‹ Au temps des PharaonsChapitre 29 sur 87 · Cf. J. Gapart, Notes sur les origines de VÉgypte · texte numérisé non relu

Cf. J. Gapart, Notes sur les origines de VÉgypte

très plausible, en tout cas très commode» desflingu* larités trouvées à Meïdoum et à Ballas qu'elle fut délaissée même de ses auteurs et refoulée daos l'ombre par les admirables découvertes de MM. de Morgan et Amélineau.

M. de Morgan, devenu directeur du Service des Antiquités en 1892, n'était pas égyptologue et se trouvait plus dégagé que tout autre des théories. Ses études personnelles et ses missions au Caucase lui avaient rendu familiers les problèmes sur l'origine des peuples ainsi que les méthodes pour les résoudre. Il s'efforça, dès son arrivée en Egypte, de reprendre la question préhistorique au point où l'avait laissée Mariette, après Hamy et Lenormant. < J'ai réuni, écrivait-il en 1895, tous les documents épars, recherché dans un grand nombre de localités, acheté presque tous les instruments en silex qui se trouvaient chez les marchands. C'est ainsi que peu à peu je me suis trouvé amené à penser que, s'il est possible d'admettre que quelques silex taillés appartiennent à l'époque historique, nous devons attribuer à la plupart une antiquité beaucoup plus reculée et que les témoins du véritable âge néolithique sont dans la vallée du Nil plus abondants qu'on ne le pense généralement ^ »

1. J. de Morgan, Recherches, l, p. 54. M. de Morgan a publié deux volumes de Recherches sur les origines de V Egypte : 1. 1. Vâge de la pierre et les métaux, 1896; t. II, Ethnographie préhistorique et tombeau royal de Negadah, 1897. J'ai beaucoup emprunté à ces magistrales publications.

l'Egypte avant les pyramides 97

Le résultat de eette enquête, menée avec le concours actif de MM. Legrain, Daressy et Jéquier, fut un volume sur VAge de la pierre et les métaux en Egypte, où les documents se trouvaient nombreux, importants et fidèlement reproduits. Il devenait difficile, dès lors, de ne pas admettre l'existence de rhomme préhistorique en Egypte. Or, le livre était encore à Timpression, lorsque les fouilles de M. Amélineau à Abydos et de nouvelles recherches de M. de Morgan à Negadah apportèrent la solution d'un problème si discuté.

Sur le site d' Abydos, M. Amélineau trouva, au centre d'une nécropole new race, de grands tombeaux d'un style tout différent, contenant des stèles à noms royaux. Quelques-uns de ces noms, déchiffrés en 1897, donnèrent la certitude que les monuments nouveaux étaient ceux des P* et IP dynasties historiques. La même année, M. de Morgan déblayait à Negadah un tombeau du même type qui parut être celui de Menés, le premier roi des dynasties officielles. Les constructeurs d'Abydos et de Negadah sont donc les pharaons des premières dynasties; les gens de la new race, enterrés tout près d'eux, mais d'une civilisation moins avancée, sont leurs prédécesseurs ou leurs sujets.

La question des origines de l'Egypte se pose donc actuellement dans les termes suivants : une race dite indigène, arrivée au stade le plus élevé de la civili-

sation néolithique, avait occupé la vallée du Nil ; une race étrangère^ plus civilisée, surgie on ne sait d*où, dépossède la première et fonde autour d'Abydos un empire que nous appellerons thinite, pour repréhdre les termes de Manéthon.

La race indigènes qui occupa TËgypte aux temps préhistoriques, a laissé des traces sur toute la longueur de la vallée du Nil; grâce à M. de Morgan, ' les < stations » de Tàge de pierre ont été relevées, et nous pourrions dresser une carte de TÉgjrpte néolithique, avec ces centres de culture : Abou- Roasch au nord; Kawamil, Abydos, El-Amrah, Ballas, Toukh, pour le centre de la vallée; Ël-Kab, Hierakonpolis, Silsileh, au sud. Le D' Schweinfurth et M. Legrain ont découvert d'importantes stations dans les déserts arabique et libyque. Une reconnaissance conduite par Legrain jusqu'à l'oasis de Khargieh a été très fructueuse; il en résulte que les préhistoriques ont laissé presque toujours une nécropole et un atelier de taille du silex dans la vallée, au débouché des routes du désert; en plein désert, le long des routes conduisant aux oasis, autour des points d'eau encore utilisés aujourd'hui

1. Le terme new race, dont on se servait pour désigner cette population quand on ne savait où la localiser dans Thistoire, est aujourd'hui abandonné.

l'Egypte avant les pyramides 9^

pour les haltes, on retrouve aussi par milliers les silex bruts ou travaillés.

