Cf. Salomon Reinach, V Anthropologie j 1897, p
raire, d'une- race déjà parvenue à un état i(itéressant de ciyiUiation. Nous pouvons, parles premiers monumetitis historiques que cette période a précédés immédiatement, attribuer à la fin de cette civilisation néolithique la date approximative de SOOOaps av. J.-G. Mais combien de siècles a-i-il falU\, pour passer de la période paléolithique à l'âge de la pierre taillée et polie?
: Voici une de ces tombes qui nous révèle la civii;^tion néolithique : à quelques pieds au-dessous du sable s'ouvre une fosse ovale, sans murs ni % plafond, un simple trou creusé dans le sol caillou- -teux. Un squelette apparaît, couché sur le flanc gauche, dans la position dite c accroupie » ou € contractée », les membres repliés, les genoux à la hauteur de la poitrine, les mains devant la face. Tout autour du mort, le mobilier de sa maison dernière : vases sphériques et ovales, en poterie ou en pierre dure; des assiettes, des coupes, des plats, contenant parfois des débris d'offrandes; à portée de la main, les armes et les outils en silex, des bijoux grossiers, des amulettes; près delà face et parfois entre les mains serrées, une palette en schiste ou en calcaire, dont l'importance artistique et religieuse est grande. Les corps ne présentent encore aucune trace de momification; souvent on les enveloppait dans une peau de gazelle cousue ou dans une natte de jonc : « J'ai parfois retrouvé, écrit M. de Morgan, ces enveloppes presque entiè-
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rement conservées, mais elles tombèrent très rapidement en poussière au contact de l'air. 9
Si Ton examine les squelettes, les corps apparaissent de taille élevée, de proportions fines et élancées, avec la peau blanche, les cheveux lisses et souvent blonds. D'après les figurines en ivoire et en terre cuite, les hommes ont le nez droit ou légèrement busqué, les yeux largement fendus en amande, le visage ovale, allongé encore parla barbe taillée en pointe et une coiffure conique. Une figurine de terre cuite, trouvée à Gebel-Tarif, représente un personnage agenouillé, les bras collés le long du corps; la tête, au nez et au menton très saillants, rejetée en arrière, est l'image bien vivante d'un homme de condition vulgaire dans l'attitude de la prière ou de la soumission; tandis que des têtes en ivoire, découvertes à Hieraconpolis, nous rendent les physionomies fines et sèches de quelques chefs de clans. Voici une danseuse, aux bras levés : la taille est fine, les hanches très développées. D'autres, complètement nues, sont debout dans une attitude hiératique. Les formes paraissent élégantes, malgré la rudesse du travail; l'artiste s'est efforcé de rendre les courbes du bassin, harmonieuses entre la taille longue et les jambes fuselées. A côté de ces beautés aristocratiques, la femme du peuple qui s'en va, vêtue d'un grand manteau ouvert sur la poitrine; de la main gauche elle maintient sur son épaule un enfant qui se penche
en avant pour saisir la lourde mamelle; une servante, debout dans une jarre où elle écrase quelque chose sous ses pieds : la main gauche est campée sur la hanche, la droite s'appuie au bord du récipient; le tout est expressif, quoique barbare. Ailleurs ce sont des nains grotesques et des Vénus hottentotes aux formes ultra-callipyges. Autant de documents réalistes dont nous verrons plus loin Tntilité ethnographique *.
