Cf. FI. Pétrie, Medum, 1892i
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quatre arêtes s'orientent résolument vers If oîel Bt nous donnent pour la première fois le profil d'une vraie pjrramide. Les essais successifs de Zeser et de Snofroul ont abouti, vers l'an 4000 av. J.-G., à cette conception caractéristique d'un édifice c sortant du sol * » et faisant converger vers un point du ciel quatre parois lisses, qui semblent retomber du ciel sur terre en triangles parfaits. La formule artistique de la pyramide, telle que les rois 4e la lY* dynastie l'édifieront, était trouvée.
U semble que Ghéops, Gbépbren et Mycérinos aient cédé à une sorte d'ivresse en développant cette formule jusqu'aux dimefisions gigantesques des trois grandes pyramides de Gizeh. L' c Horizon s, que bâtit Ghéops, avait 233 mètres de largeur sur 147 de haut; la < Grande », élevée par Ghéphren, 138 mètres de haut sur 215; Ja < Suprême », œuvre de Mycérinos, 66 mètres de haut sur 108 à la base. L'e£Fort maximum fi;t donné au début de la IV* dynastie et, après avoir produit tout son effet, il alla peu à peu s'affaiblissant. L'impression en est très sensible è l'œil du visiteur. La grande pyramide apparaît la première à Torée du désert ; sa masse démesurée atteste un rêve de grandeur colossale qui ne pouvait se réaliser qu'une fois ; la deuxième et la troisième pyramides, bâties suivant la diago-
1. G*est le sens de Texpression hiéroglyphique « per m ous » d*où vient le mot grec pyramis. Cf. Eiseniohr, Ein mathematitehes Handbueh der alten Mgypter^ p. 260.
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nale de la première, élèvent derrière celle-ci, l'une des formes plus élancées, l'autre des proportions fort réduites, qui ramènent l'esprit à des concepts raisonnables et mesurés; si bien qu'après la première impression d'accablement, on est obsédé du désir de comprendre les secrets de la construction et la destination dettes monuments* (PI. IX, 1).
1. Nul n*a mieux rendu Timpression que produit la vue tonte proche des grandes pyramides que Jomard, dans son mémoire sur Memphis et les Pyramides {Description de VÉgypte, éd. in-S**, t. V, p. 507) : « Leurs cimes, vues de très loin, produisent le même genre d*effet que les sommités des hautes montagnes de forme pyramidale, qui s'élancent et se découpent dans le ciel. Plus on s'approche, plus cet effet décroît. Mais quand vous n*ètes plus qu*à une petite distance de ces masses régulières, une impression toute différente succède, vous êtes frappé de surprise, et, dès que vous gravissez la côte, vos idées changent comme subitement; enfin lorsque vous touchez presque au pied de la grande pyramide, vous êtes saisi d*une émotion vive et puissante, tempérée par une sorte de stupeur et d'accablement. Le sommet et les angles échappent à la vue. Ce que vous éprouvez n*est point l'admiration qui éclate à Taspect d'un chef-d'œuvre de Tart, mais c*est une impression profonde. L'effet est dans la grandeur et la sim* plicité des formes, dans le contraste et la disposition entre la stature de l'homme et l'immensité de l'ouvrage qui est sorti de sa main : l'œil ne peut le saisir, la pensée même a peine à l'embrasser. C'est alors que l'on commence à prendre une grande idée de cet amas immense de pierres taillées, accumulées avec ordre à une hauteur prodigieuse. On voit, on touche & des centaines d'assises de 200 pieds cubes du poids de 50 milliers, à des milliers d'autres qui ne leur cèdent guère, et l'on cherche & comprendre quelle force a remué, charrié, élevé un si grand nombre de pierres colossales, combien d'hommes y ont travaillé, quel temps il leur a fallu, quels engins leur ont servi ; et moins on peut s'expliquer toutes ces choses, plus on admire la puissance qui M jouait avec de tels obstacles. >
' Les traraax de d^hùement "qua H. Uupno a fait exécuter ces dernières annéeti aatoar.de la pynunide d'Onnas, à Sakkarah, ont permis de se rendre compte de la disposition schématique de toute pyramide. Elle comprend trois parties : à l'intérieur, les chambres funéraires; tout autour, la masse pyramidale; à l'extérieur, la chapelle où se célèbre le culte. Le tout est délimité par une enceinte, où sont encloses les tombes des parents du roi ou des particuliers qui ont vécu dans sa familiarité.
Les travaux commençaient par une excavation dans le sol rocheux du désert : la pyramide ruinée d'Abou-Roasch, déblayée par M. Chassinat, et le monument de Zaouiet-el-Aryan nous offrent de bons spécimens de ces substructures déjà ^ganteaques. A l'intérieur on disposait la chambre funéraire avec son couloir d'accès très incliné; des matériaux de choix leur étaient réservés : calcaire fin de Tourah ou granit d'Assouan. Autour de ce noyau, dont l'entrée restait béante, on disposait les assises de la pyramide en blocs calcaires fournis par le plateau du désert ou les .carrières de la chaîne arabique. Les blocs venaient facilement par le Nil dont la crue baigne la falaise, de
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Gizeh à Sakkarah; on les hissait sur le plateau le long de chaussées, visibles encore en maint endroit.