Les armes ou les outils en silex sont, en Egypte comme ailleurs, les seuls témoins qui attestent la présence de cette race humaine la plus ancienne. Matière siliceuse, condensée en nodules ou par plaques dans le calcaire crétacé, le silex se détache facilement de la craie et se présente sous une masse ronde ou allongée qui est favorable à la fabrication d'outils primitifs. Parfois, dans le désert, les galets de silex éclatent sous Faction du soleil et fournis- *sent, sans aucun travail humain, des coups de poing, des haches, des pointes à bords tranchants ^ Le plus souvent l'homme a aidé la nature ; s'emparant des silex bruts pour en faire des instruments de défense ou de travail, il les a taillés à grands éclats, sans souci de donner du fini ou un caractère artistique à ses œuvres*. L'âge où ces premiers vestiges de l'industrie humaine nous apparaissent est celui de la c pierre taillée i», ou < ancien âge de pierre » {paléolithique); l'existence de l'homme y est constatée à une époque ancienne de quelque cent mille années, s'il faut en croire les géologues.

Une ère nouvelle commence quand l'homme sait tailler et polir les silex. C'est à l'âge de la < pierre

1. J. de Morgan, Recherches sur les origines de V Egypte , I, p. 57,

2. On donne souvent, même aux spécimens découverts en Egypte, Tépithète de Chelléens à ces outils, à cause de leur ressemblance avec les types trouvés à Ghelles, près Paris.

polie » OU « nouvel âge de pierre » {néolithique). L'homme a fait dès lors des progrès prodigieux, il travaille les matières les plus diverses, bois, os, ivoire, pierres tendres ou dures ; il façonne un mobilier rudimentaire, des vases en pierre et en terre cuite ou crue. L'âge néolithique n'est pas éloigné de nous de plus de dix à vingt mille années ; nous possédons les squelettes des hommes; dans leurs sépultures se trouve un mobilier funéraire qui suffit à nous renseigner sur leurs idées relatives à la vie d'outre-tombe.

Ces définitions élémentaires serviront à faire comprendre la méthode à suivre pour retrouver en Egypte les traces des hommes de l'âge paléolithique et néolithique. Il n'est pas question de monuments écrits ou de documents de grande dimension; mais un galet de silex, ramassé sur le sable, si l'on sait en interroger les éclats ou le poli, parlera du passé; ou bien c'est un os travaillé, un fragment d'ivoire, un tesson de poterie brute ou décorée, un morceau de vase en pierre, un pan de rocher portant des graffiti, parfois une tombe creusée dans le sable, gardant un squelette encore entouré de ses vases à offrandes.

Les ateliers de taille du silex sont les seuls témoins de la population la plus ancienne, celle de l'âge paléolithique : dans le sable du désert ou à l'air libre, s'éparpillent, parfois sur plusieurs kilomètres, des milliers de coups de poing, haches, grattoirs,

l'Egypte avant les pyramides loi

couteaux en silex jaune grossièrement •éclatés. Un voyageur inexpérimenté les confondtait avec les cailloux du chemin; le géologue y distingue les traces du travail des premiers hommes* «Comment dater ces pierres? La difficulté n'existe p&s pour les gisements de silex taillés découverts chez nous, dans les alluvions de la Somme ou de TOige: A Chelles les silex sont datés parla couche d'alluvions où ils reposent et par les ossements d'animauxaVèc lesquels on les a trouvés. En Egypte, les silex W? rencontrent dans le désert à la surface des graviers du diluvium; aucun ossement ne les accompagne; tout ce que Ton sait d'eux, c'est qu'ils sont très semblables aux spécimens chelléens. On a pu conclure qu'ils sont les instruments des premiers hommes qui ont vécu en Egypte ; mais tant que ces outils ne sont pas datés par la faune, il est téméraire de vouloir préciser l'époque de leur fabrication*.

Du moins ces silex éclatés sont-ils certainement antérieurs aux armes et outils en pierre soigneusement travaillée et polie, que nous retrouvons dans les nécropoles de la période néolithique. Depuis 1890, aux points où les routes du désert débouchent dans la vallée du Nil, Pétrie, de Morgan, Quibell, Amélineau, ont découvert quantité de tombes avec squelettes, outils et mobilier funé-

Page 1