J. Capart, Les débuts deVart en Egypte^ p. 77 et suiv
Rien ne peut rendre l'expression douloureuse et diabolique de cette face qui se dégage confusément de la panse du vase ; le regard des yeux ronds perce comme une vrille, la grimace de la bouche tordue raille impitoyablement : le vase semble hanté; une âme déchue y pleure depuis si longtemps!
Les vases en terre, d'une fabrication infiniment plus facile, sont plus nombreux que les vases en pierre dure ; on les retrouve dans toutes les tombes des pauvres gens comme des riches, depuis les temps néolithiques jusqu'aux dynasties memphites. MM. de Morgan et Pétrie en étudiant la matière, les formes et les procédés de fabrication, ont pu établir des divisions chronologiques. Si l'on parvient à classer les types de céramique, par localités et par époques, on peut dater, relativement les unes aux autres, les tombes où l'on retrouve ces types successifs.
Les poteries préhistoriques sont rouges ou jaunes, lisses ou rugueuses, sans décor ou peintes et gravées. La couleur dépend surtout de la matière première, argile sédimentaire ou limon du Nil. L'argile fournit à la cuisson une pâte rouge vif; le limon du Nil donne des poteries jaunâtres ou rougeâtres suivant la température de cuisson. Il semble que les types les plus anciens, ouvrés avec l'argile, soient les vases rouges, lisses, et décorés, au bord supérieur, d'une large bande de vernis noir provenant du mélange dans la pâte de matières
l'Egypte avant les pyramides 115
colorantes (bioxyde de manganèse du Sinaï) ^ Viendraient ensuite, chronologiquement, les vases rouges rugueux, puis les poteries rouges ou jaunâtres à décors variés^.
Le choix du décor et des formes fait honneur à l'imagination et au style des potiers. Les vases les plus anciens sont des coupes, des tasses, des plats à bords renversés ou arrondis; plus tard apparaissent les cylindres, les bouteilles et les amphores. Le fond est plat, ou pointu quand il est préférable de coucher le vase sur le sable ; les anses n'apparaissent qu'assez tard; certains ateliers, comme celui d'El-Amrah, décorent la panse, au-dessous du goulot, d'un filet ondulé d'abord interrompu, puis faisant un tour complet. A la belle époque apparaissent les vases sphériques; parfois deux, trois vaisseaux sont accolés, avec ou sans communication intérieure. Il y a aussi des vases à trépieds, des cruches munies d'une passoire pour filtrer l'eau, dispositif encore en usage pour les gargoulettes de Keneh. Ce sont, en somme, les formes dés vases en pierre dure. Il est probable que l'art du potier a précédé celui du polisseur de pierre ; toutefois les décorations de certaines poteries sont imitées des