‹ Au temps des PharaonsChapitre 39 sur 87 · Quibell, Ilierakonpolis, I, iCOl; II · texte numérisé non relu

Quibell, Ilierakonpolis, I, iCOl; II

1899 à 1900 la fouille à Abydos sur le terrain même exploité et abandonné par M. Amélineau. Toutes les terres de déblai furent passées au crible, les édifices visités à nouveau, les buttes sondées avec un soin méticuleux. Deux nouveaux édifices apparurent; dans Tun était couchée une grande stèle, au nom de Merit-Neit^ une reine, probablement femme de Ahâ; l'autre semble avoir appartenu au roi Anz-^b. Mais le principal butin de M. Pétrie consista en bouchons de jarre, plaquettes d'ivoire, débris de vases portant des noms royaux, dont son prédécesseur avait négligé la récolte. Les légendes gravées sur ces documents ont démontré que les c noms d'Horus » Den^ Anz-db^ Mersekk apparte^ naient aux mêmes personnages que les c noms royaux » déjà identifiés par M. Sethe, ceux de Miebis, OusaphaîSy SemempsesK Ces six noms ne désignent donc que trois pharaons. Par contre plusieurs noms d'Horus, inconnus jusqu'ici, ont apparu : si bien qu'après avoir déploré le manque absolu de documents sur les premières dynasties, les égyptologues sont actuellement gênés par l'abondance des noms royaux dont le nombre dépasse sensiblement les données fournies par les listes de l'époque classique^. Que conclure? sinon

1. Fl. Pétrie, The Royal tombs ai Abydos, I, 1899, II, 1901; —ii^ydos, I-III, 1902-1905.

2. M. Pétrie proposait de créer le nom de Dynastie (zéro), pour ces rois supplémentaires dont plusieurs semblent antérieurs à Menés.

l'éotpte avant les pyramides 137

que les rédacteurs de ces listes ou livres n'ont pas connu tous les noms que nous avons retrouvés, ou bien qu'ils ont fait un choix parmi eux , sans que nous connaissions les raisons de leurs préférences.

Depuis 1900 le mouvement des découvertes s'est ralenti et régularisé. Rares sont les noms nouveaux qui ont surgi du sol, mais des trouvailles imprévues sont toujours possibles. Du moins une autre erreur a été démasquée : il ne faut plus dire que les rois des premières dynasties ont été confinés sur quelques points exigus du territoire. Les fouilles ou les recherches de MM. Maspero et Barsanti ont démontré l'occupation des sites de Memphis et de Sakkarah par les rois thinites; les recherches de M. Weill ont prouvé la présence de monuments du roi Mersekh dans les mines du Sinaï, dont l'exploitation remonte à la I" dynastie. L'Egypte tout entière a donc subi la domination thinite.

La civilisation thinite se différencie profondément de la culture de l'âge néolithique par des éléments nouveaux peu nombreux mais très importants : l'usage du métal, l'art de la construction et la connaissance de l'écriture. Il n'est pas possible d'admettre que la population indigène ait

fourni d'un seul coup les éléments de ces progrès considérables; ces potiers et ces sculpteurs ne sont pas devenus le^ forgerons et les maçons d'Abydos et de Negadah. Nous devons admettre qu'une invasion a introduit en Egypte une race nouvelle, les Égyptiens de l'époque historique.

D'où viennent ces envahisseurs? Leur langue est déjà complètement formée : elle s'écrit au moyen de signes que nous appelons c hiéroglyphiques » et qui, tout en reproduisant la forme de tel objet ou de tel être, sont rarement idéographiques. L'écriture n'est plus au stade primitif, où, à la façon des néolithiques, on écrit le mot c lion » en dessinant un c lion » ; elle est parvenue à ce degré plus raffiné où ce lion n'est plus que le signe d'un son, une lettre ou une syllabe. Or la langue égyptienne, dai^s ses racines essentielles et dans ses formes grammaticales élémentaires, les pronoms par exemple, est un rameau de la branche sémitique. D'où un premier argument en faveur de l'origine asiatique des envahisseurs.

Le style des monuments confirme cette hypothèse. L'emploi de la brique, même à proximité des carrières du désert où abondent les belles pierres, nous fait supposer que ces nouveauxvenus ont fait en Chaldée leur apprentissage. A Negadah, le mur d'enceinte élevé par Ahâ présente une façade décorée de rainures prismatiques, formant une série régulière de saillants et de ren-

trants. La même disposition s'observe dans tous les palais royaux; le cartouche rectangulaire où s'écrit le nom d'Horus, plan schématique d'un palais, a toujours cette décoration qui sera appliquée, dans la suite, aux tombeaux élevés par les rois, leurs familiers et les gens de la cour. M. de Moi^an a signalé l'analogie frappante entre ce mode de construction et certains dispositifs très anciens de la basse Ghaldée. Le cylindre dont on use pour imprimer les noms royaux dans l'argile des yases atteste aussi l'influence chaldéenne ; il disparaîtra vite en Egypte et ne subsistera plus que par exception après la période thinite; c'est une mode étrangère au pays qui n'a pu s'acclimater au bord du Nil. Sur plusieurs palettes gravées, on s'étonne de voir des animaux fantastiques, au cou démesuré, dont les pareils n'existent, suivant les recherches de M. Heuzey, que sur les cylindres chaldéens. L'usage du cuivre, enfin, et du bronze s'affirme par la présence de couteaux, d'épingles, de clous, de poinçons, de tètes de lance; l'or était battu en feuilles et ciselé; le fer était connu à l'état d'hématite; ces métaux, si l'on excepte l'or, provenaient d'Asie et du Sinaï. Les éléments de civilisation qui vont révolutionner l'état matériel et intellectuel des indigènes néolithiques étaient donc, selon toute apparence, importés d'un foyer de culture déjà parvenu à un haut degré de développement dans le temps même où les^ habitants de la vallée du Nil

se contentaient d'idées élémentaires et d'an outillage primitif ^

Les forgerons asiatiques semblent avoir pénétré en Egypte non par l'isthme de Suez, mais en traversant la mer Rouge; ils auraient gagné le Nil, peut-être en suivant le Ouady Hammamat de Qoceyr à Goptos. Ainsi s'expliquerait la présence à Goptos de statues très archaïques qui sont peutêtre les premiers monuments de la race nouvelle. On s'accorde à penser que, de Ghaldée en Egypte, l'Arabie, et peut-être le pays de Pount (côte de l'Erythrée et des Somalis) ont servi de lieux d'attente plus ou moins prolongée aux peuples en migration '. Pénétrant en Egypte par le centre de la vallée, les envahisseurs fondèrefit leurs premiers établissements en face de leur débouché, à Abydos et Negadah. La race indigène leur livra de rudes batailles : c'est elle, semble-t-il, que les premiers monuments figurés des envahisseurs appellent des noms de Temhou et d'^now, qui, à l'époque historique postérieure, désignent les Nubiens et les Libyens. Refoulés les uns au sud, jusqu'en Nubie, les autres au nord jusqu'au Delta, les indigènes nous apparaissent sur les palettes votives ligottés

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