‹ Au temps des PharaonsChapitre 26 sur 87 · Revue Sémitique, 1893, p · texte numérisé non relu

Revue Sémitique, 1893, p

de quelques mois la bonne déesse reprenait le chemin du pays natal, et avec elle s'en allaient» pour les reines, les souvenirs de leur enfance.

Un autre détail nous est donné par des lettres. Les Pharaons n'usaient pas volontiers de réciprocité et refusaient généralement leurs filles ou leurs sœurs à leurs alliés d'Asie. Les filles du c sang divin » n'étaient pas pour la couche de ces soudards ; on ne livrait pas les Marie-Louise égyptiennes aux Napoléon de Mitanni ou de Kardounyash.

C'est dont se plaint hautement un roi deBabylone :

Lorsque j'ai demandé la main de ta fille, tu as répondu en disant : < Jamais la fille du roi d'Egypte n*a été donnée à personne »... Quand on m'a rapporté ces paroles, j'ai envoyé dire ce qui suit : < Si tu me l'envoies à regret, j'aime mieux que tu ne me l'envoies pas du tout. Tu n'as pas pour moi la bienveillance d*un frère. Lorsque tu m'as fais part de ton intention de consacrer entre nous une alliance par un mariage, j'y ai répondu avec toute la bonté d'un frère; — et maintenant, mon frère, lorsque je t'exprime le désir de nous allier par un mariage, pourquoi me refuses-tu ta fille? Pourquoi ne me la donnes-tu pas? Si je t'avais refusé, cela se comprendrait; mais mes filles étaient à ta disposition, je ne t'ai rien refusée »

Il est vrai que les Pharaons savaient dédommager leurs alliés d'Asie. A défaut de femmes, ils

t. Journal Asiatique, 1890, II, p. 310.

AU TSMPS DES PHABAOMS. ^

leur envoyaient de l'or : là était le secret de leur influence invincible et la rançon de toutes les humiliations. « Envoie-moi de l'or..., je vais envoyer chercher ton or...; autrefois ton père envoyait à mon père beaucoup d*or... Il faut que tu m'envoies la même quantité d'or qu'envoyait ton père *... > Telles sont les phrases répétées sans trêve dans les lettres d'Ël-Âmarna; il n'en est peut-être pas une seule où il ne soit question de l'or dont dispose à pleines mains le Pharaon et sur lequel se ruent toutes les convoitises des Asiatiques. Les Pharaons étaient très riches en effet; l'Abyssinie; les mines de l'Etbaye et du Sinaï leur fournissaient en quantité l'or lavé, l'or de roche, les pierres précieuses et c'était un proverbe, souvent répété par les rois d'Asie, qu' « en Egypte le roi a de l'or comme de la poussière, en grande quantité »... c l'or pur est la poussière des chemins *. . . »

Ce n'était pas seulement par cupidité que les alliés asiatiques demandaient de l'or : ils l'exigeaient au nom de véritables conventions commerciales annexées aux traités d'alliance par le sang. Tous ces rois sémitiques nous apparaissent comme des commerçants avisés, des industriels habiles qui encouragent de leur mieux le travail des métaux déjà très florissant dans leurs domaines. Nous

1. Journ, As,y p. 311, 317, 322, 328, 341. Cf. Revue Sémitique, 1803, p. 121.

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