‹ Au temps des PharaonsChapitre 51 sur 87 · Pyramide d'Ounas · texte numérisé non relu

Pyramide d'Ounas

La vie du double dans la pyramide ou au tombeau, les Égyptiens Timaginèrent tout d*abord très conforme à celle d'avant la tombe. C'est l'existence aisée de tout homme riche, moins la part de malheur ou d'accident inhérente à la destinée humaine. Les décorateurs des tombeaux figurent le défunt assis devant la table d'offrandes; sa femme est à côté de lui et le tient enlacé; à ses pieds, ses enfants jouent avec le chien et le singe. Chaque individu est représenté au moment heureux de son existence ; le double ne connaîtra plus que ces instants choisis. Tout autour les serviteurs apportent les provisions de bouche, les vêtements, les meubles nécessaires ; la fabrication ou la genèse de chaque offrande sert de thème à la décoration. Pour expliquer la présentation de la cuisse de bœuf, on montre les animaux au pâturage, la saillie de la vache, la naissance du veau, et les scènes de la vie agricole jusqu'au sacrifice de l'animal; l'offrande du pain nécessite la présence des scènes du labourage, de la moisson et de la boulangerie ; l'apport du vin est une occasion de montrer les vignobles et la vendange ; pour le gibier de poil et de plume, et le poisson, il faut représenter les scènes de chasse au désert, la pèche à la ligne et au filet (PL XIV). Chacun des objets du mobilier

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funéraire, naos, cercueil, lit, vases, vêtements, armes, bijoux, amène la description des procédés de fabrication et nous voyons à l'ouvrage menuisiers, fondeurs, armuriers, tisseurs et orfèvres' . II n'est pas jusqu'aux achats de provisions au marché et aux comptes de ménage qui ne fournissent matière k décoration. L'âme et le corps du défunt revivaient perpétuellement les scènes sculptées : l'acte représenté devenait réel, chaque flgure d'être ou d'objet récupérait pour un instant son double et s'animait, à la volonté du dieu qui vivait au tombeau.

Cet idéal suffit aux Égyptiens pendant pluBÎears siècles, puis perdit de son intérêt et parut insuffisant. Nous pouvons suivre cette évolution des idées en lisant les vœux, variés d'âge en âge, que contiennent les formules des stèles funéraires. Au début de la IV° dynastie, « de bonnes offrandes et une belle sépulture à l'Occident s, voilà ce qu'on demande seulement aux dieux Anubis et Osiris, patrons des nécropoles. Mais la nostalgie du dehors gagna l'âme ensevelie. Les rites osiriens avaient fait du mort l'égal d'un dieu : c'est au ciel que les dieux vivent. Il fallut que la bonne sépulture des pyramides et des mastabas offrit à l'âme, en même temps qu'un asile inviolable, un point de départ pour les voyages i ces résidences supra- terrestres

i. G. Maspero, Étades égyptiennes, I, p. 60.

que nous appelons les paradis. Les textes des pyramides de Sakkarah nous montrent cette évolution capitale arrivée déjà à son terme : par quelles étapes l'âme s'est-elle acheminée de la nécropole au ciel? les formules des stèles funéraires ne permettent de répondre que d'une façon encore incomplète.

Dès le moment où le défunt souhaite « de circuler sur les beaux chemins de l'Occident où circulent les féaux d'Osiris* », l'âme témoigne une lassitude de la quiétude sépulcrale. Les chemins de l'Occident conduisent aux pays mystérieux où la belle déesse Amenti (l'Occident) reçoit le double en lui offrant le pain et l'eau : s'il boit et s'il mange^ il devient l'ami des dieux et s'engage plus loin à leur suite. Alors le défunt « circule sur les beaux chemins accompagné de ses doubles; le dieu le prend par la main et le conduit sur les voies sublimes ï>. Le voici aux confins du ciel. A l'Orient une échelle se dresse ; les dieux la tiennent fermement; l'âme l'escalade sans danger, et trouve tout en haut Horus et Set qui l'attirent au ciel par la main *. Si l'échelle manque, une barque vient s'offrir qui fera passer l'âme jusqu'aux rives célestes où un dieu obligeant facilitera l'abordage'.

1. Les phrases entre guillemets sont empruntées aux stèles des V* et Vie dynasties.

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