‹ Au temps des PharaonsChapitre 47 sur 87 · J. Frazar, Le rameau d'or, trad. française, I, p. i · texte numérisé non relu

J. Frazar, Le rameau d'or, trad. française, I, p. i

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Pour beaucoup de non-ciyilisés TAme humaine a la forme d'un petit homme qui reproduit les traits de chaque individu. Les Égyptiens croyaient euxaussi que tout ce qui vit, dieux, hommes, animaux, arbres, pierres, objets quelconques, renferme son image réduite qui est son âme. Ils donnaient à cette image le nom de Ka, que nous traduisons par DoubU ou Génie^ et, pour les hommes, ils figuraient le Ka par un petit homme ayant les mêmes traits que l'être vivant. Ajoutons que, pareils en cela à beaucoup de sauvages actuels, les Égjrptiens ne s'en tenaient pas à cette seule conception de l'âme ; à côté du double, attaché à la forme corporelle, ils avaient l'idée d'une âme mobile et spirituelle symbolisée par le Ba^ un oiseau à tète humaine; ils voyaient aussi dans Y ombre et le nom d'un individu d'autres manifestations de la petite âme cachée en lui.

Ceci admis, la vie, pour les Égyptiens, dure tant que rindividu jouit de l'union de son corps et de son double. Or il existe des moments où le double quitte le corps : pendant le sommeil et certaines maladies qui se compliquent d'évanouissement ou de coma, le double s'en va ; au sortir du sommeil et du coma, si l'individu a revient à soi » c'est qu'il récupère son double. Ce qu'on appelle mort n'est qu'un évanouissement plus long, qui peut cesser si le double revient. Après la mort, chacun des éléments de l'individu, le corps et le double,

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continue à vivre isolément. U s'agit, dès lors, pour rendre la mort inoffensive, de mettre le corps en état de résister à la décomposition, conséquence funeste du dédoublement ; il faut le conserver aussi intact que possible pour que Tâme-double puisse le reconnaître, à son retour, et l'habiter de nouveau. Il faut enfin offrir à l'âme errante un abri. D'où la nécessité des rites de la sépulture dont le but est de conserver le corps et d'assurer à l'âme un domicile. Ces idées seules suffiraient à faire comprendre l'importance suprême de la tombe, asile de la vie, pour les Egyptiens; mais les peuples primitifs s'en tiennent rarement à des conceptions simples. Tout en redoutant l'absence temporaire ou définitive du double qui amène le sommeil et cette vie inconsciente de la mort, les Égyptiens étaient familiarisés avec une idée que beaucoup de sauvages admettent encore actuellement. Le dédoublement de l'individu n'est funeste que s'il est indépendant de la volonté ; c'est chose utile, au contraire, de mettre son double à l'abri des dangers en facilitant sa sortie du corps pour le déposer en lieu sûr. Les uns confient ainsi leurs âmes à un animal, une plante, un objet qui deviennent des êtres sacrés ou des totems; d'autres l'envoient dans une cachette ou un édifice fortifié qui peut servir au corps de tombeau. C'est ainsi qu'en Egypte les pyramides et les tombes sont des c châteaux de double » que les pharaons et leurs sujets font construire de leâf

rivant; les doubles y viennent habiter des statues au corps idéalisé mais ressemblantes de visage; l'âme était ainsi protégée des accidents dont le corps ne se défend pas toujours. Tant que le corps vivait l'existence ordinaire, il veillait au bon entretien de son double dans le tombeau; de grands dignitaires faisaient l'ofQce d' t esclaves du double > des Pharaons; les particuliers s'assuraient des soins analogues en passant des conventions avec des prêtres de carrière. Ainsi s'explique cette obsession de la tombe qui semble avoir hanté les Égyptiens au plus beau de leur existence : construire dès la jeunesse la maison forte où reposera un jour le corps, y abriter des statues que le double viaat habiter'; aller aux jours de fAte visiter sa tombe et adorer son propre génie ' ; lui assurer ua parfait bien-être soustrait aux vicissitudes de la c vie 9 de société, tel a été l'idéal d'une existence heureuse à l'époque memptiite. Quand la mort Tenait, on disait que le corps « passait & aon double *, ce qui permet de supposer que celui-ci habitait déj& le tombeau.

La tombe égyptienne est donc surtout la maison où réside ce qu'il y a de plus vivant, de plus réel, da permanent, dans un individu. Faut-il s'étonner

1. Voir, pur «rarapls, lea CunlM populaire» de Uupero, 3* id., p. II.

2. Voir U alile d« Hossi m Caire, publiée dans 1« Maaée Sgyp' «m,fi,XXSL

qu'aux temps où ces idées fleurirent pour la joie de l'humanité, rois et particuliers aient prodigué leurs ressources pour élever d'indestructibles forteresses, gardiennes des âmes et des corps? c'est un amour désordonné dé la vie, une lutte acharnée pour l'existence qui a surexcité l'imagination des constructeurs des pyramides. Dans ces c maisons d'éternité » où nous ne voulons chercher que la mort, ils se promettaient la vie éternelle.

C'était à condition que le corps pût être revivifié, après la mort subie. Tel que la rigidité cadavérique et la décomposition le livrent à la tombe, le corps n'eût été pour le double qu'un embarras. Dès l'empire memphite, les Égyptiens avaient résolu le problème delà conservation du corps par la momification. Il serait d'un grand intérêt de savoir comment ils en arrivèrent là ; les rites funéraires de l'époque thinite ne semblent nullement préparer la momification et sont difficiles à interpréter. On trouve dans les tombes très anciennes les cadavres accroupis, contractés; ailleurs les squelettes sont disloqués, la tète séparée du tronc, les os brisés comme si l'on avait voulu faire du défunt la victime d'un sacrifice; ou bien les os disjoints ont été soigneusement empilés, la tète par-dessus, pour donner une forme nouvelle au corps enseveli.

Ces pratiques, auxquelles les rituels postérieurs font de fréquentes allusions, ont été abandonnées au début de l'empire memphite et remplacées par des rites qui assurent la conservation du cadavre complet, Nous ne savons comment s'est faite cette révolution dont les effets ont été si durables; les Égyptiens, quand ils en parlent» se l'expliquent par une révélation divine ; ib en attribuaient le bienfait au dieu Anubis^ C'est lui, le c maître des bandelettes », qui aurait enseigné aux hommes l'art de prévenir la corruption par l'ablation des viscères, le bain de natron, les substances aseptiques et l'usage des bandelettes qui isolent le corps du contact de l'air.

Le corps sauvé de la corruption n'était encore qu'une momie inerte, aveugle, sourde et sans conscience. Il avait fallu une nouvelle révélation pour apprendre aux hommes l'art de rendre à la momie l'usage de ses sens et d'y rappeler l'âme dédoublée. C'est à la fin de la IIP dynastie ' qu'entrent dans l'usage courant ces rites dont Osiris, le a dieu bienfaisant», le Rédempteur, avait gratifié les hommes en les subissant lui-même tout le premier ^ On racontait qu'Osiris, au temps des dynasties divines, avait été assassiné et démembré par son frère Set,

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