Le corps humain ne sert pas seulement de modèle aux artistes, c'est sur lui que l'art a commencé à s'exercer. Les habitants primitifs de l'Egypte, comme tous les peuples sauvages, peignaient leur corps : des statuettes de femme, de la collection Pétrie, portent encore une couche de couleur verte ; la danseuse de Toukh a tout le corps bariolé d'ornements en zig-zag, de motifs floraux et de dessins d'animaux, en noir sur fond grisâtre. Aussi trouve-t-on fréquemment dans les tombes préhistoriques des matières colorantes, ocre rouge et jaune , malachite . A l'époque classique , les Egyptiens ont toujours représenté les hommes peints en rouge et les femmes en jaune, l'usage est resté d'orner le tour des yeux d'une bande de fard qui apparaît distinctement en vert sur les statues anciennes, comme celles de Sepa et de Nesa au Louvre. Cette décoration de la personne
1. Pour tout ceci je renvoie au beau livre de J. Gapart, Le& débuts de Vart en Egypte^ dont je commente les planches.
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humaine s'explique par des raisons d'hygiène et des idées mystiques : le fard des yeux, à base de sulfure d'antimoine, était bon pour prévenir les ophtalmies; les peintures à dessins talismaniques avaient une efficacité certaine contre les mauvais sorts. On avait grand soin aussi de la coiffure : les hommes divisaient leur chevelure en tresses multiples ou se rasaient la tète pour ne conserver qu'une grosse mèche pendant sur le dos; parfois barbe et cheveux étaient cachés dans des sacs, peut--étre dans un but de propreté. Les femmes portaient des perruques et des bandes de faux cheveux; des épingles et des peignes en os et en ivoire, ornés d'élégantes silhouettes d'oiseaux ou de gazelles, assujettissaient les coiffures naturelles ou postiches; la nuit, un chevet servait à ménager les coiffures compliquées qui devaient durer plusieurs jours. L'usage des tresses pendantes et des barbes postiches s'est perpétué chez les Égyptiens de l'époque classique, mais réservé aux dieux et aux rois; le port de la perruque, au contraire, fut concédé à toutes les classes.
Les bijoux assuraient au corps humain la même sauvegarde que les peintures et les perruques. Sur le front, au cou, le long de la poitrine et des hanches, aux poignets, aux chevilles et aux doigts, le corps présente soit des rétrécissements où l'on peut agrafer des talismans, soit de larges surfaces, aptes à supporter quelque armure magique. A ces
places du corps, la vie se manifeste à l'œil sous la forme du pouls sensible et visible : il semble qu'elle Ta s'échapper, tel un liquide bondissant, si quelque lien ne la comprime et ne l'emprisonne. De là l'usage des colliers, bracelets de poignets et de chevilles, des ceintures et pectoraux. A l'origine ce sont de simples anneaux, d'os, d'ivoire ou de silex ; pour donner à ces parures défensives une vertu active de talisman, on orna les peignes, les bracelets, les bagues de délicates figures d'oiseaux ou de félins ; la fantaisie des artistes y a trouvé son compte.
Le vêtement à cette époque était rudimentaire. Hommes et femmes ceignaient leurs reins d'une cordelette, dont le rôle principal semble avoir été, comme les nœuds du cou, des poignets et des chevilles, de préserver le corps de tout accident. Les Egyptiens eux-mêmes n'eurent parfois qu'une ceinture comme vêtement. Si Ton attache à la ceinture ou au collier une peau de bête, le manteau flottant est créé ; à l'époque classique la peau de panthère resta la parure caractéristique de certains prêtres. Ajoutez le voile pour les femmes et peutêtre pour les hommes, comme aujourd'hui chez les Touaregs ; parfois un pagne léger, avec queue d'animal pendue par derrière.