On a longtemps discuté si la pyramide était commencée, dès le début, aux dimensions définitives et d'après un plan complètement arrêté, ou si le premier noyau qui englobe la chambre funéraire était déjà une pyramide réduite qui s'accroissait en haut et en large suivant les ressources et le temps que chaque roi lui consacrait. L'existence, dans certaines pyramides, de couloirs d'accès, actuellement noyés dans la maçonnerie, et la disposition des lits de pierre ont fait prévaloir la théorie ancienne de Lepsius : chaque pyramide se développe par cristallisation et revêtements successifs autour d'un noyau de forme achevée : au début elle a 50 mètres de base, et une élévation proportionnée; puis les chapes superposées portent ses dimensions aux chiffres que nous connaissons maintenant, où les a arrêtées soit la mort du pharaon, soit le calcul de sa volonté. La construction des degrés ne présentait pas de difficultés autres quel'énormité de la tâche : des plans inclinés amenaient les blocs à la hauteur voulue, et ils évoluaient de tranche en tranche sur de petites machines en bois qu'Hérodote a décrites et que tout récemment M. Legrain a reconstituées ^ La plate-forme finale
1. Hérodote, II, 125. Voir ce qui a été dit à ce sujet p. 37;
) AD nHM I
miM en plaee, on eommen^tit par 1* liantl* tr%nll du revôtemont qui faistit da efaaepa faea una paroi continue : eiitre chacune des quelque deux eanta aasisea s'enoaitrait un bloc dont la faca axUrienre était taillée en blMan, at les ouTiian, descendant de marche en marche, laiwaient au-desans d'eux des plans unie et régolièrament inclinéi larehaqne face de la pyramide (PI. VIU. 1 et XU, 1.)
A l'intériBiir on tronve ordinairement plaiieure chambres funéraires avec autant de conloira 4'aoeès ; cette multiplicité eat due à des développementa Bncceaiifa dn plan; en principe, on seul éarean anfSt an pharaon. Les Tisitenn qui ne redoutent pas une descente malaiaée sur un sol glissant, dans des couloirs surbaissés où l'air se renouvelle mal et où le thermomètre marque 30*, sont bien récompensés par l'émotion toute particulière qui se dégage d'une visite à la chambre funéraire de Ghéops. Sur la face Nord, à douze mètres au-dessus du sol, s'ouvre la bouche d'un couloir très incliné ; le parement rompu laisse voir au-dessus quatre énormes poutres de calcaire b' accotant deux à deux par leur sommet taillé en biseau. Cet arc-boutant, qui a supporté sans faiblir le poids de la masse supérieure, répète le profil triangulaire de la pyramide-: ses lignes très simples et très pures donnent une beauté indéGniasable à cette porte de l'autre monde (PI. X).
Une pierre montée sur pivot dissimulait jadis
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l'entrée du couloir ' ; quand on la faisait basculer, une galerie se présentait, longue de 22 mètres, haute d'un mètre. La place était suffisante pour descendre le cercueil le long de ce canal aux flancs polis; mais les hommes doivent s'y glisser accroupis, le pied retenu par des entailles ménagées de place en place. On arrive ainsi à un palier horizontal où un couloir descendant conduit à une chambre creusée dans le roc à 30 mètres au-dessous du sol; c'était le caveau funéraire primitif, abandonné par la suite. Du même palier, un couloir ascendant conduit au centre de la pyramide, mais trois herses de granit en coupent l'accès depuis le jour de l'ensevelissement. Dès l'antiquité les chercheurs de trésors ont tourné l'obstacle en forant, par-dessus les herses, un tunnel où les visiteurs se glissent maintenant. Un nouveau couloir surbaissé, long de 33 mètres, mène à un second palier où deux voies s'ouvrent encore. L'une, horizontale, conduit au bout de 38 mètres à une chambre de granit, au plafond triangulaire, qui semble n'être qu'un second projet de caveau, resté lui aussi sans emploi par suite de l'agrandissement de l'édifice. L'autre voie est ascendante et se transforme en une galerie très spacieuse, haute de 8 m. 50 sur 2*mètres de large et 50 mètres de longueur.
1. Cf. Strabon, XVII, p. 808. « La pyramide a sur ses côtés, à une faible hauteur, une pierre qui peut s'ôter; celle-ci une fois soulevée, on voit un conduit tortueux qui mène au tombeau. »
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Lt ooiutraction de cette galerie est fort remarquable. De chaque e^Sté une banquette, haute de 60 centimitres, diminue la largeur de 50 centimètres; elle porte, aiir sa tranche supérieure, des entailles oCi l'on peut engager le pied, ce qui est utile TU la pente très marquée et le poli excessif de la pierre. Il est possible qu'on ait voulu ménager ainsi un -chemin de balaie pour hisser le cercueil qui glissait sur le sol même de la galerie entre les deux banquettes. Le plafond n'e^ pas' aàohis curieux quele sol : il est formé de sept assises disposées en encorbellement : c L'illusion — dit Jomard 1— fait paraître ces parois courbes, quoique la face de chaque assise soit verticale, et elles sèrablNit figurer une ogive très aiguë. Le luisant et le travail de la pierre sont tels que beaucoup de pei^ sonnes avec moi l'ont prise d'abord pour du granit ou du marbre. Les joints des assises sont presque imperceptibles, une lame de couteau ne pourrait y pénétrer. Toute cette construction est admirable pour le fini; mais elle ne l'est pas moins pour la solidité de l'ouvrage, puisque la conservation est si parfaitement intacte, malgré la masse énorme qui pèse sur la fausse voûte '. •» (PI. XI, 2).
