaux éclatèrent tous à la fois. » — Or, Sinouhit était un grand seigneur égyptien; quelle tenue plus ridicule ne devait pas avoir le messager de Kallima- Sin?

La sollicitude du roi babylonien est d'ailleurs touchante. Peut-être n'était-ce point un sort bien enviable que celui de ces princesses transplantées des cours barbares, du pays des Khétas et du Mitanni, ou même de la cour raffinée de Babylone, dans ce monde égyptien où les usages, les mœurs, le langage et les idées étaient si différents. A vrai dire, les futures reines emmenaient avec elles un cortège de femmes et de serviteurs, plusieurs centaines parfois \ qui leur servaient de c maison » et de a chapelle », et jouaient auprès d'elles le même rôle que les Florentins qui accoupagnaient en France les princesses de la famille Médicis, ou les Français qui escortèrent à Londres Henriette de France. Parfois même, — les lettres d'El- Amarna nous l'apprennent, — on leur envoyait d'Asie une statue de Notre-Dame Ishtar-Astarté, pour leur donner quelque réconfort^. Mais au bout

1. Une légende gravée sur un scarabée égyptien nous apprend que 317 femmes accompagnaient Kilagipa, princesse de Mitanni, épousée par Aménophis III. (Cf. Zeitschrift fur segyptische SprachCf 1880, p. 81; 1800, p. 112.)

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