‹ Au temps des PharaonsChapitre 28 sur 87 · Diodore, I · texte numérisé non relu

Diodore, I

une civilisation préhistorique^ qui correspondrait aux stades étudiés ailleurs sous le nom d' « âge de la pierre, âge du bronze »? Jusqu'à ces dernières années, les égy ptologues s'étaient peu inquiétés des silex éclatés ou des pierres polies. Après le déchiffrement inespéré, inattendu, des hiéroglyphes, la tâche essentielle fut de rassembler les textes et de les traduire» ou de déblayer temples et tombeaux : aujourd'hui encore cette besogne colossale est à peine ébauchée. Mais des géologues et des naturalistes vinrent en Egypte, et ils abordèrent le problème auquel les épigraphistes et les archéologues étaient restés un peu indifférents.

Lors de l'inauguration du canal de Suez en 1869, le khédive Ismaïl invita généreusement les savants, en même temps que les princes, à visiter l'Egypte. Parmi eux le géologue Arcelin, M. Hamy le naturaliste et F. Lenormant s'intéressèrent aux cailloux du chemin de la vallée des Rois, que les égyptologues ne regardaient guère ; c'étaient des haches, des pointes, des couteaux en silex, comparables aux produits des ateliers de la période néolithique. Par malheur aucun ossement d'animal ni aucune couche géologique déterminée ne permettaient de dater ces silex éparpillés sur le sol du désert. Mariette, le premier directeur du Service des Antiquités, crut bon de prévenir MM. Arcelin, Hamy et Lenormant que rien n'autorisait à attribuer ces silex à l'époque préhistorique, d'autant que les

Égyptiens continuaient à fabriquer des armes en pierre pendant toute la durée de leur civilisation. Nous devons en convenir ; les égyptologues s'abandonnaient, avec un peu d'indolence, à cette idée que l'Egypte n'avait pas connu l'&ge de pierre : dès le début des temps les hommes qui l'avaient colonisée, venus on ne sait d'où, semblaient jouir d'une culture supérieure. Le mirage des dynasties divines n'éblouissait pas les seuls Égyptiens antiques. Toutefois Mariette pressentit l'intérêt de ces recherches nouvelles, et parut en désirer la réalisation : € Pour trouver les preuves de l'existence de l'âge de pierre en Egypte il faut de nouvelles fouilles exécutées dans des conditions telles que les monuments découverts soient évidemment de travail humain, en même temps qu'ils sont datés géologiquement d'une époque antérieure à toute histoire connue* ». Ces fouilles, Mariette se flattait de pouvoir les entreprendre ; il n'en eut jamais le loisir. On sait quelles tâches scientifiques absorbèrent l'activité de son successeur, M. Masperoj celui-ci n'oubliait pas, du moins, les promesses de Mariette. Au moment de quitter la direction du Service des Antiquités, en 1886, il rééditait le mémoire de Mariette sur l'âge de la pierre en Egypte, comme un programme des recherches qu'il devenait urgent d'entreprendre.

t. Mariette, De fâge de la pierre en Égyple (iSlO),

Un archéologue anglais, M. Flinders Pétrie, fut le premier à réaliser cette œuvre, sans avoir d'ailleurs un plan préconçu. Chargé d'exécuter des fouilles pour le compte de VEgypt Exploration Fund et de VEgyptian Research Account^ il apporta à cette tâche des qualités personnelles de méthode et d'observation. M. Pétrie n'était pas un égyptologue de carrière : pour lui, l'intérêt archéologique ne se limitait pas aux monuments écrits ni aux « belles pièces »; il accordait une attention égale aux petits objets, et trouvait son plaisir et son profit à classer les débris de poteries et de pierres avec autant de soins que les scarabées et les stèles. Il a montré par ses recherches persévérantes quel parti on peut tirer de l'étude minutieuse des petits objets pour remettre à sa place, dans une série archéologique ou historique, tel monument sans inscription ou sans date trouvé dans leur voisinage.

Mais Flinders Pétrie, quand il commença ses fouilles, ne croyait pas lui-même au préhistorique égyptien. Sur le site de Kahoun, à l'entrée du Fayoum, il déblaya en 1889 une ville de la XIP dynastie ; à proximité se trouvait un dépôt de haches, grattoirs, couteaux en silex et des poteries grossières. Un peu plus au nord, à Meïdoum, près de la pyramide du roi Snefrou (IIP dynastie) et des tombeaux des premiers Égyptiens historiques, il découvrit (de 1890 à 1892), mêlés à des objets en

l'Egypte avant les pyramides 95

bronze, des silex travaillés. Jusqu'ici tout s'expli* quait par la persistance connue des outils en pierre durant toute la civilisation égyptienne. Mais pendant rhiver 1894-1895 les sites de Ballas et de Toukh (au nord de Thèbes) fournirent à MM. Pétrie et Quibell des nécropoles entières du type dont on avait trouvé des spécimens isolés à Meïdoum : ce sont des tombes où les squelettes, non momifiés, apparaissent entourés de silex, de vases et de poteries d'un style inconnu à l'Egypte classique. Dès les trouvailles de Meïdoum, Pétrie avait eu l'intuition d'être en présence d'une race indigène ancienne, primitive; mais la théorie prévalut sur l'expérience. L'âge de pierre en Egypte était contraire à la théorie; il n'en fut plus question. On admit que ces tombes d'un type si singulier étaient celles d'une « race nouvelle », non égyptienne, libyenne selon toute apparence, qui, soit par invasion, soit par infiltration lente, aurait pénétré en Egypte après la VP dynastie, à l'époque troublée qui a suivi la période memphite; elle aurait subsisté quelques siècles en marge de la civilisation pharaonique, gardant ses usages et son industrie, puis, vers la XIP dynastie, se serait fondue avec la population indigène ^

Cette new race ne vécut pas longtemps. A peine avait-elle donné aux égyptologues une explication

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