La grande galerie aboutit aux appartements de granit qui constituent le caveau royal. Ici les obstacles se multiplient : c'est un seuil haut de sien réalité
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90 centimètres qu'il faut enjamber; puis un couloir surbaissé, au centre duquel s'ouvre un vestibule haut de 3 mètres qui servait à loger quatre herses. La première est encore en place, retenue à 1 mètre du sol par une très petite saillie de la glissière; les trois autres ont disparu ou n'ont jamais été disposées. Pourquoi n'a-t-on pas baissé laherse après l'ensevelissement? Nous l'ignorons; mais ce n'est pas sans une appréhension involontaire que l'on s'engage en rampant sous cette masse de granit qui semble prête à choir. On débouche enfin dans la chambre funéraire, située dans Taxe de la pyramide à 40 mètres au-dessus du sol et à 100 mètres au-dessous du sommet . C'est un blockhaus de granit long de 10 m. 50, large de 5 mètres, haut de 6, construit en pierres énormes, d'un travail admirable : « la salle est intacte sous toutes les faces et le poli en est achevé; on ne découvre qu'à grand'peine les joints des assises qui sont au nombre de six, toutes d'égale hauteur ; le plafond de la chambre est formé de pièces monolithes longues de plus de 6 mètres. Même remarque ici que dans les galeries et tous les canaux, point de tassement, point d'ébranlement visible, rien ne s'est déplacé depuis l'origine, puisque tout y est parfaitement d'aplomb ou de niveau. » Dans un angle se trouve le sarcophage de granit, cuve rectangulaire sans ornements ni inscriptions; le couvercle manque; le corps et le mobilier funéraire
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ont dispara. Au-dessus du caveau, cinq petites pièces très basses et superposées ont été ménagées pour servir de décharge au plafond : on y peut accéder au moyen d'échelles depuis la galerie (PL XI, 1). On y a retrouvé, à la peinture rouge, le cartouche de Khoufou (Ghéops) : cette marque de tâcheron est la signature qui permet d'authentifier le constracteur de la grande pyramide.
Toutes les précautions prises pour défendre les couloirs indiquent que l'accès intérieur des pyramides, une fois le cercueil mis en place, était interdit comme celui des mastabas. Aussi le culte réservé au roi mort était- il célébré dans une chapelle extérieure qui s'élève sur la face orientale de chaque pyramide. L* t Horizon » de Chéopsn'en a gardé que le pavé en basalte ; mais à f orient de la c Grande » et de la c Suprême x>, des pans de murs sont encore debout; à Sakkarah, la chapelle d'Ounas (PL IX, 2) a conservé des colonnes de granit rose et des bas-reliefs. Les rites célébrés dans ces temples funéraires constituent le véritable n secret » des pyramides; ils nous sont connus depuis que M. Maspero a découvert, dans les petites pyramides de Sakkarah (V* et VI» dynasties), les textes qui manquent dans les splendides sépulcres de Gizeh * . C'est là qu'il faut chercher l'explication de ces
1. Les textes cités par la suite sont tirés de la magistrale publication de Maspero, Les inscriptions des pyramides de Sakkarah, texte et traduction.
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AUTOUR DBS PYRAMIDES 171
constructions démesurées qui ont obsédé et irrité la curiosité des siècles.
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Les pyramides sont des tombeaux; mais pour comprendre la valeur attachée à ce mot c tombeau » par les Égyptiens de l'ancien empire, il faut oublier les idées modernes sur la mort qui, pour nous, s'oppose nécessairement à la vie. Les Égyptiens des premiers temps, comme les non civilisés de notre époque, ne conçoivent pas la mort comme le contraire de la vie, ni le tombeau comme un lieu d'anéantissement; pour les uns comme pour les autres, un individu mort est dans un état particulier qui n'altère pas forcément les conditions habituelles de la vie. Or, ces conditions sont bien connues des peuples enfants, c Le sauvage — dit Frazer, dans son admirable livre sur les croyances primitives — explique les phénomènes de la vie comme tous ceux de la nature inanimée, en supposant qu'ils sont l'œuvre d'êtres vivants cachés dans ou derrière eux. Un animal ne vit et ne se meut que parce qu'il contient un petit homme ou un petit animal qui lui donne la vie et le mouvement. L'animal qui vit dans l'animal, l'homme qui vit dans l'homme, c'est l'âme ^ »