‹ Au temps des PharaonsChapitre 31 sur 87 · De Morgan, Recherches j II, p · texte numérisé non relu

De Morgan, Recherches j II, p

ilO AU TEMPS DES PHARAONS

et à la chasse l'art plus complexe de mettre en valeur une terre soumise aux caprices de la crue du Nil.

Les bijoux, les armes et les figurines d'animaux distribués dans les tombes ne s y trouvent point comme des bibelots précieux ou des objets familiers dont le mort n'aurait point voulu se séparer. Ces objets ont une destination plus importante : en Egypte, comme ailleurs, ils témoignent d'idées déjà formées sur la croyance à une vie d'outretombe. Nul homme ne croit plus ferm«i^ent que le primitif à la survivance après la mort dé- ce je ne sais quoi que nous appelons l'âme; et ceitte survivance n'est qu'une répétition de la vie maii|i rielle, sans doute idéalisée, supposée meilleure que celle-ci, mais s'accompagnant des mêmes labeurs, nécessitant les mêmes armes et les mêmes outils contre des dangers ou pour des travaux tout pareils. Aussi le mort a-tril à sa portée ses armes et ses outils ; près et lui les animaux domestiques lui assurent de la viande de boucherie ; les figurines de bêtes fauves neutralisent la force malfaisante des vrais animaux féroces que le mort peut avoir à redouter; ne sont-elles pas asservies à sa volonté, ne mettent-elles pas lions et hippopotames en quelque sorte dans sa main?

De même les vases, dont la forme et les procédés de fabrication sont les premiers modèles d'un art qui n'a guère progressé depuis, contiennent l'of-

L'ÉGTPTE avant les PTRABfIDES ill

frande, qui est rélément essentiel de la première religion humaine, le culte funéraire. A cette époque les vases servaient à tous les usages de la vie. Ils constituaient le mobilier par excellence : le défunt, couché parmi ses vases, repose, comme dans sa maison, au milieu des meubles indispensables à son confort. Les aliments liquides et solides, les semences, les provisions, les vêtements, parfois les cadavres eux-mêmes sont déposés dans les vases aptes aux usages les plus divers et, partant, de toute forme et de toute dimension.

Les vases en pierre dure, qu'on a retrouvés par milliers dans les tombes, ont causé une véritable stupéfaction. Gomment s'attendre à voir aux mains d'hommes munis d'un outillage si primitif des coupes, des assiettes, des gobelets, des vases élégants ou massifs, taillés à même dans le grès, le granit, le marbre, la diorite, l'obsidienne, le cristal ou l'albâtre? C'est un matériel merveilleusement somptueux que celui dont usaient les préhistoriques pour leurs tables, leurs toilettes et leurs magasins. La vallée du Nil ne possède pas de terrains ignés d'où proviennent ces pierres dures, excepté à la hauteur de la première cataracte, entre Assouan et la mer Rouge. Là se trouvaient les centres d'extraction; mais certaines roches venaient du Sinaï; d'autres, telles que l'obsidienne, étaient amenées d'Asie ou des îles grecques. Force nous est d'admettre que des rapports commerciaux fré-

quents unissaient la vallée du Nil et les pays méditerranéens dès les époques les plus reculées.

On a cru d'abord que les artistes, qui ont créé ces services de table admirables, avaient en mains des outils perfectionnés, tout au moins des tours. L'étude minutieuse des proportions et l'examen des fragments, permettant de suivre le travail à l'intérieur comme à l'extérieur des vases, amena M. de Morgan à changer d'opinion à ce sujet, c En étudiant avec soin les vases en cristal de roche, grâce à la transparence de cette matière, on se rend aisément compte des moyens employés par les ouvriers. Pour donner à l'extérieur sa forme définitive, on faisait tourner le bloc à façonner entre deux pièces de bois garnies de sable quartzeux; pour creuser l'intérieur, on faisait un premier trou central à l'aide d'un bâton et de sable ; puis, afin d'obtenir des cavités plus larges au delà du col du vase, l'ouvrier employait du gros sable quartzeux qu'il faisait tourner à l'intérieur du vase à l'aide d'un simple morceau de bois. Les deux mouvements étaient produits séparément, comme le prouvent les épaisseurs inégales résultant de ce que les deux axes, intérieur et extérieur, ne correspondaient pas^ » Bien des siècles plus tard, les basreliefs des tombeaux de la VI* dynastie (par exemple celui de Mera, à Sakkarah) nous montrent les

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