Ces vêtements flottants nécessitent l'emploi d'agrafes ou d'épingles ; il y en avait en os, en ivoire et en silex , et parfois , comme objets
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d'insigne rareté, on trouve dans les tombes des épingles en cuivre, qui maintenaient la natte ou la peau de bête serrée autour du cadavre. Il est certain qu'en dehors de ces tout petits objets, venus probablement de l'étranger, l'usage du métal était inconnu aux populations de l'Egypte néolithique. Pour les armes et les outils, le silex et les pierres dures fournissaient la matière première comme à l'époque paléolithique; mais la fabrication est devenue très parfaite et les objets sortis des ateliers sont souvent de véritables merveilles. Nous pouvons en étudier les procédés de fabrication. Un galet de silex trouvé sur le sable ou un rognon encore engagé dans le calcaire donnait à l'homme un caillou conique propre à faire une hache, un couteau, une pointe. L'ouvrier s'armait d'un galet rond ou d'une boule en pierre dure, le percuteur ou marteau. Avec des coups secs il donnait à l'outil sa forme; puis, des retailles successives affilaient le tranchant, qui se présente non comme un fil uni, mais semé de petites pointes aiguës en dents de scie. Au contraire les haches, une fois dégrossies, étaient aiguisées d'un seul coup de percuteur qui détachait un éclat tout le long du tranchant*. Le travail le plus remarquable est celui des couteaux; en aucun pays du monde on n'a retrouvé
i. De Morgan, Recherclies, II, p. 59. Cf. G. Schweinfurth, Recherches sur l'âge de la pierre dans la haute Egypte (ap. Annales du Service des AnliquitéSt VI, p. 0).
des spécimens comparables. Ce sont de grandes lames semi-courbes de silex blond ou corné, longues de vingt-cinq à trente centimètres ; une des extrémités est pointue; l'autre, arrondie, servait de manche. Les plus anciens spécimens sont entièrement polis ; plus tard, les procédés s'étant perfectionnés, les éclats ont été enlevés avec une précision telle que le travail a laissé de part et d'autre du couteau des nervures symétriques qui se correspondent de chaque côté de Tarête.
Ces chefs-d'œuvre sont encore dépassés par les bracelets de silex trouvés à Abydos et El-Amrah. Imaginez des anneaux de pierre aussi parfaits de forme et aussi minces que des cercles de métal ; il semble impossible qu'avec leur outillage primitif les hommes de l'âge néolithique aient pu venir à bout de telles difficultés d'exécution. M. de Morgan suppose qu'un ouvrier prenait un nodule sphérique, le régularisait jusqu'à former un disque parfait, puis le perçait au centre d'un trou conique au moyen d'un morceau de bois pointu et de sable quartzeux qui usait le silex par frottement. « Ce trou conique était le point de départ des éclats à l'aide desquels l'anneau était évidé, et ces éclats étaient obtenus, non par percussion, ce qui eût inévitablement brisé l'objet, mais par pression, en alternant sur l'une et l'autre face de l'éclat. Cette explication, bien que satisfaisante, n'est peut-être pas la bonne; elle montre, cependant, de combien de
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précautions l'ouvrier devait s'entourer pour obtenir un bracelet de silex. Ces bijoux étaient sans contredit extrêmement précieux pour les indigènes. Les bracelets de silex marquent l'apogée dans l'art d'éclater la pierre, et c'est en Egypte seulement qu'on les rencontre*. »
Les armes et outils nous renseignent sur les mœurs des indigènes. Ces nomades du désert n'étaient pas une race belliqueuse; du moins les cadavres retrouvés présentent rarement des traces de blessures; mais la lutte contre les fauves, la chasse et la pèche les occupaient incessamment. Les graffiti, les figures d'animaux sculptées en silex, en ivoire, gravées sur les plaques de schiste, montées en épingles et en peignes, nous attestent les rencontres des hommes avec lions, panthères, hyènes, chacals, gazelles, éléphants, hippopotames et tout le peuple des oiseaux, des reptiles et des poissons. De même les instruments agricoles ou aratoires, faucilles, serpes, houes, socs de charrue en silex, nous disent les longs travaux des champs, les huttes de roseaux et de boue peuplées d'un monde remuant de bêtes de somme et d'élevage, bœufs, mouflons, ânes, porcs, moutons et chèvres, et d'innombrables cygnes, canards, et pigeons. Nomades récemment fixés sur le sol fertile de la vallée du Nil, les préhistoriques alliaient à la pêche